Vie de Saint Charles Borromée
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CHAPITRE DIX-SEPTIEME

REFORME DES MONASTERES ET DES COUVENTS;

Décrets du concile provincial pour la réforme des parloirs ; Plusieurs monastères de Milan refusent d'ouvrir leurs portes à l'archevêque. -Patience et succès du saint. -Réforme des Franciscains. -Les Amédéens et les Clareni - Oppositions de quelques religieuses et de quelques moines - Les religieuses sont-elles mieux sous la dépendance des évêques diocésains que sous celle des religieux de leur ordre ? Ce qu'en pensait saint Charles - Il veut se démettre de sa charge de protecteur des religieux - Refus du pape - Scrupules et obéissance du saint.

Les graves préoccupations de la lutte n'empêchaient pas le saint de continuer son oeuvre de réforme. Pourquoi se serait-il agité ? Ce qu'il écrivait à Mgr Ormanetto n'était pas une vaine parole: « J'apprends, disait-il, que le pape a choisi cinq cardinaux pour étudier les droits de mon Église. J'attends donc, l'âme tranquille, leur sentence et j'ai banni de mon esprit tout souci sur cette affaire : j'embrasserai très volontiers ce qui me sera ordonné dans l'un comme dans l'autre sens. »

Pendant que cette grave affaire se discutait, il reprit ses courses pastorales et il parcourut les trois vallées de la Suisse. Mais il avait déjà commencé dans sa ville archiépiscopale une réforme, qu'il jugeait non moins nécessaire que celle du clergé. Nous avons parlé plus haut de 1'état des monastères de Milan, nous avons dit l'empressement du cardinal pour y introduire, même avant son arrivée, les règles et les réformes prescrites par le concile de Trente. Dans son premier concile provincial, il fit rendre plusieurs ordonnances sur ce sujet, il les fit traduire en langue vulgaire, afin que les religieuses ne pussent alléguer le prétexte de l'ignorance pour s'y soustraire. Les fameuses grilles des parloirs, auxquelles ses tantes firent une si vive opposition, y sont prescrites. Le cardinal a voulu décrire leur mode de construction, avec les détails les plus minutieux, pour ne pas donner lieu à des interprétations fantaisistes qui rendraient vaines ses ordonnances. « Afin, dit l'un de ces décrets, de fortifier les bonnes résolutions des religieuses du côté même d'où leur viennent surtout les embûches du démon, les évêques auront soin de faire placer à toutes les petites fenêtres des parloirs, deux grilles de fer séparées l'une de l'autre de la largeur d'un palme. Entre les tiges de fer, dont sera formée chacune des grilles, il ne doit pas y avoir l'espace de plus d'un pouce. Ces tiges devront être si solides qu'il soit impossible de les rompre ou de les plier. Du côté intérieur de la grille, où s'approchent les religieuses pour parler, on appliquera une lame de fer immobile, percée de petits trous suffisants pour laisser passer le son de la parole: un voile d'étoffe noire, fixé saur un châssis en bois, sera placé sur cette lame; on pourra l'ouvrir comme une fenêtre pour faciliter l'entretien. » La fenêtre en lame de fer ne devait jamais s'ouvrir, excepté quand l'évêque ou les supérieurs de l'ordre ou les proches parents des religieuses venaient au parloir.

Dans une autre de ces ordonnances, le cardinal dit que les trous de ces lames de fer doivent avoir la dimension d'un pois chiche et être distants l'un de l'autre de trois pouces.

C'était là, à ses yeux, l'un des principaux et des plus importants points de la réforme. La séraphique réformatrice du Carmel, connaissant par expérience les dangers du parloir, entreprenait, au même moment, à près de cinq cents lieues de distance, la réforme de ses monastères et elle insistait sur les mêmes moyens. Le même Esprit dirige et inspire toujours les hommes chargés de rendre à l'Église l'éclat de ses beaux jours.

L'opposition, que cette réforme rencontra tout d'abord chez celles qui en étaient l'objet, prouve combien elle était sage et opportune. Mais le cardinal était prudent: «La réforme des monastères ne va pas, écrivait il à Ormanetto; je n'y ai pas mis la main afin de ne pas affronter toutes les difficultés à la fois. Informez-en Sa Sainteté, obtenez d'elle un bref qui m'exhorte, et au besoin me commande de me mettre à cette oeuvre; je pourrai m'en prévaloir auprès des monastères récalcitrants: Je ne manquerai pas du reste de veiller à tout ce qui concerne la clôture. »
Un grand nombre des religieuses de Milan ne voulurent point recevoir l'archevêque. Sous le prétexte qu'elles jouissaient du droit d'exemption, elles tinrent leurs portes bien fermées, n'ignorant point que, si elles les ouvraient au cardinal, la réforme de leur vie entrerait avec lui. Charles fut affligé de cette obstination ; mais il ne se découragea pas. Il avait du pape des pouvoirs exceptionnels, il est vrai, il eût pu s'en prévaloir ; convaincu que la violence n'engendre jamais le bien, il préféra attendre et prier; l'heure de Dieu arriverait, il le savait, et les fruits de sa visite pastorale seraient d'autant plus abondants, qu'il aurait paru témoigner plus d'égards à ces religieuses. Il connaissait les susceptibilités, les rancunes de l'amour- propre féminin, froissé dans ce qu'il croit être son privilège et son honneur. La profession religieuse ne détruit pas la nature humaine: quand une observance bien régulière ne vient pas au secours de la grâce, il n'est pas rare de voir les affections et les tendances de la nature prendre le dessus, c'est alors le cas de répéter ces paroles appliquées aux religieuses de Port-Royal: elles sont pures comme des anges et orgueilleuses comme des démons. La grâce divine don- nait à saint Charles des lumières extraordinaires pour se conduire et il n'eut qu'à s'applaudir de les avoir suivies. Il obtint de voir les portes s'ouvrir volontairement ; la plupart des religieuses furent si touchées de ses exhortations, si heureuses de rentrer dans la voie de la perfection, qu'elles demandèrent au souverain pontife d'être à l'avenir placées sous la juridiction spéciale de leur pieux archevêque.

Les couvents d'hommes furent également l'objet de son attention. II avait des droits tout particuliers à s'occuper de certains ordres religieux dont il avait été nommé protecteur par le souverain pontife. Parmi ceux-là se trouvaient les Franciscains. Ils se divisaient en deux classes principales: les Conventuels et les Observants ; mais les uns et les autres avaient perdu l'esprit primitif de leur saint fondateur, le séraphique pauvre d'Assise. Les Conventuels s'étaient laissé envahir par l'amour des richesses et du bien-être; ne pouvant plus supporter leurs étroites cellules, ils avaient fait construire de splendides couvents dans des endroits délicieux et ils faisaient peser sur l'ordre leur suprématie. L'égalité ayant disparu, la charité mutuelle ne pouvait plus exister et le temps avait introduit de très graves désordres. Saint Charles choisit parmi les Franciscains quelques hommes dont il connaissait la vertu, la prudence, et il les envoya comme visiteurs dans les différents couvents de l'ordre, avec l'autorité nécessaire pour rétablir l'antique discipline et rendre au nom franciscain son ancienne splendeur. Il commença la réforme par le couvent de Milan, il obligea chaque religieux à n'avoir qu'une seule cellule, dont l'accès ne serait pas permis à tout venant ; puis, comme un certain nombre de jeunes gens n'avaient point l'âge requis pour faire profession, il ordonna de les congédier.

Les Observants non seulement pratiquaient avec peine la pauvreté, mais leurs cloîtres étaient troublés par des factions, des partis de tout genre, qui en avaient à tout jamais banni la paix, la prière et l'obéissance. Les élections des supérieurs étaient le résultat de cabales, d'intrigues, de violences, on ne tenait nul compte du mérite, de la vertu ; l'on élevait aux premières charges celui dont l'habileté ou les bonnes grâces avaient su capter les plus nombreux suffrages, en donnant aux religieux l'espoir d'une condescendance sans bornes et d'une facilité sans contrainte. Pour réprimer ces abus, saint Charles défendit à chacun des religieux de garder et de posséder la jouissance des biens qui venaient de leurs familles ; il ordonna aux chefs des factions et aux meneurs de se retirer dans les couvents les plus humbles de la province. A ces conditions, la vertu et la paix refleurirent promptement dans cet ordre si vénérable de Saint-François.

Pour arriver plus sûrement à ces nécessaires réformes et assurer ces heureux résultats, le saint convoqua, par l'autorité de Pie V, un chapitre général des Franciscains à Milan.

Les Observants comptaient deux branches diverses : séparées du tronc principal, elles avaient jeté de profondes racines ailleurs et elles formaient comme deux ordres religieux. On les appelait les Amédéens et les Clareni. Les premiers, disent quelques auteurs, auraient été fondés par un certain Amédée d'Ulysses dont ils auraient reçu le nom ; mais selon d'autres, leur prétention d'être aimés de Dieu d'une manière toute particulière, fut l'origine de leur nom, ils se disaient: Amati a Deo, d'où serait venue la dénomination française d'Amédéens.

Les Clareni tiraient leur nom du petit fleuve Claréna, dans la Marche d'Ancône, sur les rives duquel ils prirent naissance. Quoi qu'il en soit de l'origine de ces diverses dénominations, ces ordres religieux furent d'abord composés d'hommes très vertueux ; mais peu à peu l'esprit primitif se relâcha, ils laissèrent tomber en désuétude leurs pieuses et austères coutumes. Saint Charles, jugeant qu'ils n'étaient plus en état d'être d'aucune utilité pour l'Église, supprima ces vaines et multiples dénominations, il en fit un seul corps, sous une seule règle, celle des Observants réformés. Saint Pie V approuva cette décision et, par une bulle du 23 janvier 1568, il les réunit aux frères mineurs Observants.

Quand cette bulle arriva à Milan, l'archevêque était à Mantoue et il ne put la faire exécuter lui-même ; son vicaire Castelli fut chargé de ce soin. Les religieux furent convoqués dans l'église de la Paix, afin de recevoir communication des ordres du saint père et de reconnaître leur nouveau supérieur. Les mécontentements suscités par cette réforme semblaient apaisés; mais quand le supérieur se présenta, on ferma les portes devant lui et trente hommes armés, se tenant sur le seuil du monastère, l'empêchèrent de faire aucune tentative pour s'y introduire. Ne reconnaissant ni l'autorité, ni le nom du supérieur, les religieux le menaçaient avec fureur, s'il ne s'éloignait au plus tôt. Celui-ci avertit le duc d'Albuquerque et il le pria d'opposer la force à la force, pour le mettre en possession de son autorité. Mais les esprits se calmèrent dès qu'ils eurent connu le recours au gouverneur : les coupables, avouant leur faute, consentirent à accepter les décrets du saint siège et à reconnaître leur supérieur. La paix rentra dans le couvent à la grande édification des âmes.

Saint Charles eut plus d'une fois à souffrir de la part des religieux ou des religieuses qu'il s'efforçait de rappeler à l'esprit primitif de leur ordre. Un témoin du procès de canonisation, Gabriel Mornici, curé et vicaire forain, parle des religieuses de Lecco qui accablèrent le saint d'injures, parce qu'il les obligea à quitter le monastère qu'elles habitaient et dans lequel leurs vertus couraient plus d'un danger. Elles l'appelèrent Medichino, faisant allusion au nom de sa mère ; mais, dans leurs bouches et à cette époque, cette parole qui signifiait petit médecin ou barbier était une expression pleine de mépris. Le cardinal les laissa crier et l'injurier, il demeura calme et impassible ; elles durent lui obéir.

Un jour, au mois de juin 1567, Charles officiait dans l'église de Saint-Barnabé; la foule était immense, l'archevêque était assis sur son trône, lorsque, tout à coup, il voit apparaître un Frère-Mineur qui lui reproche publiquement d'avoir enlevé à ses frères le gouvernement des religieuses du Tiers-Ordre. Il tenait à la main un diplôme pontifical, il déclarait faire opposition au décret du cardinal et, comme si un notaire eût été présent, il lui ordonnait de consigner à l'instant sa protestation sur ses tablettes. En écrivant ces détails à Ormanetto, saint Charles ajoutait qu'il avait tout écouté avec une grande patience.

Le pieux archevêque avait des idées très arrêtées sur le mode de gouvernement des religieuses, il les exprima à plusieurs reprises, il les fit même arriver jusqu'au pied du trône pontifical. Les religieuses, pensait- il, devaient rester sous l'obéissance et le gouvernement des évêques, dans les diocèses desquels elles se trouvaient, et non point sous l'autorité des supérieurs généraux des ordres auxquels elles appartenaient. C'est une question, sans doute, sur laquelle on peut avoir une manière différente de penser; mais saint Charles avait trouvé tant d'abus dans son diocèse, il eut tant de peine à y remédier, que l'on comprend qu'il ait désiré un état de choses qui lui paraissait présenter moins d'inconvénients

« Les monastères sont généralement éloignés du lieu de la résidence des supérieurs généraux, écrivait-il à Mgr Speciano ; c'est l'une des raisons pour lesquelles il serait mieux de les placer sous la conduite des ordinaires plutôt que sous celle des religieux ; bien plus, ces supérieurs sortent très souvent de leurs charges avant d'avoir pu visiter tous leurs monastères, soit parce que les provinces sont trop éloignées, soit parce que le travail est trop considérable. Quant aux supérieurs d'un rang moins élevé, leur charge dure peu de temps, et ils n'ont ordinairement ni le zèle, ni l'attrait nécessaires pour ces visites. Ils ne peuvent donc gouverner ces monastères, avec la même sollicitude et le même dévouement que les ordinaires qui les ont sous les yeux, qui vivent dans le même diocèse et qui peuvent ainsi personnellement s'assurer de leurs besoins. Les réguliers me paraissent impuissants à détruire, par eux-mêmes, l'abus de la visite des séculiers dans les monastères : cela vient en partie de ce qu'ils n'ont point de tribunaux : ils ne peuvent en conséquence agir contre les laïcs, mais seulement punir les religieuses. Et quand bien même ils le pourraient faire, ils ne le veulent pas parce qu'ils ont intérêt à conserver la bienveillance et l'amitié des gentilshommes et des populations des terres où ils vivent, surtout les mendiants qui en reçoivent des aumônes. Le même motif les empêche de travailler à la réforme et à la correction des religieuses : ils craignent de blesser les parents. » Le saint énumère ensuite quelques autres inconvénients sur lesquels nous n'avons pas à insister. Les religieux, dit-il en terminant, sont plus attentifs à dissimuler les fautes et les abus des monastères de leur ordre soumis à leur autorité. Cette disposition et ces égards viennent d'un sentiment trop humain, ils peuvent amener une grande ruine spirituelle pour les monastères. On a moins à craindre la même faiblesse et la même condescendance de la part des prêtres séculiers : ce qui aux yeux du saint était un motif de plus en faveur de son opinion. « Enfin, ajoute-t-il, la pratique démontre qu'en matière de pauvreté et de la vie commune, les religieux sont trop larges, comme je le vois chaque jour ici, dans un monastère régulier observant. Pour le temporel, ils sont encore mieux sous les ordinaires : les députés séculiers prennent des soins plus parfaits de leurs intérêts. Les religieux, par leur gouvernement, occasionnent aussi une grosse dépense de différentes manières, dépense beaucoup plus grande que nous ne l'imaginons.

« Si dans le clergé séculier, il y a disette de prêtres propres à remplir cet office, je vois qu'elle n'est pas moindre parmi les religieux; mais quand les supérieurs ont donné à un monastère un frère d'un âge mûr, dont la vie n'est pas scandaleuse, cela suffit et ils croient avoir pourvu à tout, bien que ce religieux soit ignorant et tout à fait incapable de former les religieuses à la vie spirituelle. »

Le saint persévéra dans ces idées jusqu'à la mort: le pape ayant manifesté, en 1582, l'intention de donner aux évêques, comme délégués apostoliques, le droit de visite et de pleine surintendance sur les monastères soumis aux réguliers, il se hâta d'envoyer à son agent, pour le placer sous les yeux de Grégoire XIII, un mémoire, dans lequel il exposait tous les motifs qui semblaient militer en faveur de cette opinion.

Saint Charles avait une si haute idée de la vie religieuse, qu'il eût voulu voir tous ceux qui l'avaient embrassée vraiment dignes de leur état. Il travailla à leur faire atteindre ce but avec une ardeur et une persévérance qui ne se démentirent jamais. Il employa avec empressement les religieux à toutes les oeuvres pieuses de son diocèse : loin de refuser leur concours il le provoqua, l'excita souvent ; mais sa conscience l'obligeait à prendre tous les moyens de réprimer les nombreux abus dont ses yeux attristés contemplaient le douloureux spectacle. Il était protecteur de plusieurs ordres. A cette époque, cette dignité donnait un véritable droit d'intervention dans toutes les affaires intérieures et extérieures de la congrégation, et saint Charles n'était pas homme à accomplir à demi un devoir aussi important, malgré tous ses autres travaux. Il chercha dès le principe à se démettre de ces dignités ; mais le pape refusa d'accéder son désir. Son agent, en annonçant le refus du saint père, lui donne, pour l'encourager à accepter ce sacrifice, une raison bien singulière, et qui nous révèle, en peu de mots, l'action vigoureuse et incessante du saint pour réformer tout ce qui tenait de près ou de loin à la gloire de Dieu et à l'honneur de l'Église : « Pour les religieux, il suffit de vous dire qu'ils auraient une allégresse incroyable, s'ils se sentaient délivrés de votre correction. D'où je conclus que cette démission serait une oeuvre contre l'esprit ; on le peut conjecturer, en voyant une si grande joie de la chair, car la chair ne sait se réjouir du bien de l'esprit. »

Le pape lui fit dire qu'il se chargeait de ses scrupules, que d'ailleurs il pourra se faire suppléer dans l'affaire de ses protectorats. Il répond qu'il obéira, sans doute; néanmoins, il a toujours des scrupules :il voudrait que son office de protecteur des Franciscains fût bien clairement défini. N'est-il pas en même temps correcteur ? A-t-il le droit de visiter, de corriger, d'emprisonner les religieux ? L'un de ses prédécesseurs, le cardinal Carpi, agissait ainsi; mais il a lu qu'anciennement ce droit de protecteur était plus restreint, plus modéré et que celui qui l'exerçait était soumis à des peines et à des excommunications, s'il y contrevenait. Il demande ce qu'il doit faire ?

Nous pénétrons ici dans l'âme même du saint, nous voyons ses luttes, ses craintes, ses efforts, ses aspirations; mais une obéissance absolue à Rome domine tout et l'emporte sur sa volonté. Il ne veut rien faire de lui-même. Plus d'une fois, il est contraint de changer les religieuses de monastère ; dans l'intérêt de la réforme qu'il a entreprise, il les envoie dans un autre où elles devront, par leurs exemples et leurs leçons, implanter la discipline là où elle a disparu ; il prie son agent d'obtenir un bref du saint siège qui lui donnera une autorisation spéciale d'agir ainsi. « Sa sainteté, dit-il, m'a bien accordé autrefois cette permission par Mgr Ormanetto, mais jamais l'expédition du bref ne me fut faite. »

Le 12 mars 1572, il écrit au même agent que conformément à la bulle du saint père, il a fait procéder à l'examen des confesseurs réguliers. « Cela était bien nécessaire, ajoute-t-il, à cause de la grande ignorance de la plupart d'entre eux et du peu de souci qu'ils ont d'étudier les cas de conscience, bien qu'ils s'occupent d'ailleurs à d'autres études sacrées. » Nous retrouverons l'archevêque de Milan au milieu des religieux, dont il a fait les auxiliaires de son zèle et avec lesquels il entretient des relations aussi saintes qu'intimes.