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CHAPITRE VINGT CINQUIEME LA DOCTRINE CHRETIENNE Le zèle de l'Église pour l'instruction
du peuple. Sollicitude de saint Charles à cet égard. Castellino
dl Castello fondateur de la Doctrine chrétienne. Saint Charles
protège et développe cette oeuvre. -Les ouvriers des écoles
chrétiennes. Règlement de cette congrégation.
-Moyen d'attirer l'enfance la doctrine chrétienne. -Organisation
dans tout le diocèse de la doctrine chrétienne. Suppression
de cette compagnie. La compagnie des Vierges de Sainte Ursule. Le bien
que ces oeuvres font dans le diocèse de Milan. Si les maîtres
d'écoles laïques doivent rester neutres vis à vis de
la Religion. L'EGLISE n'est point l'ennemie des lumières; dans le cours de sa longue existence, elle a donné tous les gages imaginables de son amour de la vérité. Je suis la lumière du monde, avait dit son divin fondateur, et il avait chargé ses Apôtres de répandre, dans l'univers entier, les rayons de cette lumière divine et indéfectible. Après la glorieuse ascension de leur maître, ceux-ci s'en vont annoncer à tous les peuples, ensevelis dans les ténèbres de la mort, la bonne nouvelle, c'est-à-dire la science de Dieu et de l'homme. Les successeurs des Apôtres ont continué cette noble mission de l'enseignement à mesure que l'Église se constitue, nous voyons s'élever à côté du temple où Dieu s'immole et se donne à l'homme, l'école où l'enfance apprend non seulement les vérités nécessaires au salut, mais encore cette science que nous pourrions appeler mondaine. C'est l'Église, par ses papes, ses évêques et ses écoles qui a sauvé les chefs-d'oeuvre de la littérature et de l'art antiques. Les fameuses ténèbres du moyen âge n'existent pour elle que dans les livres où notre Religion est attaquée, calomniée et haïe. Nous pouvons affirmer, sans crainte d'un démenti sérieux et fondé, qu'on ne trouverait pas un pape, pas un évêque peut-être, dans le monde catholique, dont la sollicitude n'ait été éveillée par le désir d'instruire l'enfance et la jeunesse. Quoi qu'en disent nos ennemis, l'Église a toujours jugé avec raison que les intérêts les plus sacrés de son existence, de son développement, que sa vitalité, en un mot, dépend de la diffusion des lumières dans les âmes. Elle n'a jamais redouté la science; l'expérience est là pour attester que la science est toujours venue à l'appui de ses croyances, qu'elle a confirmé sur tous les points le récit de ses livres sacrés. Aussi l'hérésie n'a pas d'autres moyens de s'établir que l'ignorance, elle enseigne le mensonge, elle fuit la lumière. Saint Charles était si convaincu de cette vérité que l'une de ses premières préoccupations d'évêque fut l'instruction de la jeunesse. Il était encore à Rome et déjà il approuvait et encourageait une oeuvre existant depuis quelques années à Milan, en attendant qu'il lui donnât un plus grand développement; nous voulons parler de la Doctrine chrétienne. Le fondateur de la Doctrine chrétienne fut un prêtre diocèse de Côme, nommé Castellino di Castello, d'une telle innocence de vie, qu'on le surnomma le père de la pureté. Les oeuvres de Dieu les plus admirables ont souvent une singulière et bien humble origine. Castello eut pour coadjuteur, nous pourrions presque dire pour inspirateur dans son oeuvre, François Villanova qui exerçait la profession de cardeur de laines à la Porta nuova de Milan. Le jour de la fête de saint André, en 1536, cet artisan rencontra sur les routes un certain nombre de garçons inoccupés; il les aborda et par mille petites attentions, il réussit à les attirer près de l'église des Saints-Jacques et Philippe. Là il leur parla des choses les plus nécessaires à savoir pour un chrétien et il parvint à les intéresser; il les invita à revenir le dimanche suivant : ils n'y manquèrent pas. L'abbé Castellino ayant été instruit de cet essai y reconnut la main de Dieu: ce premier pas lui parut d'un heureux présage et il se mit à l'oeuvre. Il commença son apostolat, l'année même où Calvin venait en 1talie pour y répandre ses erreurs. Il débuta par la publication d'un petit catéchisme, destiné à rendre l'enseignement de la religion plus clair et plus précis. Il y avait à Milan, près de l'église du Saint-Sépulcre, un noyau de prêtres excellents; ils avaient, comme par miracle, échappé au relâchement général, qui avait envahi le clergé du diocèse; on les appelait les prêtres de Santa-Corona. Castellino leur demanda un concours devenu nécessaire par le nombre toujours croissant des enfants vagabonds et ignorants;ils s'empressèrent de le donner. Le petit catéchisme fit promptement son chemin ; les prêtres de Santa Corona ayant fait appel à tous les hommes de bien, il se forma aussitôt une compagnie connue sous le nom :della riformazione christiana in Carita. Cette compagnie se développa promptement, elle se répandit même en dehors de Milan. Il ne s'agissait plus seulement d'enseigner les vérités de la religion, premier devoir des maîtres chrétiens; on y ajouta l'enseignement de la lecture et de l'écriture. Le cardinal d'Este, archevêque de Milan, avait approuvé cette pieuse association; le duc d'Albuquerque, gouverneur, donna, en 1564, des lettres patentes en vertu desquelles il était défendu de molester ladite compagnie; il ordonnait même aux autorités de la protéger et de la défendre, sans en exiger aucune rétribution. Dès l'année 1563, le président de cette compagnie avait écrit au cardinal Borromée pour lui faire connaître cette oeuvre, son origine, le bien qu'elle faisait et les approbations qu'elle avait reçues. Il demandait pour l'oeuvre et pour ses membres, les indulgences dont Pie IV venait d'enrichir leurs confrères de Rome. Le saint renvoya la lettre à son vicaire Ormanetto, avec ces simples mots: «Qu'Ormanetto s'informe et avise.» Il fait bientôt suivre cet avis de deux autres lettres : « Le prêtre Jérome Rabbia, prieur, disait-il, et les frères d'une compagnie qui, à Milan, enseigne gratuitement la doctrine chrétienne aux enfants voudraient que le saint père confirmât con motu proprio, leur institution. Ils m'ont écrit longuement à ce sujet afin que je les appuie. Informez-vous avec soin.» Le résultat des informations fut excellent. Ormanetto voulut prendre avec lui Jérome Rabbia pour l'aider dans sa difficile et importante charge de vicaire de l'archevêque. Le saint l'attacha ensuite à sa personne, quand il eut pris possession de son archevêché. Mais qu'était devenu Castellino? Son zèle avait été méconnu, il avait même servi de prétexte aux calomnies des ennemis de la foi : sa vertu, plus forte que les épreuves, les domina et il continua à inspirer l'oeuvre tout en restant dans l'obscurité. Comme toutes les oeuvres de Dieu, celle de Castellino fut traversée par mille difficultés. La division se mit parmi les membres de la compagnie elle-même, et l'on craignit, au milieu des tiraillements continuels qui l'ébranlaient, que son existence ne fût sérieusement compromise. Castellino, en présence de ces dissensions, restait calme: il affirmait la vitalité de son oeuvre, il annonçait que, malgré les contradictions, elle marcherait et qu'il paraîtrait une lumière qui dissiperait toutes les ténèbres. Il était depuis plusieurs mois malade, lorsqu'il eut la joie d'assister à la fondation d'une nouvelle école dans l'église de Saint-Michel in Gallo, puis Dieu lui donna de voir l'accomplissement de la prédiction qu'il avait faite, il put assister à l'entrée du saint archevêque de Milan dans sa ville, et il mourut, peu de temps après, pouvant redire avec bonheur le Nunc Dimittis. A peine installé sur le siège de saint Ambroise, le jeune archevêque plaça parmi ses premières préoccupations l'oeuvre de la doctrine chrétienne. Il travailla à mettre sur un meilleur pied le pieux institut créé à cet effet. Dans son premier concile provincial il charge les curés de convoquer tous les jours de fête les enfants pour les instruire des principes de la foi, les former à l'obéissance envers Dieu et envers leurs parents. Non content de cette première ordonnance, il fait venir ses curés ; il les exhorte chaleureusement à remplir ce devoir, qui leur est imposé par le concile de Trente, et il leur recommande d'aider les pieux laïques dans la création de nouvelles écoles pour la doctrine chrétienne. A cette époque, beaucoup de juifs étaient venus s'établir à Milan; leur synagogue était située dans la région appelée i due Muri et ils habitaient à l'entour. Saint Charles, dans ce même concile provincial, avertit les évêques de sa province, de choisir des hommes instruits, sachant l'hébreu et les usages de ce peuple, afin de les instruire dans la foi chrétienne et de recueillir les enfants qui donneraient des marques de bon vouloir. Au milieu de toutes les corruptions de sa ville archiépiscopale, le cardinal trouvait encore un noyau de fervents chrétiens, ouvriers pour la plupart, peu instruits des lettres humaines, mais pleins de foi de bonne volonté et remplis de la grâce de l'Esprit Saint. Saint Charles fait ainsi leur portrait: « Ce sont des ouvriers-vigilants dans les écoles chrétiennes; ils emploient la journée entière, les jours de fête, à entendre les prédications, les sermons, les lectures sacrées, les divins offices et ils s'exercent dans les oeuvres de la sainte charité. » Après ses curés, l'archevêque regardait ces hommes comme ses propres fils, il animait leur zèle pour toutes les oeuvres saintes, appuyait leurs efforts; afin que cette compagnie devint plus florissante, et pût obtenir de meilleurs résultats, il prit des dispositions de nature à la relever encore dans l'estime des hommes de bien. Par une lettre pastorale, il la recommanda comme digne de louanges et il exhorta les fidèles à faciliter à ses membres le moyen d'exercer librement leur amour envers Dieu et leur charité envers le prochain. Le sénat de Milan, par un décret rendu le 22 mars 1566, appuyait le désir et les éloges du pieux cardinal. La compagnie de la Doctrine chrétienne, reconstituée par saint Charles, ressemblait à une congrégation religieuse composée de personnes vivant dans le monde; elle n'avait pas seulement pour but l'instruction des enfants, mais encore l'exercice et la pratique de toutes les oeuvres de la charité chrétienne. Pour en faire partie, il fallait passer par certaines épreuves, et subir une espèce de noviciat. Quand la vie exemplaire, les bonnes oeuvres, les aptitudes du postulant ne laissaient aucun doute sur sa vertu, on l'admettait au nombre des confrères avec un cérémonial public et réglé à l'avance. L'archevêque a écrit une longue et importante instruction sur cette oeuvre admirable. Il y règle minutieusement les devoirs généraux des confrères, ceux plus particuliers des dignitaires de la compagnie. Ces derniers se divisaient en assistants, en prieurs, en consulteurs, etc. Tous obéissaient à des officiers généraux: chargés de visiter et de faire prospérer toutes les écoles de la ville et de la province. Un directeur spirituel était chargé d'entendre la confession des écoliers, de dire la messe, d'administrer les sacrements et, de temps en temps, de ranimer la ferveur de tous par de chaleureux discours. Il y avait des correcteurs dont la mission était d'avertir les délinquants, et au besoin, de les corriger. Des infirmiers s'occupaient des malades qu'ils allaient visiter et qu'ils devaient, si cela était nécessaire, secourir de leurs aumônes. Des conciliateurs ou pacificateurs devaient ramener la concorde et l'union entre les frères, si quelques discussions l'avaient troublée. Le saint avait même songé aux meilleurs moyens de réveiller la torpeur et d'exciter le zèle par des pénitences salutaires et par l'exercice de la mortification. C'était tout une organisation religieuse et ascétique. Mais la grande oeuvre, le principal objet de cette confrérie, c'était l'instruction de la jeunesse. La vertu privée des maîtres était, avec raison, aux yeux de saint Charles, la meilleure garantie du succès. Chacun était libre de suivre ces écoles: on n'avait qu'à se présenter. Les prieurs ou maîtres, chargés de présider aux exercices de la doctrine chrétienne, devaient examiner les enfants, les classer selon leur âge et leur savoir, noter leur absence et les encourager par tous les moyens à la fréquentation de l'école. Ce dernier point était peut-être le plus difficile à atteindre,
et le son de la cloche n'était pas toujours suffisant pour les
y amener. Le cardinal introduisit alors l'usage d'envoyer, par les rues
de la cité, des hommes de zèle et d'autorité, avec
la mission de réunir tous ceux qui erraient çà et
là et de les conduire aux écoles. Comme marque distinctive
de leur mission, ils devaient porter à la main une baguette et
ils reçurent le nom de Pécheurs. Cet appel devait se faire
avec des procédés pleins de charité et de douceur;
saint Charles voulait qu'on aliéchat les écoliers, allettare,
par toutes sortes de moyens persuasifs et toujours puissants sur les
enfants, en leur faisant de petits présents ou en leur Les Jésuites, d'abord chargés de l'enseignement dans les écoles, accompagnaient les Pêcheurs séculiers dans leurs excursions à travers la ville. Les mémoires du temps nous racontent que les nobles, les gentilshommes se disputaient à l'envi l'honneur de remplir cette dernière fonction et ils s'estimaient plus heureux d'avoir cette baguette à la main que la croix de Malte sur la poitrine. Saint Charles avait établi le centre de cette confrérie à San-Dalmazio ; mais plus tard, elle fut transportée à l'église du Saint-Sépulcre, quand les Oblats y furent établis et que le saint leur eut confié le soin de toutes les écoles de la Doctrine chrétienne. Cette compagnie étendait ses rameaux dans tout le diocèse; mais pour maintenir à l'oeuvre son unité d'esprit et d'action, saint Charles décida que toutes les écoles du diocèse dépendraient de la congrégation générale de la ville. Tous les prieurs diocésains, chefs des congrégations particulières, étaient soumis à ceux de Milan ; tous devaient obéir aux supérieurs généraux de la compagnie et aux visiteurs ou délégués qu'ils leur enverraient avec une patente de l'évêque ou du prieur général. « Non seulement, disait le saint, ils apprendront d'eux leur méthode d'enseigner et les règles pour bien diriger l'école, mais encore ils seront édifiés par l'exemple des fatigues qu'ils supportent si volontiers pour le bien et le salut du prochain: ce qui est vraiment servir Dieu dans cette compagnie.. . Cette subordination, ajoutait-il, renferme l'obligation d'observer toutes les règles, modes et rits qui se pratiquent dans toute la compagnie, et aussi celle d'embrasser promptement les ordres et les décisions qui leur seront communiqués par les supérieurs. » Saint Charles tenait dans sa main ce noyau de personnes dévouées, il les suivait de près, les encourageait, les soutenait, les défendait. Il se rendait souvent au sein des écoles, il se plaisait à interroger les enfants du peuple, à les combler de ses caresses et de ses bienfaits. Excités par de si nobles exemples, les confrères de la doctrine chrétienne opérèrent dans Milan de véritables merveilles; ils amenèrent la majeure partie des jeunes garçons à fréquenter l'église: les jeux et les réjouissances publiques, dont leur âge est si avide, étaient laissés de côté dès qu'on entendait sonner l'heure de la Doctrine. Ces écoles eurent tant de succès que Milan en compta bientôt jusqu'à deux mille quatre cents. Non seulement cette congrégation avait ses règlements intérieurs et spirituels; mais elle possédait des terres et des revenus, ce qui lui permettait de faire beaucoup de bien. L'oeuvre dé saint Charles persévéra jusqu'en l'année 1 787. A cette époque les corps moraux perdirent leur personnalité, leurs biens, selon l'expression polie du jour, furent incamérés et cette congrégation fut amenée, par la force des choses, à une dissolution complète. Aujourd'hui la ville de Milan a encore ses écoles de la Doctrine chrétienne; mais excepté dans les campagnes de la Lombardie où elles ont toujours leur caractère particulier, elles ont perdu leur cachet primitif et elles ne diffèrent guère des catéchismes tels que nous les pratiquons dans l'Église de France. Le saint songea également à l'instruction des jeunes filles. En 1537, Angèle de Mérici avait fondé à Brescia la compagnie dite des vierges de Sainte Ursule, dans le but d'instruire les jeunes filles, principalement de la doctrine chrétienne. Plus tard, Jeanne Anguillara, femme d'Annibal Vistarino, prieure de l'une des écoles de Milan, reçut dans sa demeure de nombreuses jeunes filles. Leur pauvreté les obligeant à travailler pour gagner leur vie, elles n'avaient pas toute la liberté désirable pour vaquer sérieusement au soin de leur âme. Cette pieuse femme cultiva et développa avec soin leur piété naissante et elle les plaça sous la direction d'un père de Saint Barnabé. Ces jeunes filles correspondirent parfaitement aux intentions de leur bienfaitrice, et saint Charles, comprenant l'utilité qu'il pourrait tirer de leur concours, les constitua en confrérie sous le même nom de Sainte Ursule. Il leur donna une règle pleine de sagesse, et il sut si bien les encourager, les multiplier, qu'il eut bientôt quelques unes de ces pieuses filles dans tout son diocèse. Elles vivaient dans le monde, étaient modestement vêtues et observaient la virginité sans en faire le voeu. Elles avaient un prieur général et un gouverneur qui s'occupaient de l'administration temporelle de leurs biens, devaient travailler à leur procurer des aumônes et des dons et pourvoir aux besoins des soeurs pauvres, orphelines ou malades. Plusieurs prélats, témoins du bien que faisaient ces personnes établirent dans leurs diocèses des confréries semblables. La France elle-même envia cette belle institution à Milan. Lorsque le cardinal de Sourdis, archevêque de Bordeaux vint à son retour de Rome visiter le tombeau de saint Charles, près duquel il demeura sept heures en prières. Dieu lui inspira la pensée de fonder dans son diocèse une confrérie de vierges semblable à celle fondée par le saint archevêque de Milan, afin que les jeunes filles de Bordeaux fussent mieux élevées. A peine de retour il mit cette pensée, à exécution et il fut assez heureux pour établir trois communautés de ce genre dans son diocèse. Elles s'y maintinrent comme simple confrérie, de l'année 1606 à 1618, époque à laquelle cette institution fut érigée en ordre religieux. On peut aisément imaginer le bien qui se fit dans le diocèse de Milan par le moyen de ces pieuses confréries. Dans les visites pastorales qu'il faisait dans son diocèse. L'archevêque s'intéressait tout spécialement à leur situation et à leurs progrès, il recommandait souvent aux curés de s'en occuper avec amour: il ordonna à ses vicaires forains d'avoir toujours les yeux ouverts sur les écoles et de lui signaler les curés négligents à remplir ce devoir. Quand il se rendait lui-même dans les villes et les bourgades. Il visitait les confréries, assistait aux réunions des enfants, communiquait à chacun quelque chose de l'ardeur qui le dévorait lui-même et il prodiguait à tous ses encouragements. Ce n'était pas sans besoin; le succès qu'obtenaient chaque jour ces hommes de bien avait excité la haine et la colère des impies; plus d'une fois ils furent insultés, frappés, surtout lorsqu'ils se présentaient dans les réunions tumultueuses, dans les assemblées de jeux et de plaisirs, pour en éloigner les garçons; mais ils s'estimaient heureux de souffrir ces opprobres, et ils se trouvaient amplement payés de leurs labeurs quand ils pouvaient conduire devant eux, dans les édifices sacrés, un essaim de ces jeunes enfants auxquels ils apprenaient à connaître et à aimer Dieu. Ce fut aussi un excellent moyen de ramener les parents eux-mêmes à la pratique de la Religion. L'ordre naturel des choses se trouvait ainsi renversé. Ignorant les principes les plus essentiels de la croyance catholique, la plupart de ces parents, excités par la curiosité, suivaient leurs enfants à l'église; on y chantait des psaumes des cantiques et, la grâce divine agissant, il arriva qu'un grand nombre de gens laissèrent les bals, les réjouissances publiques pour la réunion moins bruyante, mais plus consolante de l'église. Les enfants devenaient souvent les apôtres du foyer domestique: peu à peu, les moeurs se réformaient; la famille se faisait plus unie et plus chrétienne, le bien se communiquait par le bon exemple et à la mort du saint archevêque de Milan, un grand nombre de témoins purent déposer devant les examinateurs ecclésiastiques, chargés de procéder à sa cause de canonisation, qu'il avait complètement transformé son diocèse. Les maîtres d'école n'échappent point à la
sollicitude pastorale de l'archevêque, il veut qu'ils soient honnêtes
et chrétiens, il n'oublie pas que son devoir de père et
d'évêque l'oblige à veiller sur eux et sur manière
dont ils s'acquittent de l'enseignement religieux vis-à-vis des
enfants qui leur sont confiés. Nous ne saurions mieux terminer
ce chapitre qu'en citant le texte de l'instruction qu'il adressa à ses
vicaires forains. « Faites en sorte, après l'explication de ce catéchisme, que les maîtres très intelligents passent à celle du catéchisme romain, surtout à celle des parties morales les plus faciles, comme le décalogue; l'oraison dominicale. Et vous nous informerez du zèle que les maîtres apporteront à ces choses. Donné à Milan dans notre palais archiépiscopal, le 20 décembre 1568. »
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