Vie de Saint Charles Borromée
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CHAPITRE QUATORZIEME

LES VISITES PASTORALES

Saint Charles a visité toutes les paroisses de son diocèse Dans ses visites il s 'occupe d'abord de réformer le clergé - Résultats et fatigues de ces visites pastorales - Comment il procédait. -Sa douleur quand 1'Eucharistie n 'est pas entourée du respect qui lui est dû. - Sa joie en distribuant la Sainte Communion. - Il relève le caractère et la dignité de ses prêtres -Consécrations d'églises.


Un des moyens les plus puissants dont saint Charles se servit pour gouverner et administrer son Église, ce fut la connaissance précise, personnelle qu'il voulut avoir de son clergé et de toutes les paroisses. II consacra: de long mois, et pendant plusieurs années, à la visite de sa ville épiscopale et des autres paroisses. On peut affirmer, sans crainte de se tromper, qu'il connaissait admirablement son diocèse : le plus petit village, le plus humble hameau, les plaines de la Lombardie, comme les vallées et les montagnes de la Suisse, ont eu le bonheur de le recevoir et il a laissé partout des souvenirs de son passage, de son zèle et de sa sainteté que les siècles n'ont point effacé. L'un de ses successeurs sur le siège de saint Ambroise, pouvait avec vérité s'exprimer ainsi, au milieu de tout son clergé «Glorieuses montagnes, vallées bénies, sentiers sacrés qui portez encore les traces innombrables des oeuvres de Charles, où il obtint du ciel des victoires sur des ennemis qui sont immortels, soyez à jamais bénis ! Que la rosée céleste des bénédictions spirituelles et terrestres tombe abondamment sur vous! C'est de vos habitations, c'est-à- dire, de vos maisons et de vos cabanes, où il habita avec vous, que l 'on peut dire avec raison : Que tes tabernacles sont beaux, ô Jacob! Que tes tentes sont belles, ô Israël ! Combien, en effet, elles sont belles ces chères maisons, dans lesquelles on vit autrefois loger un corps sans chair et une âme sans corps ! Combien elles sont dignes de respect, ces cabanes dans lesquelles toutes les nuits étaient honorées de ses veilles, dans lesquelles les tables ne semblaient se dresser que pour être témoins de ses jeunes. Le sommeil n'y était pas autre chose que le silence et un repos tranquille; les langues y semblaient immobiles, pendant que les mains étaient pleines d'activité pour les oeuvres de piété et de miséricorde ; la modestie y commandait ; la tendre affection de la charité envers les sujets n'avait pris que les dehors et les apparences d'une sévère discipline ; enfin, la pauvreté y était honorée des splendeurs de la pourpre. Il n'y avait pas, mes fières, et chacun de vous peut en rendre témoignage, une vallée si profonde vers laquelle son humilité ne s'abaissât, il n'y avait pas de si petites gens vers lesquels il ne s'approchât avec douceur. Il n'y eut pas de montagne, si haute ni si abrupte, au sommet de laquelle son esprit ne volât, entraînant avec lui son corps.»

Dans ces visites, l'archevêque travailla d'abord à la réforme des prêtres, il y voyait le vrai et seul moyen de rendre son propre apostolat fécond, au milieu des populations qu'il visitait. Milan ressentit la première les effets de cette sollicitude pastorale : il fit venir tous les prêtres dans son palais, il voulut les voir, les entretenir les uns après les autres, s 'informant avec grand soin de leur position, de leurs noms, de leur science, de leur âge, de leur demeure et s'ils avaient quelque mérite, s'ils avaient rendu quelque service exceptionnel, il s'empressait de le reconnaître. II faisait rédiger séance tenante, des notes sur tous ces points divers. Quand il visita les autres parties de son diocèse, il employa le même système. Il arriva à connaître son clergé si parfaitement, qu'il suffisait de nommer devant lui l'un de ses prêtres, pour qu'il fût en état de dire à l'instant quelles étaient ses moeurs, sa vertu, sa science et tout ce qui à son sujet était digne de remarque. II n'avait pas moins de trois mille prêtres. Cette mémoire si merveilleuse, si fidèle et si sûre d 'elle-même semble tenir du miracle.

Les prêtres rendirent eux-mêmes à leur évêque le plus bel hommage qu'on pût rendre à la sagacité et à la prudence d'un administrateur. Il était à la tête du diocèse, depuis quelques années à peine, et les prêtres ne se présentaient plus au concours, lorsqu'un poste devenait vacant. Le saint archevêque, ignorant la cause de cette abstention, s'en plaignit avec douleur, il en voulut connaître les motifs. « A quoi bon nous présenter aux examens ? dirent ces prêtres. Le cardinal connait si bien son clergé, les choix qu'il fait répondent si parfaitement aux besoins des postes vacants et aux aptitudes de chacun que le concours ne servirait absolument à rien. L'archevêque n'a nul besoin de cette épreuve pour déterminer son jugement et ses choix, nous continuerons à nous abstenir. »

La conscience du cardinal s'alarma de cette résolution de son clergé et, ne pouvant en triompher, il résolut d'en déférer au souverain pontife; en présence de cette situation exceptionnelle, et exceptionnellement justifiée par les faits, le pape dit à l'archevêque de Milan de ne pas s'en préoccuper et de continuer à agir comme il avait fait jusqu'ici.

Les visites entreprises par saint Charles dans son diocèse ne paraîtront peut-être pas à la plupart de nos lecteurs une oeuvre si merveilleuse et si méritoire ; nous sommes accoutumés, en France, voir nos évêques parcourir chaque année une partie de leurs diocèses, conférer le sacrement de confirmation et évangéliser les populations avides de les voir, de les entendre et de recueillir leurs bénédictions. Mais du temps de saint Charles, ces usages étaient depuis longtemps tombés 'en désuétude, les voies de communication étaient moins faciles, les moyens de transport moins commodes. Les diocèses d'Italie sont en général peu étendus; mais celui de Milan faisait exception à cette règle, il était immense et une partie était située au milieu des montagnes. Nous ajouterons, en toute vérité, que le cardinal Borromée a donné, par ses exemples, la forme des visites épiscopales telles que la plupart de nos évêques les pratiquent aujourd'hui. Les conciles provinciaux qu'il a réunis, les séminaires qu'il a créés, les visites pastorales telles qu'il les a pratiquées, ont été les vrais modèles de ces oeuvres si recommandées par le concile de Trente, aujourd'hui presque partout florissantes. Si le règlement des visites pastorales a été copié sur la méthode suivie par saint Charles, dans la pratique, nul n'a encore atteint l 'héroïsme du saint. Qu'on lise ses historiens, qu'on écoute les dépositions des témoins de son zéle dans le procès de canonisation et l'on restera émerveillé des prodiges opérés par son amour de la gloire de Dieu et du salut des âmes. C'est au milieu des montagnes de la Suisse qu'il faut le suivre, pour se faire une idée de son énergique dévouement. Il lui fallait souvent aller par des chemins impraticables, même pour des chevaux : on le voyait alors marcher à pied, appuyé sur un bâton, portant sur ses épaules une partie des bagages dans la crainte que ses serviteurs ne fussent surchargés, et malgré la fatigue et la sueur, il ne s'arrêtait qu'au lieu de sa destination. Si, dans la route, il rencontrait un de ces légers ponts, ou l'un de ces sentiers étroits, tracés sur le bord des gouffres dangereux si fréquents dans les montagnes, rien n'était capable de l'arrêter. Si la montagne présentait une de ces montées raides et escarpées, qui auraient paru inaccessibles aux chèvres elles-mêmes, on le voyait, au prix de grands périls et d'extrêmes fatigues, se coucher à terre et s'avancer en rampant à l'aide de ses pieds et de ses mains, ou bien il prenait des chaussures garnies d'ongles de fer qui l'empêchaient de glisser.

En 1574, il se trouvait à Cannobio, sur le lac Majeur et il résolut d'aller jusqu'à un petit village appelé Cavaglio. La route était dangereuse ; le cardinal s'avançait tranquillement, sur sa mule, lorsqu'à un endroit difficile, l'animal fit un faux pas, glissa et tomba sur le cardinal, après l'avoir jeté à terre.

Les compagnons de Charles furent très effrayés. Le sentier, très étroit, courait le long d'un profond ravin: ils ne purent s'expliquer, autrement que par un miracle, comment, dans leur chute, le maître et la mule ne roulèrent pas au fond de l'abîme. Rien ne l'arrêtait : en hiver, il se hasardait sur les glaciers et sur les sommets ensevelis sous la neige ; en été, il bravait les rayons d'un soleil dont aucun ombrage ne tempérait les brûlantes ardeurs. Et quand il arrivait, malgré le froid qui raidissait ses membres ou la sueur qui inondait son corps, il se rendait à 1'église pour y adorer Dieu et, presque toujours, il adressait la parole à la foule qui se pressait sur ses pas.

La cure n'était souvent qu'une misérable cabane, oh le saint ne trouvait pour se remettre de ses fatigues qu'un peu de châtaignes, délayées dans du lait, et un lit dont la dureté et la malpropreté étaient bien faites pour écarter à tout jamais le sommeil des yeux de l'homme le plus épuisé et le moins délicat. S'il y avait quelques mets plus recherchés, quelque couche plus molle, le saint les abandonnait aux gens de sa suite. On le voyait alors étendre ses membres sur la terre froide et humide d'une de ces misérables huttes.

Les anges veillaient sur lui sans doute et empêchaient la maladie de nuire à cet homme de Dieu.

Ces imprudences, pour employer le langage humain, auraient causé la mort à tout autre qui eût osé les commettre. Sa sainteté le protégeait, et, chose étonnante, elle s'étendait comme une puissante protection sur ceux qui l'accompagnaient. Il est vrai qu'il avait pour eux des précautions et des attentions qu'il se refusait à lui-même.

Dans le cours de ses visites, en plaine ou dans des lieux accessibles, il était accompagné de six hommes à cheval. Il avait coutume d'annoncer à l'avance son arrivée et il était défendu de lui présenter plus de trois mets pour les repas. L'honneur de sa dignité l'obligeait à se faire accompagner d'un certain nombre de familiers ; leur présence ne fut jamais pour les curés pauvres un surcroit onéreux de dépenses, il les indemnisait largement de leurs frais. Il se serait contenté de pain et d'eau, mais il ne voulait pas mettre les siens dans l'obligation d'imiter ses mortifications. Il poussait si loin la crainte d'imposer à ses prêtres le moindre fardeau, à l'occasion de ses visites pastorales, que n'ayant pu, en 1567, visiter la vallée Capriasca, il députa dans ce but l'évêque de Trévise et il lui envoya trente écus d'or, « pour soulager, écrivait-il, les prêtres pauvres. Vous diviserez cette somme, comme il vous semblera bon, entre ceux que vous croirez être dans l'impossibilité de satisfaire aux canons, qui leur prescrivent de vous nourrir.»

Très humble et très affable avec les gens de sa suite, son mépris des honneurs, sa simplicité l'eussent facilement fait prendre pour l'un d'eux. Quand il devait monter à l'autel ou accomplir quelque fonction sacré, alors il semblait un autre homme : une dignité grave et majestueuse, une sérénité pleine de grâce et de bonté se mêlaient dans sa personne, apparaissaient dans toute son attitude et commandaient la vénération et l 'amour. La pompe des cérémonies, qu 'il voulait qu 'on observât, même dans les plus humbles bourgs, avec toute l 'exactitude et la splendeur possibles ; les riches ornements dont il se revêtait alors, pour rendre hommage à la grandeur du Dieu dont il était le ministre, tout inspirait aux populations de profonds sentiments de foi et d 'amour.

Il avait coutume de célébrer pontificalement les saints mystères, le lendemain du jour de son arrivée, quand elle avait lieu le soir. A la messe, il prêchait ; la grande connaissance qu 'il avait des besoins, des vices ou des qualités qui dominaient chez les peuples, qu 'il visitait, donnait à sa parole une grande autorité : elle était toujours pleine d 'actualité et de conseils pratiques. Qui pourrait dire le nombre d 'âmes que cette prédication a éclairées, fortifiées et sauvées ? Dieu seul et ses anges le savent.

S 'il y avait dans le pays des monastères, des couvents, il les visitait, réprimait les abus, s 'il en découvrait et il excitait tous ceux qui les habitaient à l 'amour de la règle et de leur vocation.

Les fonctions saintes remplies, et souvent elles se prolongeaient très avant dans l 'après-midi, il faisait l 'inspection des vases sacrés, des ornements des autels et de tout ce qui, de loin ou de près, touchait à l 'honneur de Dieu et à la décence de sa maison. La sainte Eucharistie était souvent traitée dans les campagnes, par des prêtres ignorants, sans aucun respect : le saint versait d 'abondantes larmes en voyant ces profanations. Il se montrait justement sévère vis-à-vis des prêtres qui témoignaient de leur manque de foi en la présence réelle de Notre Seigneur Jésus Christ dans l 'Eucharistie. «J 'ai vu, écrit-il à Ormanetto, le très saint corps de Jésus Christ enfermé dans des vases pleins de poussière et laissé, pendant six mois et plus, dans des ciboires sordides. Dans une église, j 'ai frémi d 'horreur à la vue d 'un fragment de ce corps adorable, rongé par la corruption et adhérant partie à un calice brisé, partie au purificatoire.»

Son désir le plus grand était de rendre ses visites utiles et salutaires au clergé. En voyant ses prêtres de plus près, il pouvait les suivre dans leur vie intime, se rendre compte de l 'influence qu 'ils exerçaient sur leurs peuples et leur donner des avis plus appropriés à leurs besoins. Que de larmes le saint archevêque eut à verser, dans ces visites, sur les scandales donnés par ceux dont la mission était de sauver les âmes ! Mais aussi que de consolations n 'éprouva-t-il pas, en voyant le plus grand nombre d 'entre eux se montrer sensibles à ses avis, à ses prières et disposés à travailler pour recouvrer, par leur zèle et leurs pénitences, l 'innocence et les âmes qu 'ils avaient perdues ! Sa sévérité, ou pour parler plus exactement, sa fermeté dans l 'application des peines édictées par les saints canons contre les prêtres prévaricateurs était inébranlable : mais l 'on sentait dans l 'accent de sa parole un coeur affligé d 'être contraint de sévir pour obéir à sa conscience, pour sauver une âme. Quand le coupable, reconnaissant sa faute, s 'en humiliait, le coeur de l 'évêque apparaissait dans sa paternelle et sereine bonté.

Une des fatigues à laquelle il ne savait pas se soustraire, dans ses visites pastorales, parce qu'elle était pour lui une source de consolations ineffables, c'était de distribuer aux fidèles le corps de Notre-Seigneur JÉSUS-CHRIST par la sainte communion. Plus d'une fois, on le vit, tout rayonnant, pendant des heures entières, remplir cette noble fonction. Ceux qui l'assistaient, accablés par la chaleur, indisposés par cette odeur fétide qui s'exhalait des vêtements et de toute la personne des campagnards, étaient contraints de sortir pour respirer un air plus pur ; mais lui, absorbé dans ce saint ministère, semblait déjà participer à l'impassibilité des bienheureux et l'un de ses historiens dit qu'il paraissait éprouver plus de malaise de la cessation de cette fatigue elle-même. Alors, il se donnait encore et tout entier à son peuple, sans aucune interruption, sans prendre un moment de repos, il administrait le sacrement de confirmation à une foule d'autant plus nombreuse que le diocèse avait été plus longtemps vacant.

Il ne quittait jamais une région, sans y avoir laissé les ordonnances les plus propres à détruire les abus qu'il avait remarqués et à entretenir les bons effets de sa visite.

Il ne serait pas facile, dit un de ses historiens, de donner même une idée de tout le bien que produisirent de semblables courses apostoliques. Elles contribuèrent à rétablir partout la majesté des choses saintes ; elles rendirent au clergé le sentiment de sa propre dignité. Dans bien des pays, les magistrats civils avaient usurpé toute l'autorité ecclésiastique et la plupart des prêtres subissaient sans résistance cette usurpation tyrannique et sacrilège. Des habitudes peu sacerdotales, l'ignorance et des moeurs coupables, avaient abaissé tous les caractères : ces âmes n'avaient plus aucun ressort, elles trouvaient plus commode de se soumettre que de lutter, pour conserver des droits, dont le sentiment éteint de leur dignité ne leur faisait plus sentir ni le prix, ni la légitimité. C'est ainsi que ces visites contribuèrent à relever le caractère du prêtre ; elles remirent en honneur tous les droits de l'Église trop généralement foulés aux pieds ou méconnus ; elles rendirent aux couvents l'ancien éclat des vertus monastiques ; elles apaisèrent des dissensions et elles prouvèrent, par une foule d'autres bonnes oeuvres, combien est puissante la présence d'un pasteur pour faire tout rentrer dans le chemin du devoir et de la vertu.

Ces peuples qu'il avait vus, ces prêtres sous le toit desquels il avait séjourné, il ne les oubliait plus, il avait toujours présents à l'esprit leurs besoins, il avait conservé leurs noms et de retour dans sa ville archiépiscopale, sa sollicitude et son coeur semblaient être toujours avec tous et avec chacun de ses enfants. Il n'épargnait aucune dépense pour les aider, il leur mandait des visiteurs auxquels il faisait des recommandations spéciales et adaptées aux nécessités de ceux vers lesquels il les envoyait. Les prêtres surtout qu'il avait été obligé de punir, ou qui se trouvaient dans l'occasion de pécher, étaient l'objet de ses recommandations particulières. On peut dire que sa vigilance pastorale ne les abandonnait pas d'une minute, et il n'avait de repos qu'en apprenant leurs meilleures et plus énergiques dispositions.

Un autre résultat de ces visites fut l'embellissement, l'agrandissement des églises de presque tout le diocèse Ainsi s'expriment plusieurs témoins, au procès de canonisation : «Les églises de la ville et du diocèse de Milan furent toutes ou refaites, ou restaurées, ou au moins embellies par les soins du cardinal Borromée et elles furent également enrichies et ornées de nobles et gracieuses décorations : ces dépenses furent ou complètement à ses frais ou payées par les dons magnifiques qu'il sut obtenir. De l'état de malpropreté et de ruine dans lequel étaient la plupart de ces églises, il les fit passer à celui d'élégance et de splendeur où nous les voyons.»

Il consacra un nombre d'églises vraiment étonnant : au témoignage de Possevin, l 'un de ses secrétaires, ces consécrations dépassèrent la centaine. Il se préparait la veille à cette cérémonie par un jeûne très rigoureux, il passait la nuit en prière devant les reliques des saints, qu 'il devait le lendemain déposer dans le tombeau de l'autel. Le jour venu, il célébrait la messe avec beaucoup de pompe prêchait et ne terminait souvent cette cérémonie que vers les deux ou trois heures de l'après midi. Il lui arriva, une fois, pendant dix-huit jours de suite de supporter les mêmes fatigues pour la consécration de dix-huit églises nouvelles, sans que rien dans son attitude pût faire supposer, à ceux qui l'entouraient, quelque lassitude ou quelque dégoût pour des fonctions si fréquentes et si pénibles à la nature.

On s'imagine aisément le bien que l'archevêque de Milan produisit au milieu de ces populations, qui n'étaient point habituées à contempler de pareils exemples. Quand on se rappelle tous ces faits, on s'étonne moins de trouver encore, à trois siècles de distance, le nom de saint Charles béni et aimé dans toutes les contrées de la Suisse et de la Lombardie. Ses oeuvres sont toujours vivantes ; la plupart des usages et des institutions qu'il a créés subsistent encore. Nous avons pu, maintes fois, le constater nous-mêmes, par le témoignage des curés et des prêtres que nous avons interrogés et entendus, sur le théâtre même où s'est exercé le zèle de cet incomparable évêque.