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Journal de Monaco du 24 septembre
1878
M. Lenormand, architecte
de la Cathédrale de Monaco, s'est rendu, la semaine dernière, au château
de Marchais, afin, à ce que l'on assure, de présenter au Prince les plans
d'une nouvelle église qui va être construite dans le quartier des Moulins.
On sait que Son Altesse
Sérénissime, dans sa constante sollicitude, se prépare à répondre aux
vœux des habitants de cette important localité, en la dotant non seulement
d'une église, mais encore des divers établissement d'instruction et de
bienfaisance que nécessite son rapide accroissement.
Journal de Monaco du 13 mai 1879
Le quartier des Moulins
sera prochainement pourvu d'une église élégante, accompagnée d'un presbytère,
d'écoles pour les garçons et les filles, ainsi que d'une salle d'asile.
Les travaux commenceront cette année.
Journal de Monaco du 17 juin 1879
On s'occupe activement de
la nouvelle église des Moulins, qui sera située en façade sur le boulevard
des Moulins (route de Monaco à Menton), au milieu de la propriété appartenant
récemment encore à M. le comte Gastaldi et achetée, il y a quelques jours,
par Mme Marie Blanc.
Le terrain destiné à l'église
et au presbytère comprend une zone de 40 mètres de large sur une profondeur
de 100 mètres. On pourra monter directement à l'église par un escalier
composé de vingt-cinq marches, coupé par deux paliers et aboutissant à
une place de 20 mètres précédant l e parvis. Deux allées tournantes, se
rejoignant sur la même place, donneront accès aux voitures. Une voie de
10 mètres longera parallèlement à droite et à gauche le monument jusqu'à
l'abside, derrière laquelle s'élèveront le presbytère et ses jardins.
Cette situation est très centrale et l'église, surmontée d'un clocher
de 100 pieds de hauteur, sera du plus bel effet.
M. l'architecte Lenormand,
chargé d'en dresser le plan, a adopté la croix latine, composée d'une
large nef, flanquée de bas-côtés en guise d'ambulatoires et appuyée sur
un transept peu développé précédant l'abside. Le monument, de style de
la Renaissance française, contrastera, par sa gracieuse élégance, avec
le style sévère et imposant de la Cathédrale, et contribuera à l'embellissement
du quartier des Moulins, si riant et si recherché. La pose de la première
pierre aura lieu après le retour de son Altesse Sérénissime.
Journal
de Monaco du 11 novembre 1879
BENEDICTION DE LA PREMIER
PIERRE DE L'EGLISE SAINT CHARLES
La Principauté de Monaco
a été , dimanche dernier, le théâtre de la plus belle , de la plus imposante
manifestation qui se puisse voir ; cette manifestation, vraiment populaire,
a égalé sinon dépassé en magnificence la cérémonie de même genre qui a
eu lieu voilà bientôt cinq ans ; nous voulons parler de la pose de la
première pierre de la Cathédrale.
Le parcours plus long, l'emplacement
plus vaste, les sites admirables de l'élégant quartier des Moulins, la
foule immense groupée autour du nouveau temple et la beauté exceptionnelle
de cette journée, que le soleil radieux inondait de joie et de lumière,
tout concourait à donner à cette fête religieuse et nationale un aspect
grandiose.
Ainsi que nous l'avions
annoncé, le cortège s'est formé à 2 heures devant Sainte Dévote. Sa Grandeur
Mgr l'Evêque, conduit à la Chapelle dans une voiture du Palais, y a été
reçu par le Clergé de la Cathédrale et y a revêtu ses ornements pontificaux.
Les officiers et dignitaires
de la Maison du Prince, S. Exc. le Gouverneur Général, les membres du
Tribunal et du barreau en robe, les autorités et fonctionnaires s'étaient
réunis sur la place de la Chapelle ; de chaque côté étaient massées les
confréries, les écoles, etc. La procession s'est rendue aux Moulins dans
l'ordre suivant :
Un peloton de Carabiniers,
L'Orphelinat,
Les Ecoles de filles,
Les Ecoles de garçons,
Le Collège de la Visitation et l'Ecole Apostolique,
La congrégation des Filles de Marie,
La Confrérie des Pénitentes,
La Confrérie des Pénitents,
La Société Philarmonique, Les Enfants de chœur. Mgr l'Evêque, assisté
de Mgr Viale, Vicaire-Général, et de M. le Chanoine Ramin, Archiprêtre
de la Cathédrale, et entouré de tout le Clergé de la Principauté.
Les Officiers de la Maison du Prince,
Les Autorités Civiles et Militaires, ayant à leur tête S. Exc. le Gouverneur
Général.
Un peloton de Carabiniers fermait le cortège, que suivait une grande
quantité de fidèles.
Des mâts, surmontés d'oriflammes
aux couleurs monégasques, avaient été disposés sur les avenues que devait
parcourir la procession. La Société Philharmonique, alternant avec les
chants liturgiques, exécutait des marches et autres morceaux de son répertoire.
L'emplacement de la nouvelle
église, dont le périmètre était indiqué par des mâts chargés d'écussons
aux armes de nos Princes, de S.S. Léon XIII et de Mgr d'Hermopolis, était,
à l'arrivée du cortège, magnifique à voir.
La procession pénètre dans
l'église par un vaste perron aboutissant au boulevard des Moulins.
Un détachement de la Compagnie
des Gardes forme la haie des deux côtés. Un autel, élégant et simple,
est placé dans le chœur, dont le fond est artistement orné de massifs
de feuillage qui masquent les terrassements non encore terminés de cette
extrèmité de l'église. Cette lolie décoration en verdure est due à M.
Naturel, architecte de beaucoup de goût et de talent.
Du côté de l'Evangile est
la tribune destinée aux autorités ; du côté de l'Epître, et lui faisant
face, est celle des dames et des étrangers de distinction.
Sur la gauche du chœur,
près la tribune officielle, une excavation béante est destinée à recevoir
la première pierre.
La maîtrise, orchestre et
chœurs, dirigés par M. Roméo Accursi et M. Hurand, maître de chapelle,
occupent la place future de la sacristie.
Près de la pierre qui va
être scellée se tiennent M. Lenormand, l'architecte, les ingénieurs de
la Principauté et les artistes qui concourent à l'exécution de l'église.
Les Congrégations, les Ecoles et la Société Philharmonique prennent les
places qui leur son assignées de chaque côté dans la nef.
S. G. Mgr l'Evêque, revêtu
de ses riches ornements, procède à la consécration suivant le rite liturgique
et se rend ensuite près de la pierre où sont déposés le procès-verbal,
des monnaies d'or et des médailles d'argent et de bronze à l'effigie de
Charles III, et au revers desquelles des inscriptions latines constatent
cette date impérissable. C'est la bénédiction ! Moment solennel où apparaît
dans tout son éclat la majesté divine !
Le canon tonne, les tambours
battent aux champs, la foule se prosterne. Ne semble-t-il pas que des
cieux descendent ces paroles et ces promesses rapportées par Ezéchiel
?
Je ferai avec eux une alliance
de paix, mon alliance avec eux sera éternelle ; je les établirai sur un
ferme fondement, je les multiplierai et j'établirai pour jamais mon sanctuaire
au milieu d'eux ; je serai leur Dieu et il seront mon peuple.
Après ces diverses cérémonies,
pendant lesquelles l'orchestre a exécuté d'une façon remarquable deux
morceaux religieux de Mendelssohn, l'Ave Maria de Schubert et la Prière
de Moïse, Sa Grandeur a fait le tour du temple qu'il a béni, s'arrêtant
aux endroits indiqués pour les chapelles latérales.
Monseigneur ayant repris
sa place dans le chœur, M. le Chanoine-Archiprêtre Ramin a pronocé une
éloquente allocution dans laquelle, après avoir rappelé la piété de notre
Auguste Souverain, Sa munificence et Son amour pour le peuple qu'il gouverne
avec tant de sagesse, amour dont la nouvelle église est la preuve la plus
éclatante, il a défini le double caractère de l'Eglise au point de vue
de la Religion et de la Société. Là où l'Eglise n'existe point, les rapports
sociaux ne s'établissent que difficilement. La maison de Dieu est le trait
d'union entre les habitants d'un quartier, d'une paroisse. Les belles
cérémonies du culte catholique qui accompagnent chacun de nous depuis
la naissance et dans les principales circonstances de notre existence
créent des relations douces et amicales entre les habitants d'un même
lieur, qui sans elles, seraient parfaitement étrangers les uns aux autres.
C'est avec un rare bonheur
d'expressions que M. l'Archiprêtre a développé cette idée sublime que
nous regrettons de traduire si succinctement. Cette allocution a produit
sur l'assistance une salutaire émotion.
Sa grandeur a voulu ensuite
adresser quelques paroles aux fidèles présents. Avec cette éloquence du
cœur, si douce et si pénétrante, Monseigneur a exprimé la joie dont son
cœur débordait et proclamé comme il était fier de son Souverain et de
son peuple ; il a ensuite remercié tous les assistants de leur empressement
à concourir à la splendeur de cette solennité qui consacrera les liens
de reconnaissance et d'amour qui attachent le peuple monégasque à son
Prince. Sa grandeur a complimenté les architectes et les artistes qui
collaboraient par leur talent à la beauté de la fête. Le Prélat a terminé
en appelant sur le Prince et les membres de la Famille Princière, sur
les Autorités, les assistans et la Principauté toute entière, les bénédictions
du Ciel.
Après ce discours, le cortège
s'est reformé et la procession est descendue à la chapelle Sainte-Dévote.
L'avenue de la Costa offrait un coup d'œil des plus pittoresques. Les
Pénitents, avec leurs cierges allumés, les Filles de Marie, drapées dans
leurs longs voiles blancs, toutes ces corporations, dans leurs costumes
divers, défilant le long de la rampe qui contourne le vallon, présentaient
un tableau digne du pinceau des grands artistes.
Il était 5 heures quand
on arriva à Sainte-Dévote. Un dernier coup de canon annonça la fin de
cette cérémonie, qui comptera parmi les plus belles dans l'histoire de
notre pays et dans les fastes glorieux de l'histoire de Charles III
DESCRIPTION DE L'EGLISE
SAINT-CHARLES
Grace au tracé par les bigues
qui encadrent la nef, on peut se rendre compte du monument et de ses vastes
proportions. L'esplanade sur laquelle se trouve l'église Saint Charles
est longue de 100 mètres. La dimension hors œuvre de l'édifice est d'environ
50 mètres, la largeur au transept de 22 mètres. Une tour de 45 mètres
de hauteur sera élevé sur le porche.
A droite et à gauche du
porche seront deux chapelles, dont une pour les fonts baptismaux. De chaque
côté de la nef seront des chapelles communiquant entre elles par des arceaux.
En supprimant les bas-côtés qui auraient trop élargi le monument, cette
disposition permet le passage pour le service du culte.
Après le transept, on arrive
au chœur, vaste hémicycle qui donne accès, sur les côtés, à deux sacristies.
Dans le plan de l'habile
architecte, M. Lenormand, à qui nous devons déjà la nouvelle Cathédrale
qui s'élève à Monaco, les voûtes d'arête et les murailles destinées à
recevoir des peinture à fresque comportent une grande sobriété d'ornementation
architecturale. La sculpture a été principalement réservée pour l'extérieur.
Le style adopté pour l'édifice
est celui de la Renaissance française. Il fallait, en effet, que l'église
fût en harmonie avec le riant aspect de ce délicieux quartier de verdure
et de fleurs destiné à recevoir de nombreuses et élégantes villas. On
n'a donc pu adopter un style grandiose et sévère comme pour la Cathédrale.
Deux années, on l'espère, seront suffisante pour mener le gros œuvre du
monument à bonne fin.
La plaque commémorative
qui a été déposée sous la première pierre de l'église Saint Charles porte
l'inscription latine suivante, dont nous donnons également ci-dessous
la traduction (…)
"Gloire Immortelle
A CHARLES III, PRINCE DE MONACO,
qui, la 24° année de son heureux règne,
En mémoire d'un vœux particulier
Et pour donner satisfaction aux besoins religieux
De la population toujours croissante,
A résolu d'élever, à grands frais,
Dans le gracieux quartier des Moulins
Une église en l'honneur
DE SAINT CHARLES BORROMEE,
Son patron
Le 5 des ides de novembre de l'an du Seigneur 1879,
Sous le Pontificat de LEON XIII,
En présence des Autorités et du Peuple,
CHARLES - FRANCOIS - BONAVENTURE THEURET,
Evêque d'Hermopolis,
Administrateur Apostolique de l'Eglise de Monaco,
Prélat de la Maison de Sa Sainteté,
Grand Aumônier de Son Altesse Sérénissime,
A béni et posé solennellement la première pierre,
Assisté de l'insigne Clergé de la Principauté.
Ont été témoins :
Baron EMILLE DE BOYER de SAINTE SUANNE,
Gouverneur Général de la Principauté ;
Comte FELIX GASTALDI, Maire de Monaco ;
Chevalier EDMOND DELACROIX, DIRECTEUR DES TRAVAUX PUBLICS;
FELIX GARRUS, Inspecteur des Travaux Publics ;
JEAN FOURAIGNAN, Conducteur des travaux ;
CHARLES LENORMAND, ARCHITECTE
. *********
Les trois médailles de grand module, l'une
en argent, les deux autres en bronze, frappées par M. Ponscarme, professeur
à l'école des Beaux-Arts de Paris, représentent l'effigie très ressemblante
du Prince Charles III. En exergue se lisent les mots :
CAROLVS III PRINCEPS MONOECI
Au revers se trouve l'inscription suivante
:
CAROLI. BORROM.
PATRONI
AEDIS. SACRAE
LAPIDEM. AVSPICALEM
HERMOP. ANTISTES
RITV. SOLEMNI
FIXIT CAROLO III REGANTE
V. IDVS NOV .
A.C. MDCCCLXXVIII
Avec ces médailles parfaitement réussies
et qui font honneur à l'éminent graveur, deux piéce d'or de 20 francs
à l'effigie de Son Altesse Sérénissime ont été déposées sous la pierre.
En outre, des exemplaires en argent et en bronze de cette médaille ont
été accordés par le Prince aux dignitaires, au clergé et aux fonctionnaires
qui ont assisté à la cérémonie du 9 novembre, ainsi qu'à diverses personnes
de distinction.
Voici la traduction de l'inscription qui
figue au verso de ces médailles
L'EVEQUE D'HERMOPOLIS
A posé solennellement la première pierre
De l'Eglise consacrée
A SAINT CHARLES BORROMEE
Le 5 des ides de Novembre
l'an du Seigneur 1879
Le procès-verbal de la cérémonie est ainsi
conçu :
L'an du Seigneur 1879, le 9 novembre, en
la fête de la Dédicace du SS. Sauveur, la 2ème année du Pontificat de
Léon XIII, à 3 heures de l'après-midi.
En présence de l'Auguste Maison du Prince,
des représentants des ordres civil, judiciaire et militaire, du clergé,
des congrégations pieuses, des collèges et écoles, de toute la population
monégasque et de nombreux étangers, tous louant Dieu et applaudissant.
Au son joyeux de l'airain sacré, aux accents harmonieux des sociétés musicales,
alternant leurs plus belles mélodies, aux salves retentissante du canon.
Nous, Charles, Evêque d'Hermopolis, Administrateur
Apostolique de l'Eglise de Monaco, Grand Aumônier de Son Altesse Sérénissime,
assisté de C.-E. Viale, Prélat de la Maison de Sa Sainteté, Vicaire Général,
et de J. A. Ramin, Chanoine, Curé-Archiprêtre de la Cathédrale, Docteur
en théologie, avons béni solennellement la première pierre et l'avons
placée, avec une plaque commémorative et des médailles et monnaies, dans
les fondements de l'église, que Charles III, prince de Monaco, la 24°
année de son heureux règne, a résolu, dans pieuse sollicitude, d'élever
en l'honneur de saint Charles Borromée, afin que le glorieux patron protège
à tout jamais Sa personne, Sa famille, les fidèles de Monte Carlo et toute
la Principauté. De tout quoi, témoignera à la postérité le présent document,
muni du sceau de Nos armes, de Notre seing et des signatures des principaux
dignitaires.
Le soir, dès 7 heurs, l'emplacement de la
future église était brillamment illuminé. Les mâts indiquant le tracé
et les différents contours du monument étaient reliés entre eux par une
double rangée de verres de couleurs blanc et rouge formant l'arête des
voûtes futures. Toute la soirée, l'église a été visitée par une foule
considérable de promeneurs.
Cette coquette illumination avait été organisée
par M. Blot, bien connu de tous ici pour son habileté et dont l'intelligent
concours n'a jamais fait défaut à une de nos fêtes.
Journal
de Monaco du 19 juillet
1881
Parmi les travaux qui sont
actuellement l'objet de la sollicitude toute particulière de l'administration,
nous citerons ceux de la Cathédrale, de l'Eglise Saint Charles, de l'Abattoir,
du Musée, du Pensionnat des Dames de Saint Maur et de l'Ecole communale
des filles.
La Cathédrale, sous l'habile
direction de M. Lenormand, architecte, s'élève avec toute la rapidité
possible ; les magnifiques et nombreux ouvrages de sculpture qui entrent
dans l'architecture de ce monument en retardent seuls la construction.
Quant à l'église Saint-Charles, moins considérable sous le rapport des
travaux d'art, elle est beaucoup plus avancée. Les corniches sont placées
et le arcs doubleaux faits. Les ouvriers posent en ce moment la charpente
et dès que ce travail sera achevé, on commencera les voûtes d'arête entre
les arcs doubleaux, et l'on procédera aux divers travaux intérieurs :
sculpture, enduits, pavage, etc. Il est permis d'espérer qu'au commencement
de l'année prochaine, l'église Saint Charles pourra être livrée au culte.
Journal
de Monaco du 25
octobre 1881
Le clocher de l'église Saint-Charles
est presque construit ; il ne reste plus que cinq mètre de maçonnerie
à terminer pour atteindre la hauteur de la corniche qui recevra la croix.
Les voûtes intérieurs sont finies, et l'on prépare les enduits qui recevront
les fresques projetées. Les travaux intérieurs de sculpture sont en aussi
bonne voie que possible et, dans quelques mois, l'église pourrait probablement
être livrée au culte ; il ne restera plus à faire que la décoration extérieure.
Journal
de Monaco du 7
mars 1882
Les travaux de construction
intérieure et extérieure de l'église Saint-Charles ont subi ces temps
derniers un retard causé par de nouvelles consolidations qu'il a fallu
exécuter sur différents points de la place dont elle occupe le centre.
On sait que le terrain sur
lequel l'église est bâtie est tellement meuble qu'on fut obligé, dès l'origine,
de pousser très avant les fondations du monument afin de leur donner la
solidité voulue ; les terres environnantes qui , à cause des eaux qu'elles
recèlent étaient fréquemment entraînées, furent soutenues du côté nord
par de solides contreforts en maçonnerie.
Dernièrement on remarqua
sur les autres côtés de la place de nouveaux symptômes d'éboulement auxquels
il fallut parer. C'est l'achèvement de ces travaux urgent qui retarde
momentanément ceux de l'église. Il y a lieu d'espérer que ces derniers
pourront être désormais activement poussés ainsi que la construction du
presbytère projeté.
Journal
de Monaco du 1 août
1882
A Saint Charles, il reste
à faire le dallage intérieur et à terminer quelques détails d'ornementation.
Le vaisseau entier de l'édifice pourra être livré au culte en novembre,
et l'on complétera, à cette époque, la construction du clocher et de son
campanile.
La sculpture de Saint-Charles
est très remarquable, et nous ne nous étions pas trompé, quand, en parlant
du plan de ce monument, lors de la bénédiction de la première pierre,
nous prédisions que l'ensemble en serait des plus gracieux et fort pittoresque.
Vers la fin de l'année,
il est probable qu'on s'occupera des sacristies et du presbytère à édifier
à Saint Charles.
Journal
de Monaco du 20
mars 1883
Lundi prochain 26 mars,
deuxième fête de Pâques, Mgr l'Evêque inaugurera la nouvelle église Saint
Charles.
A 8 heures et demie du matin,
Sa Grandeur fera la bénédiction de l'église, et à 9 heures, y célébrera,
pour la première fois, le saint sacrifice de la Messe.
Les fidèles sont invités
à assister à cette cérémonie.
L'église Saint-Charles,
qui s'élève si gracieusement sur le riant plateau des Moulins, n'est pas
encore tout à fait terminée. Cependant, Mgr l'Evêque, voulant donner satisfaction
aux vœux légitimes des habitants de la nouvelle ville de Monte Carlo,
a résolu d'en hâter l'inauguration, afin que, dorénavant, la pesse puisse
y être célébrée les dimanches et jours de fête obligatoire, au grand avantage
spirituel des fidèles.
Bientôt, nous l'espérons,
le nouveau sanctuaire recevra son entier achèvement ; à ce moment, Sa
Grandeur procédera à sa consécration solennelle avec toute la pompe que
réclament et le monument lui-même, éclatant témoignage de la munificence
du Souverain bien-aimé de la Principauté, et la population toujours plus
nombreuse, impatiente de posséder sa maison de prière et son tabernacle,
où elle puisse raviver sa foi et donner un libre cours à ses sentiments
religieux.
C'est alors, aussi, qui
nous ferons la monographie complète de l'église Saint-Charles, et que
nous décririons l'élégance de son architecture byzantine, la splendeur
de ses verrières et la richesse de son ornementation. Telle qu'elle se
présente aujourd'hui, elle est déjà digne de l'architecte distingué de
la magnifique Cathédrale de Monaco.
Nous n'en doutons pas, les
habitants de la Principauté tiendront à l'honneur de prendre part à cette
pieuse cérémonie, heureux de s'unir aux prières de leur premier Pasteur.
Journal
de Monaco du 27 mars
1883
Hier, comme nous l'avions
annoncé, a eu lieu, à l'église Saint-Charles, une touchante cérémonie.
Mgr l'Evêque a béni la nouvelle église et y a célébré la première messe,
en attendant la grand solennité de la consécration.
Une foule considérable,
en dépit du temps affreux qui a régné toute la matinée, s'était donné
rendez-vous dans le temple que la ville de Monte Carlo doit à la munificence
de notre Auguste Souverain.
Son Exc. M. le Gouverneur
Général, M. le Comte Gastaldi, Maire de Monaco ; M. Durand-Auzias, Secrétaire
Général du Gouvernement ; M. l'Avocat Général, M. Lenormand, architecte
de la Cathédrale et de Saint-Charles ; nombre de hauts fonctionnaires,
la famille du Prince Radziwill et plusieurs personnages de distinction,
occupaient les places réservées dans le chœur et dans la nef.
Sa Grandeur, revêtue des
ornement pontificaux, était assistée de Mgr Viale, vicaire général ; de
M. le Chanoine Ramin, du R.P. Sorini et de plusieurs autres ecclésiastiques.
Après la bénédiction, consistant en nombreuses invocations à Dieu et aspersions
multipliées à l'intérieur et à l'extérieur du monument, la messe basse
a été dite par notre Premier Pasteur. Pendant l'office, l'orchestre de
la maîtrise, dirigé par M. Godeck, a exécuté un Offertoire de Dubois ;
à l'Elévation, un solo de hautbois, de Spindler, artistement interprété
par M. Sianesi, et l'air de la Conversion de saint Paul, de Mendelssohn
; vers la fin, de Domine salvum fac Principem a été gracieusement chanté
par les enfants de la maîtrise, dirigée par M. Hurand, maître de chapelle.
Dans une improvisation inspirée
par l'empressement inattendu des fidèles, Sa Grandeur a traduit les sentiments
de l'assistance en adressant d'abord de chaleureux éloges à l'architecte
de l'église et à ses dévoués collaborateurs ; ensuite Monseigneur s'est
fait l'écho de tous les cœurs de la Principauté dans les témoignages de
reconnaissance qu'Elle a adressés au Prince et à ceux qui le représentent
et qui interprètent si bien les intentions du Souverain en secondant le
dévouement du premier Pasteur aux intérêts spirituels de la population.
Monseigneur, après avoir
rendu un juste et délicat hommage à la bienfaitrice regrettée du pays,
aux libéralités de laquelle est dû le magnifique emplacement de l'édifice
que chacun admire aujourd'hui, a terminé en faisant un éloquent tableau
du besoin qu'ont eu de tous temps les peuples, même ceux plongés dans
l'idolâtrie, de consacrer à la prière des monuments spécialement édifiés
à cet effet. L'hymne Monégasque, brillamment enlevé par l'orchestre, a
commencé et clos cette belle cérémonie.
Journal
de Monaco du 24
avril 1883
M. Lenormand, architecte,
après avoir passé quelque temps à Monaco, vient de repartir pour Paris
avant de se rendre au château de Marchais, résidence d'été de Son Altesse
Sérénissime, où l'appellent d'importants travaux dont nous parlerons plus
tard.
Nous venons de visiter les
deux monuments qui s'élèvent à Monaco et à Monte Carlo, sous l'habile
direction de M. Lenormand, et qui attesteront, dans les siècles futurs,
la foi des Monégasques ainsi que la munificence du Prince Charles III.
… Quant à l'église Saint
Charles, on met la dernière mains au clocher, et l'on s'occupe des cloches
et du beffroi. Les abords vont être transformés ; un vaste perron donnant
accès sur le boulevard des Moulins dégagera ce gracieux édifice et permettra
d'en saisir toutes les beautés architecturales.
Intérieurement il est terminé,
sauf quelques détails importants, tels que l'orgue et les vitraux, dont
la confection est activement poussée. Le monument se compose de nefs séparées
des bas-côtés par des arcs doubleaux en plein cintre. Le chœur, tout à
jour, est séparé des deux chapelles absidales par des colonnes géminées
supportant de légères arcatures et une frise sculptée d'un très bel effet.
Au dessus de la porte d'entrée,
sous la tour centrale, on dispose la tribune destinée à l'orgue qui sera
en partie construite avec les vieilles et remarquables boiseries sculptée
du buffet, style espagnol de l'ancien orgue de Saint Nicolas qui datait
de 1639. Il avait été fait à Gênes, par Jean Oltrachino, sur l'ordre du
prince Honoré II et coûtait 280 ducats ; le total de la dépense, y compris
les frais de transport et de montage, s'élevait à 3.000 écus.
Les vitraux se fabriquent
à Chartres, dans l'atelier du regretté Lorin, dont la mort n'a pas interrompu
les grands travaux artistiques. Une des fenêtres de l'abside de Saint-Charles
offre déjà un échantillon de ces vitraux. Elle représente un saint Michel
très remarquable par l'harmonie et la vivacité des couleurs.
Journal
de Monaco du 16
octobre 1883
M. Merklin, le célèbre facteur
d'orgues à Paris et à Lyon, est venu la semaine dernière à Monaco pour
donner ses instructions relativement à l'installation de l'orgue de l'église
Saint-Charles construit dans ses ateliers à Lyon. Les travaux de menuiserie
et autres, nécessaires à cette installation, seront terminés, on l'espère
du moins, dans le courant du mois prochain.
Les quatre cloches, également
destinées à la nouvelle église des Moulins, sont arrivées ces jours derniers.
Elles sortent des ateliers de M. Burdin aîné, fondeur à Lyon, dont l'habileté
est connue au loin.
Quand l'orgue sera placé,
on procédera solennellement à une double cérémonie : l'inauguration de
ce bel instrument et le baptême des cloches.
Journal
de Monaco du 26 février 1884
La bénédiction des cloches
de l'église Saint-Charles, dignes de la haute réputation de la maison
Burdin aîné de Lyon, a eu lieu avec beaucoup de solennité, mercredi dernier
20 février, selon le programme que nous avons publié.
Toute la ville était en
fête, et bien avant la cérémonie une foule immense avait envahi la nouvelle
église de Monte Carlo. Au milieu du transept, devant le maître-autel en
marbre précieux, orné d'une belle garniture de chandeliers et de vases
en bronze doré, don d'un généreux bienfaiteur, destinée au futur autel
de la Sainte Vierge, s'élevait une charpente, véritable arc de triomphe
de verdure et de fleurs. Les trois cloches, Carolina, Maria, Aloysia y
étaient gracieusement suspendues, parées de splendides robes de moire,
relevées de riches dentelles, la tête couronnée de roses.
A droite, on avait dressé
une élégante tribune pour S.A.R. Madame la Duchesse d'Urach-Wurtemberg
et sa suite, ainsi qu'une large estrade réservée aux personnes invitées.
A gauche étaient rangés sur une seconde estrade les parrains et marraines
des nouvelles cloches : M. le comte Bertora et Mme Durand-Auzias, représentant
Mme la princesse C. Radziwill ; M; et Mme Peolman ; M. et Mme Herbel.
L'orchestre de la maîtrise,
la Société Philarmonique et la Société Chorale occupaient le chœur et
l'une des chapelles ; la population et la colonie étrangère remplissaient
la grande nef et les bas côtés.
A midi et demi, Son Altesse
Royale arive, accompagnée de Mme la baronne de Biegeleben, sa Dame d'honneur,
et de M. le Lt-Colonel baron d'Orémieulx, aide de camp du Prince ; Elle
est saluée par l'orchestre, jouant l'hymne national monégasque.
Bientôt, aux accents de
l'hymne de Pie IX, Mgr l'Evêque d'Hermopolis, revêtu de ses ornements
pontificaux, fait son entrée, précédé de ses vicaires généraux et de tout
le clergé de la Principauté, et va prendre place sur le faldistoire.
Avant de procéder au baptême
des cloches, Sa Grandeur, dans une éloquente improvisation, explique aux
fidèles le symbolisme de la cloche et son rôle religieux dans la vie.
Elle est, dit le Prélat, la voix de Dieu, rappelant sans cesse le devoir
de la prière, qui est le droit de Dieu et l'honneur de l'homme. Elle est
la voix de l'Eglise, marquant, joyeuse ou attristée, les grandes étapes
religieuses de l'existence du chrétien, depuis le joyeux carillon de la
naissance jusqu'au glas funèbre de la mort. Elle est la voix de la patrie,
unissant les cœurs et les âmes dans un même sentiment d'affection et de
dévouement au sol national.
Après l'allocution de Sa
Grandeur, qui émeut vivement l'auditoire, les cloches sont dépouillée
de leurs riches ornements, et Monseigneur accomplit les rites sacrés,
imitation de ceux du baptême de l'enfant.
C'est d'abord la purification
des cloches au-dedans et au dehors avec l'eau bénite ; ce sont les bénédictions
répétées, les onctions faites à l'extérieur et à l'intérieur des cloches
avec l'Huile Sainte et le Saint-Chrême. Debout et les mains posées sur
leurs filleules de bronze, les parrains et marraines semblent les présenter
au Pontife. En même temps le clergé récite les prières sacrées, et l'orchestre
et la Société Chorale font entendre des morceaux variés.
Enfin l'Evêque met l'encens
et la myrrhe dans les encensoirs, et pendant que la fumée monte et emplit
les cloches de suaves parfums, le diacre chante l'Evangile.
La cérémonie purement liturgique
est terminée ; les cloches sont maintenant des vases d'honneur, et pour
la première fois elles vont faire entendre leur voix religieuse ; Mgr
l'Evêque, et après lui les parrains et marraines les font tinter trois
fois.
Aussitôt la Société chorale,
accompagnée de l'orchestre, exécute la belle cantate Carolina, composée
à l'occasion de cette fête, et mise en musique par M.F. Bellini. Cette
page, dans laquelle se révèlent toutes les qualités du maestro distingué
qui l'a écrite est religieusement écoutée et vaut à l'auteur les éloges
les plus mérités.
Sa Grandeur, avant de donner
la bénédiction pontificale, adresse de gracieux remerciements à S.A.R.
pour avoir daigné honorer de sa présence cette touchante fête et La prie
de porter au Souverain bien-aimé, donateur des cloches de Saint-Charles,l'expression
de la reconnaissance des fidèles de Monte Carlo ; aux parrains et marraines,
qui ont rempli dignement le poste d'honneur auquel ils ont été appelés
et mérité, par leur générosité, le titre de bienfaiteurs de l'église Saint-Charles
; aux artistes, dont le concours à rehaussé l'éclat de cette solennité
; à tous les assistants dont le pieux empressement et l'attitude recueillie
sont un sûr garant de l'avenir religieux de la paroisse Saint-Charles;
L'hymne national, brillamment
enlevé par la Société Philarmonique, a clos cette imposante cérémonie
qui laissera dans le cœur de tous un souvenir durable.
Nos lecteurs viennent de
lire le récit de la fête célébrée mercredi dans l'église Saint-Charles.
Bientôt une autre cérémonie aura lieu dans cette même église, qui s'achève
avec rapidité, pour la réception et l'inauguration des grandes orgues
sortant des ateliers de M. Merklin. Une commission sera nommée afin d'examiner
l'instrument dans toutes ses parties et de dresser son rapport.
Le buffet est placé. Les
boiseries sculptées de ce buffet, qui avait été commandé par le Prince
Honoré II pour l'église paroissiale de Saint-Nicolas, sont un très remarquable
échantillon du style espagnol au XVII° siècle. Les anciennes orgues de
Saint-Nicolas avaient été fabriquées par Jean Oltracchino, facteur à Gènes.
Celles de Saint Charles, dont nous aurons à faire bientôt la description,
sont dignes de l'universelle réputation de M. Merklin. Ce magnifique instrument
sera inauguré par un artiste éminent, M. Bérard, organiste de la Cathédrale
de Montpellier, élève du Conservatoire de Paris et émule de Lefébure.
Citer M. Bérard, c'est certainement attirer ce jour-là un auditoire nombreux.
D'autres artistes sont également
conviés à cette solennité qui comprendra des morceaux de musique et des
chants. Un salut et la bénédiction du Très-Saint Sacrement termineront
la cérémonie dont la date n'est pas encore définitivement fixée, mais
que nous serons en mesure d'indiquer prochainement.
Journal
de Monaco du 17
mars 1884
EGLISE SAINT CHARLES
RECEPTION ET INAUGURATION DE L'ORGUE
Mardi 25 mars 1884, à 2 heures précises
PROGRAMME DE LA CEREMONIE
Bénédiction de l'orgue par Mgr l'Evêque.
Discours par M. le Chanoine Dondamin.
1. Cheour dialogué pour orgue… E. Gigout
- M. Bouault.
2. Toccata et fugue en ré mineur … J.S.
Bach - M. Bérard
3. Air d'Eglise … Stradella - Mme Tanty
4. Marche Pontificale …. Lemmens - M.
Bérard
5. Ave Maria … Cherubini -- Mme Maillet
6. Gavotte (les Moutons) … P. Martini
& Canzonetta en fa … A. Guilmant --- M. Bérard
7. Cantique … Ch Gounod -- Mme Conneau
8. Communion en sol …. E. Batiste --
M. Bérard
9. Air de la conversion de Saint Paul
-- Haëndel -- M. Mousset
10. Scherzo en la … Lemmens -- M. Bérard
11. Duo du Stabat Mater… Rossini -- Mmes
Maillet et Conneau
12. Pastorale de la 1ère sonate… A Guilmant
-- M. Bérard
QUETE SALUT
1. Magnificat (improvisation)…. Bérard
- M. Bérard
2. O Salutaris …. O. Bouault -- M. Toubas
3. Ave Maria … Neukomm -- Mmes Maillet
et Conneau -- M. Mousset
4 Domine Salvum (quatuor …
5. Tantum Ergo (plain-chant)
6. Laudate (quatuor)
7. Final pour orgue… Ch. M. Widor
Les personnes qui désireraient
des cartes d'invitation pour assister à cette cérémonie sont priées de
s'adresser à M. l'Abbé Accica, Secrétaire de Mgr l'Evêque.
Journal
de Monaco du 25
mars 1884
Hier s'est réunie la commission
nommée pour la réception des orgues de la Cathédrale, de Saint-Charles
et de la chapelle du Palais. Cette commission se composait des membres
suivants :
Pour Monaco : MM. Borghini,
Bellini, le comte Fresson, Turrel, l'abbé Montpitot, Bouault, Protti et
Garrus.
Pour M. Merklin : MM. Dorieux,
Encroix, l'abbé Condamin, Lahure, Bérard, organiste de la cathédrale de
Montpellier, Balbi, organiste de Saint François de Paule de Nice, Guidi,
organiste de Saint-Jean Baptiste de Nice, Don Giovanni, organiste de Sainte-Réparate,
cathédrale de Nice, Perny, compositeur de musique
Journal
de Monaco du 1 avril
1884
INAUGURATION DES ORGUES
DE L'EGLISE SAINT-CHARLES
La cérémonie d'inauguration
des orgues de l'église Saint-Charles s'est accomplie mardi 25 de ce mois,
au milieu d'une foule distinguée et nombreuse qu'avait peine à contenir
le vaste et charmant édifice construit par M. l'architecte Lenormand.
Les sociétés niçoise et mentonnaise étaient largement représentées à cette
fête musicale, où la présence de Mmes Conneau et Maillet avait attiré
un auditoire d'élite. A deux heures, plus de mille personnes se pressaient
déjà dans l'enceinte réservée aux invités. L'église, parée de ses riches
ornements, était superbe à voir. Dans le chœur, des places avaient été
disposées pour Leurs Altesse Mgr le Duc d'Urach-Wurtemberg et Mgr le Prince
Karl, qui daignaient honorer la cérémonie de leur présence. En face de
Leurs Altesses était Monseigneur l'Evêque.
Après la bénédiction des
orgues par Sa Grandeur, M. le chanoine Condamin, professeur à la Faculté
Catholique de Lyon, fit dans un éloquent discours, le panégyrique de l'orgue,
dont la voix, tantôt formidable, tantôt humble et douce, traduit si exactement
les sentiments des fidèles catholiques : les actions de grâces, les prières,
les angoisses et la douleur. Les pensées élevées exprimées par l'orateur,
le charme de sa parole, l'élégance de son langage ont profondément ému
l'assistance.
Le discours de M. le chanoine
Condamin a été suivi de la partie véritablement artistique ; nous en avons
publié le programme, nous ne citerons donc pas de nouveau tous les morceaux
qui la composaient, mais nous parlerons des artistes qui, par leur gracieux
concours, ont fait de la cérémonie une véritable solennité musicale.
Mme Conneau est trop connue
de toute la Principauté pour que nous ayons besoin de refaire ici son
éloge. Toutes les formules laudatives ont d'ailleurs été épuisées à l'égard
de cette éminente cantatrice dont la méthode sûre et la magnifique voix
ont à Monaco comme à Nice d'unanimes admirateurs. La mélodie de Gounod,
Le ciel a visité la terre, le duo du Stabat, l'Ave Maria de Neukomm ne
pouvaient avoir plus grande et plus aimable interprète que Mme conneau.
Mme Maillet, un soprano
bien timbré et très étendu, a chanté en musicienne consommée le Pater
Noster, de Niedermeyer, le duo du Stabat avec Mme Conneau et l'Ave Maria
de Neukomm.
Mme Tanty a dit avec un
grand sentiment artistique un air d'église de Stradella. M. Mousset, baryton
amateur, a chanté d'une très belle façon l'air de la Conversion de Saint
Paul, de Mendelssohn, et les autres morceaux, trio et quatuor avec Mmes
Conneau et Maillet. Nous devons aussi des compliments à M. Toubas pour
son excellent concours.
La partie instrumentale
était confiée à M. Bérard, organiste titulaire de la Cathédrale de Montpellier,
ancien élève du Conservatoire de Paris ; à M. Protti, organiste de l'église
Saint-Vincent de Paul de Marseille ; à M. Paul Lahure, ex-organiste de
Notre-Dame du Havre et à M. Bouault, organiste de la Cathédrale de Monaco.
On nous avait déjà parlé
de M. Bérard comme d'un merveilleur artiste, émule de Lefébure et considéré
comme rival en talent du célèbre Guilmant. On ne nous avait point trompé.
Musicien accompli, M. Bérard connaît les innombrables secrets de l'orgue
; sous se doigts, cet instrument aux dimensions colossales obéit avec
docilité, transmettant à ceux qui l'écoutent, les sentiments qui animent
l'exécutant. Rien n'est plus suave que la Pastorale de Guilmant, la Communion
de Batiste, et la Gavotte de Martini, interprétées par M. Bérard. Excellent
compositeur, il nous a fait entendre aussi un ravissant morceau écrit
par lui et intitulé Improvisation. Enfin, la fameuse Toccata et fugue
en ré mineur de Bach qui présentent de si grandes difficultés, ont mis
en relief les qualités de doigté de l'artiste et la beauté des orgues
dont chacun a pu admirer la parfaite sonorité.
M. Protti n'a pas eu moins
de succès que M. Bérard dans un morceau de sa composition, une Communion,
qui nous a permis de le juger aussi bon harmoniste qu'excellent exécutant.
Nous regrettons, avec toutes les personnes présentes, de ne l'avoir entendu
que dans cette seule occasion.
M. Lahure a tenu l'orgue
pour l'accompagnement des morceaux de chant, avec autant de goût que de
modestie. Quand à M. Bouault, n'ayant qu'à s'effacer devant ses confrères
étrangers, ainsi que le veut la politesse, il ne fit entendre que le morceau
d'ouverture de la cérémonie et le final de Widor ; nous connaissons, du
reste, son mérite puisque nous avons l'occasion de l'apprécier chaque
dimanche à la Cathédrale, mais nous ignorions qu'il eût écrit des morceaux
religieux. C'est cependant ce que nous a révélé le programme de mardi.
En effet, M. Toubas a chanté, pendant le salut, un O Salutaris, dont nous
faisons compliment à M. Bouault.
La bénédiction solennelle
du Très Saint Sacrement donnée à l'assistance, Sa Grandeur adressa à la
foule présente et à tous les artistes, ses sincères remerciements. L'allocution
toute paternelle et affectueuse de Monseigneur clôtura cette imposante
cérémonie, dont la Principauté gardera longtemps le souvenir.
Après l'inauguration des
orgues, un diner a réuni à Monte-Carlo Hôtel les membres de la commission
chargée de la réception des orgues de la Cathédrale, du Palais et de Saint-Charles,
ainsi que certaines personnes invitées à cette occasion, parmi lesquelles
des membres de la presse.
Le repas, qui comprenait
un trentaine de couverts, était présidé par M. Lahure ; M. l'abbé Condamin
et M. Merlin y assistaient.
Au dessert, plusieurs toasts
ont été portés à S.A.S. le Prince, protecteur ardent et éclairé des arts,
à Monseigneur l'Evêque, organisateur de la fête qui venait d'avoir lieu,
aux artistes qui avaient contribué à la solennité.
Nous pourrons prochainement
faire connaître à nos lecteurs les appréciations de la commission artistique
qui a été chargée d'examiner au double point de vue musical et architectural,
et de recevoir les orgues de Saint-Charles, de la chapelle du Palais et
de la Cathédrale. Dès à présent, nous pouvons dire que son rapport fait
le plus grand éloge de ces trois instruments.
Journal
de Monaco du 7
septembre 1886
Au chevet de l'église Saint-Charles,
de vastes sacristies sont reliées à la nef par deux galeries débouchant
dans le chœur.
La construction de ce bâtiment
touche à sa fin. Il se compose d'un sous-sol, d'un rez-de-chaussée et
d'un Étage. Dans le sous-sol sera établi un calorifère pour chauffer la
scristie et l'église elle-même.
La sacristie principale,
entourée de salles destinées aux archives, aux enfants de chœur et au
dépôt des ornements, occupera le rez-de-chaussée. L'aile droite servira
de logement au sacristain. Le premier étage sera consacré aux salles du
catéchisme et de la maîtrise. La décoration de l'édifice avec sculptures
en pierre d'Oppède, est empruntée, ainsi que celle de l'église, au style
de la Renaissance.
On sait que l'église Saint-Charles
et les sacristies sont, comme la Cathédrale, dues à M. l'architecte Lenormand,
et que ces monuments religieux ont été exécutés par MM. Notari, et Ajani
et divers autres entrepreneurs spéciaux, sous la surveillance de MM. Garrus,
Fouraignan et Copello.
Journal
de Monaco du 6
septembre 1887
Les sacristies de l'église
Saint-Charles, qui à cause des difficultés du terrain n'avaient pu être
achevées pour l'inauguration du monument, vont être livrées au culte.
Elles comprennent, - en un bâtiment dont le style s'harmonise avec celui
de l'église, et qui se compose d'un sous-sol, d'un rez-de-chaussée et
d'un premier étage, - une sacristie principale, une autre pour les enfants
de chœur, un bureau des archives et des actes religieux, deux salles de
catéchisme, le logement du sacristain, des magasins et accessoires, colifères,
etc. On peut y accéder de l'extérieur, et deux passages latéraux les relient
à l'édifice.
L'érection de l'église Saint-Charles
en paroisse a aussi motivé l'installation des fonts baptismaux dans la
chapelle de droite, à l'entrée de l'église.
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