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Le légat apostolique à Florence, à
Bologne, à ferrare, etc. - Sa marche triomphale. - L'arrêt
à l'abbaye de Chiaravalle. -Il décide de faire son entrée
Milan comme archevêque et non comme légat. -Entrée
solennelle. -Le premier sermon aux Milanais. -Le concile provincial. -Son
ouverture solennelle. -Activité et influence du cardinal Borromée.
- Sa joie et celle du pape - Les décrets de ce premier concile.
-Le décret sur le mobilier des évêques -Le discours
de clôture. Le saint archevêque de Milan quitta Rome, comblé des bénédictions et des faveurs de Pie IV. Légat à latere du saint siège, neveu du pape, il était assuré de rencontrer partout sur ses pas des hommages et une vénération dont ses vertus encore plus que ses autres charges le rendaient digne. Il était assez insensible à toutes ces marques de distinction pour lui-même, mais il les accueillit avec plaisir et reconnaissance, parce qu'il les rapportait toutes à la personne du pape dont il était le représentant : il ne perdait pas de vue un seul instant les intérêts de l'Église et l'honneur du saint siège. A Florence, le grand duc lui donna de nombreux témoignages
d'affection et de respect, il le retint pour célébrer la
fête de la Nativité de la sainte Vierge et le lendemain,
Charles écrivait à son oncle que le duc et le prince l'avaient
reçu d'une façon si affectueuse qu'il n'aurait pu désirer,
ni imaginer mieux. Le duc, devant épouser une archiduchesse d'Autriche,
manifesta au cardinal le désir de le voir accompagner sa future
épouse de Bologne à Florence. Charles transmit au pape le
désir de Côme de Médicis, en lui disant que ce voyage
pourrait se faire lors de son retour de Milan, mais il ajoutait : «
Je suis entièrement aux ordres de Votre Sainteté. » Bologne, qui faisait partie des Etats du saint père, le garda pendant trois jours. Il y fut reçu par des manifestations de joie de la part de la population qui le consolèrent. Pie IV avait des craintes sur l'état des esprits en cette ville, si célèbre encore de nos jours par son esprit d'indépendance et de révolte, et Charles se hâta de le rassurer. « J'ai trouvé cette ville très calme, facile à gouverner et très respectueuse pour Votre Sainteté.... Depuis peu de temps déjà le cardinal Crasso avait donné l'ordre aux Suisses de monter la garde aux portes de la ville ; mais il me semble qu'il n'y a nulle nécessité d'augmenter la milice. » Il fit ériger dans cette ville la belle fontaine
de Neptune qu'on y admire encore et il y fit battre monnaie à ses
armes. Son désir de ne violer aucune des règles établies
par le cérémonial des légats et des cardinaux est
si grand, qu'il se préoccupe de la façon dont il les exécute,
il va même au devant de ses manquements pour s'en disculper, comme
s'il en devait résulter quelque scandale. « Faites-moi la
grâce de dire à l'illustrissime cardinal Gambara, s'il entend
parler de quelque erreur commise dans toutes les cérémonies
de mon voyage, qu'il doit en attribuer la responsabilité au maître
des cérémonies et non pas à moi. Si Sa Seigneurie
illustrissime était là, je la consulterais à chaque
pas. » Avant de quitter Bologne, il se rendit à son abbaye
de Nonantola où il convoqua une grande réunion d'ecclésiastiques
soumis à sa juridiction. Nous pouvons le suivre pas à pas dans sa course triomphale : « Je suis entré à la nuit à Parme, le 18 septembre, je fus reçu par le duc, écrit-il sans une expédition pressée en Belgique, lui-même m'eût accompagné jusqu'à Plaisance. A sa place, il chargea Paul Vitalli de me rendre cet office entre ces deux villes. Deux prélats du clergé de Milan, deux autres du collège métropolitain, quatre jurisconsultes à cheval vinrent au-devant de moi, délégués par mon diocèse. Beaucoup de particuliers, sans parler de ceux qui étaient à cheval, venaient également à ma rencontre. A Plaisance, j'ai logé avec le comte Jean Baptiste Borromée ; j'ai aplani tout désaccord avec le cardinal de Trani et je l'ai amené à ce point qu'il a promis d 'assister au futur concile de Milan. Arrivé près du PÔ, j'ai trouvé sept patriciens de la première noblesse, envoyés au nom de la cité entière ; j'omets de mentionner ceux qu'un sentiment privé de bienveillance pousse vers moi. A l'approche de Milan, j'ai rencontré une foule presque non interrompue de citoyens de tout ordre. Enfin, le 22, au soir, je me suis arrêté au monastère de Chiravalle,à trois milles de la cité. « Jusqu'à Milan, les chemins ont toujours été remplis par une foule de personnes et de très honorables chevaliers, qui venaient au devant de moi: ils m'ont tous accompagné. Ils montraient sur leurs visages et dans leurs paroles un si grand contentement de me voir, que je n'ai pu faire autrement que de me réjouir infiniment de leur allégresse. Je ne veux pas omettre de vous dire qu'à Marignan, j'ai été accueilli par le cardinal d'Aragon et le marquis son frère avec toutes sortes de gracieusetés. ... « Ce soir, je vais dormir à l'abbaye de Chiaravalle pour faire demain, dimanche, mon entrée solennelle à Milan. A l'instant même, M. le gouverneur est venu de Milan, en coche, avec peu de suite, pour me faire une visite privée. Les paroles si affectueuses avec les-quelles il s'est réjoui de mon arrivée à bon port, le contentement qu'il en éprouve, exprimé d'une façon très persuasive, m'ont rempli de consolation: je suis heureux de la sagesse et de la bonté courtoise de ce prince.
Le roi d 'Espagne, Philippe II, avait voulu de loin s 'associer à la joie de son peuple et féliciter le saint archevêque de l 'empressement qu 'il apportait à visiter son Eglise. Le 25 septembre, il promettait, par lettres, l 'appui royal dans toutes ses entreprises. Dès le jour même de son arrivée, comme il l 'écrivait au cardinal de Côme, saint Charles était occupé du synode diocésain et du concile provincial, qu 'il voulait tenir et il avait convoqué des réunions dans ce but. Mais il avait un grand désir de communiquer plus directement avec son peuple : le septième jour après son arrivée, il célébra un office pontifical dans sa splendide cathédrale ; une foule immense remplissait ses vastes nefs et, après l 'évangile, il monta en chaire. Il prit pour texte de son discours les paroles que Notre Seigneur adressait à ses apôtres, au moment de faire la Pâque avec eux : Desiderio desideravi hoc pascha manducare vobiscum. J 'ai désiré d 'un grand désir manger cette Pâque avec vous. Ces paroles répondaient parfaitement aux sentiments qu 'il n 'avait cessé d 'exprimer au souverain pontife et aux différents vicaires qu'il avait envoyés à Milan. Il n'ignorait point le malheur des temps, il connaissait les besoins de son peuple, et les crimes qui le déshonoraient : cela rendait son désir plus ardent, son impatience plus grande de voir arriver l'heure où il pourrait se consacrer, se donner tout entier pour le salut et la félicité son troupeau. Cette activit fut en effet, extraordinaire et le cardinal
Alciati, quand il eut connaissance de tout ce qu'avait fait ce concile,
écrivait de Rome au saint archevêque: « Nous sommes
tous dans l 'étonnement, de ce que, en si peu de temps, vous ayez
pu faire tant de choses et si heureusement. » L'on comprend la joie
de Pie IV, en apprenant cette glorieuse marche du concile: « Ainsi,
s'écria-t-il, devraient faire tous les prélats de la sainte
Eglise. » Il n'attendit point qu'il fût terminé pour
exprimer à son neveu la joie qu'il éprouvait a de 'heureux
progrès de son synode et de l'acceptation des décrets du
concile de Trente ; » et il l'engageait « à persévérer,
à donner de bons ordres et à laisser dans sa ville tous
les bons exemples qu'il pourra. » Nous croyons utile d'exposer ici, avec quelques détails, les principales ordonnances décrétées par le premier concile provincial de Milan. Le lecteur pourra ainsi se rendre compte des besoins de cette époque, du zèle intelligent et de la prudence consommée du jeune archevêque. Un autre motif nous paraît réclamer cette analyse sommaire : le concile provincial de Milan fut, si non le premier, au moins le plus important de ceux qui se réunirent, après le concile de Trente, et il est devenu comme le modèle et la forme de ceux qui se sont tenus depuis dans l'Église universelle. Le premier chapitre, traité par ordre de saint Charles, est intitulé : De profeseione fidei et ejus tuendae cura. Le premier et le plus important des devoirs imposés aux pasteurs et de travailler à la conservation de la foi, au sein du troupeau qui leur est confié. En premier lieu, se présente pour eux la nécessité d'accepter, dans toute son intégrité, le concile de Trente. Les évêques doivent donner l'exemple : non contents d'avoir eux-mêmes récité la profession de foi prescrite par Pie IV, heureusement régnant, ils exigeront de tous leurs prêtres la même profession, avant de leur confier des bénéfices, des doctorats, des canonicats et l'Suvre si importante de l'éducation de la jeunesse. Après les évêques, le soin de veiller sur la foi des fidèles incombe aux curés dans leurs paroisses. Ils devront, comme les évêques, contribuer à son maintien et à son progrès par l'exemple et la prédication. Les magistrats, tous ceux qui ont en main l 'autorité civile, sont exhortés à prêter aux pasteurs le concours de leur puissance, à faire tout au monde pour empêcher les relations de leur peuple avec les hérétiques. Le concile demande aux princes leur appui pour l'exécution des décisions de l'Inquisition. Lorsque les Espagnols prirent possession des terres de la Lombardie, ils cherchèrent à y introduire leur Inquisition, dont on a, souvent avec raison, dit beaucoup de mal: elle servit, en effet, plus souvent la politique que la religion: Les pères du concile de Trente s'étaient grandement préoccupés des intentions manifestées par la Cour d'Espagne à cet égard, on avait même répandu parmi eux le bruit que le saint père et son neveu s 'y étaient montrés favorables: mais saint Charles, A deux reprises différentes, assura les légats qu'il n'en était rien et que le saint père ne consentirait jamais à l'établissement d'une institution contraire au droit commun. Les Milanais, raconte un historien, n'ignoraient pas la conduite du cardinal en cette circonstance : ils voulurent lui en témoigner leur reconnaissance par l'enthousiasme de la réception qu'ils lui firent. L'inquisition, pour laquelle les pères du concile provincial de Milan réclament l'appui du pouvoir civil, était, et est encore, une institution qui n'a d'autre but que la conservation de la foi, par la recherche des hérétiques et par la répression, au moyen de peines canoniques, de tout ce qui peut altérer, dans les intelligences et dans les coeurs, la vérité et les bonnes moeurs. Dans le même but, on recommande aux évêques de veiller à l'exécution des ordonnances de l'index sur les mauvais livres et d'employer tous leurs efforts, pour empêché ces livres de pénétrer dans les boutiques des libraires et dans les demeures des fidèles. Aux réformateurs contemporains, qui accusent les siècles précédents d'avoir favorisé l'ignorance et qui prétendent régénérer le monde, en distribuant gratuitement un enseignement obligatoire, dépouillé de toute garantie de vérité, de moralité, nous dédions le décret suivant: « Nous exhortons vivement, dans le Seigneur, les princes et les magistrats à faire venir les villes et les pays de leur domination, sans tenir aucun compte des frais, des maîtres d'école, non moins recommandables par leur foi et leur vie que par leur science et leur doctrine. Ceux qui enseigneront les lettres ne devront pas expliquer aux enfants les livres nommément mis à l'index par l'autorité de Pie IV, ni leur permettre de les lire, ainsi que ceux qui contiennent des choses obscènes ou honteuses. « Nous leur commandons aussi de les former aux
bonnes moeurs, par de salutaires préceptes. Avant qu'ils exercent
leur profession dans une institution pieuse et chrétienne, si cela
semble bon à l'évêque, on devra s'assurer qu'ils s'acquittent
de tous les autres devoirs tracés par Léon X, dans le concile
de Latran. S'ils y manquent, qu'ils soient punis selon leur délit.
» Rien n'était plus commun alors que la représentation de nos mystères sur des théâtres populaires ; de graves abus s'étaient trop souvent et multipliés dans ces représentations: sous le prétexte d'amuser honnêtement le peuple, on se permettait quelquefois de travestir la vérité elle-même ; l'Église ne sautait accepter aucune solidarité sur ce point. Le concile de Milan n'a fait que se conformer à sa tradition et recueillir ses plus vieilles ordonnances, en posant des règles pleines de sagesse, dont l 'exécution est de nature à éviter tout ce qui, dans ces scènes populaires, pourrait être trop vulgaire, ridicule ou grotesque. La magie était l'une des plaies les plus générales de cette époque ; sous ce prétexte, il n'y avait point d'actions coupables et honteuses qu'on ne se permît. Le concile appelle l'attention des évêques sur ce sujet, il décrète les peines les plus sévères contre ces infâmes commerces avec le démon, dont le but est de corrompre les moeurs et d'altérer la foi. Le blasphème et la violation du dimanche, sans être aussi communs qu'aux temps malheureux où nous vivons, n'étaient cependant pas rares, le concile insiste fortement sur la nécessité pour les juges séculiers, de réprimer ces scandales publics punis également par les lois civiles et par les lois divines. Nous ne suivrons point les pères du concile dans les règles qu'ils établirent pour l'administration régulière et convenable des sacrements. Un chapitre important, que nous ne pouvons passer sous silence, traite des séminaires. La création de ces collèges ecclésiastiques, dans lesquels la jeunesse se forme à la piété et à la science, était une oeuvre difficile et onéreuse. Le saint trancha la question en ordonnant, d'après le concile de Trente, de prélever dans ce but la dîme sur tous les revenus des menses épiscopales, des chapitres, des bénéfices, des cures, même des bénéfices des religieux, à l'exception des ordres mendiants. Il statua que ces subventions seraient payées en deux fois, chaque année, à partir de l'année suivante. Le concile autorisait les évêques à augmenter ou à diminuer cette taxe, spécialement pour les curés trop pauvres. Si ces revenus ne suffisent pas, les évêques devront chercher quelque autre ressource pour leur séminaire. Dans ce cas, ils avertiront le métropolitain qui, avant de porter une sentence, aura soin d'en référer au pape pour faire intervenir son autorité. L'oeuvre des séminaires fut par excellence l'oeuvre de saint Charles, il en fonda plusieurs dans sa ville épiscopale. Le zèle qu'il déploya pour se créer des ressources, les sages règlements qu'il sut y établir, et qui furent adoptés presque partout, le font, avec raison, regarder comme le père et le protecteur de l'oeuvre des séminaires, florissante aujourd'hui dans tous les coins du monde catholique. Nous ne dirons rien des conditions imposées pour la collation des bénéfices, pour l'examen des candidats, ni les décrets sur la vie et l'honnêteté des évêques et des clercs. II est un point, cependant, sur lequel le concile trouva des contradicteurs. Saint Charles, persuadé que l'évêque doit, en tout, à son troupeau, l'exemple de la modestie, voulut qu'on réglât au concile tout ce qui a trait à sa vie privée et il traça lui-même la peinture détaillée de ce que devait être sa demeure. Il bannit l'or et l'argent de son mobilier ; il en excepte seulement les couverts d'argent ; mais il n'y admet ni ornements en soie, ni tapisseries, ni tapis ; ni oeuvres d'art, ni objets travaillés avec trop de soin ou d'un prix trop grand. I1 proscrit les images et les tableaux profanes. Deux chambres meublées suffiront pour l 'usage quotidien de l'évêque; on peut en préparer une troisième, en cas de maladie, et une quatrième enfin pour recevoir ceux qui viendront le trouver. Toutefois, pour rendre honneur à ses hôtes, il pourra avoir des objets et des meubles, en plus grand nombre que ne l'exigent les nécessités de la vie, mais non d'un plus grand prix. La modestie et l'humilité épiscopales doivent apparaître à tous les yeux, et, en conséquence, l'évêque n'aura aucun cheval inutile ou de parade ; il devra éviter le luxe dans son intérieur, la magnificence dans ses constructions, les peintures, les ornements, tout ce qui favorise la sensualité. Sa maison doit respirer la simplicité, la pureté, le zèle pour la gloire de Dieu, le mépris de toutes les choses vaines et futiles. Autant il devra montrer de simplicité dans tout ce qui regarde sa personne et sa maison, autant il devra déployer d'art, de magnificence, de splendeur pour donner de l'éclat au culte public dans les églises de Dieu. Sur sa table, recouverte d'une simple nappe, on ne verra point paraitre les mets recherchés, les pâtisseries, les vins variés et exquis; on fera la lecture pendant le repas. I1 interdit les parasites et les jeux, si communs à cette époque. La famille de l'évêque, composée du nombre d'hommes absolument nécessaire A son service et à sa dignité, devra être formée généralement de clercs, revêtus de l'habit ecclésiastique, ayant au moins reçu les ordres mineurs ; dans leurs vêtements devra se refléter la modestie de leurs habitudes et de leurs goûts. Quelques-uns pensèrent que ces décrets entraient dans des détails trop minutieux et presque sévères. Un cardinal, Zaccaria Delfino, écrivit au cardinal Borromée pour blâmer ces dispositions. Il prétendait que le concile de Trente, en portant son décret sur la réforme, n'avait pas eu l'intention qu'on réglât les choses d'une manière si précise, si sévère et si générale. S'il convient que les clercs rejettent tout luxe et toute pompe, néanmoins, il n'a pas voulu interdire aux chefs de la hiérarchie ecclésiastique, disait-il, les choses précieuses, les habits décents, une table bien servie, etc. tout ce qui est en usage et peut tourner à l'honneur de la dignité dont les évêques sont revêtus. Saint Charles n'eut pas de peine à justifier son décret ; il s'appuya sur les textes des saints pères, des anciens conciles et même sur l'autorité du concile de Trente, qui recommandait de suivre les préceptes donnés aux évêques par le concile de Carthage. Quoi qu'il en soit, le décret porté au concile de Milan, avec la participation de tous les évêques de la province, fut approuvé par saint Pie V, sans aucune restriction.
Signalons un chapitre dans lequel il est défendu aux chrétiens, dans leur propre intérêt, de faire des contrats avec les Juifs. Mais le concile se montre plein de sollicitude pour le salut de ces malheureux, il recommande de leur adresser souvent des sermons et de s'occuper activement de leurs catéchumènes. Avant de clore cette sainte assemblée, l'archevêque prononça un discours latin, dans lequel on voit en quelque sorte resplendir la beauté de son âme, enflammée du désir de procurer la gloire de Dieu et le bien de l 'Eglise. Il se réjouit de voir renouer la chaine des conciles provinciaux interrompue depuis si longtemps, et dont la reprise le remplit d'espérance et de gratitude envers Dieu Il énumère, à larges traits, les maux qui avaient été la conséquence de cette funeste interruption. « Vous connaissez, mes pères, ces blessures faites à l'Église ...je les passe sous silence, je ne puis me les rappeler, sans une très amère douleur, et je pense qu'il vous serait également pénible d'en entendre l 'énumération. Grâce à votre remarquable vertu et à votre prudence, en renouvelant les conciles provinciaux, nous avons trouvé un puissant remède à ces maux très graves. Il ne nous reste plus qu'à appliquer, d'une manière profitable à nos provinces malades, cette médecine si sagement méditée ... C'est pourquoi soyons tous ici d'accord, regardons chacun de nos diocèses du haut de ce lieu d'observation, si je puis ainsi parler, afin que, avertis par cette divine parole du prophète Ezéchiel, nous recherchions ce qui a péri ; nous relevions ce qui est abattu ; nous réparions ce qui est brisé ; nous consolidions ce qui est faible ; nous gardions ce qui est fort et en bonne santé ... D 'après le concile de Trente, il y a trois choses qu'il faut faire et achever dans les conciles provinciaux, à savoir : corriger les défauts, ramener les moeurs à une bonne et sainte discipline et faire disparaître tous les sujets de discorde. I1 nous faut d'abord jeter un fondement très solide à tout l 'édifice par notre acceptation de toutes les choses définies et décrétées par le saint concile de Trente ... Ensuite, dans la correction des fautes, il faudra que nous accommodions le remède à la violence, à l'étendue du mal et à la nature des maladies. Tantôt corrigeant les erreurs par des remèdes légers, des avertissements et des reproches; tantôt nous servant d'une médication plus forte. Enfin, en approchant des parties ulcérées le fer et le feu, selon que l'exigeront les conditions du mal ou les dangers de la contagion, souvenons-nous toujours que nous sommes des pères et non des maîtres. Nous rétablirons facilement la discipline, si nous y employons les moyens dont se sont servis ceux-là mêmes, qui l'ont d'abord établie, puis conservée pendant longtemps et qui, par leurs vertus, avec la grâce de Dieu, nous ont donné cette abondance de grâces. Proposons-nous d'imiter, je vous en prie, mes pères, la sainteté de leur vie et leur sagesse à remplir leur devoir. Ils étaient intègres, chastes, simples, modestes, humbles, de bonnes moeurs, assidus à la prière et à la lecture, se méprisant eux-mêmes, toujours absorbés par la pensée et le soin de sauver les autres, doux dans le conseil et l'action, hospitaliers, économes dans leurs habitudes domestiques et pour leur table, bienfaisants et généreux pour les autres. Ils veillaient sur leur troupeau, ils cultivaient et gardaient avec un soin extrême et un grand travail la vigne du Seigneur. Ils nourrissaient assidûment les brebis, qui leur étaient confiées, de la triple nourriture de la parole, de l'exemple et des sacrements. Pleins du souvenir, imitateurs du pasteur suprême, Jésus-Christ, qui a donné sa vie et son sang pour tout son troupeau, ils entreprenaient, eux-mêmes, n'importe quel labeur pour le bien de leurs brebis; ils subissaient tous les malheurs, supportaient la violence et l 'injure ; comme le pasteur de l'Evangile, ils n'hésitaient pas à donner leur vie pour le troupeau. Ils n'attendaient de tous ces travaux d'autre récompense que les biens célestes. Si, comme nous le devons, mes pères, nous avons sous les yeux ces exemples, nous comprendrons facilement ce qu'il faut faire de notre temps pour rétablir la discipline ecclésiastique. Et de même que le Christ Notre Seigneur a commencé par former les apôtres avant de les établir les maîtres de la vie chrétienne ; de même, il faudra que nous commencions par nous, pasteurs, la formation et la restitution de la discipline des moeurs et que nous offrions le bon exemple de notre vie à ceux à qui nous donnerons, en même temps, les préceptes. » Ce discours du jeune archevêque fit une profonde impression sur tous les pères du concile. L'écho en arriva jusqu'à Rome ; le cardinal Sirletti, en lui écrivant pour l'en féliciter, se fit aussi l'interprète de la satisfaction et de l'admiration du souverain pontife.
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