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CHAPITRE TRENTE SIXIEME
SAINT CHARLES ET LES PRINCES DE L'EUROPE
Saint Charles est par excellence l'homme du concile
de Trente. Son action sur les princes de l'Europe. Sa manière de
traiter avec son souverain, le roi d'Espagne. ConfIance du monarque envers
le saint. Le cardinal Henri, roi de Pologne. On conseille à ce
roi de contracter mariage. Réponse et conseIls de saint Charles.
L'empereur d'Allemagne et le saint. Les rois de Bavière, de Bohème.
Influence du saint sur les princes allemands. Le roi de Pologne et son
neveu. Comment le saint félicite ce monarque de ses victoires.
Marie Stuart. Le cardinal Borromée lui envoie la dispense nécessaire
pour son mariage avec son cousin. Il l'encourage et la console dans sa
captivité. Les ducs de Toscane. Les princes de Savoie. Saint Charles
conseille et dirige Charles-Emmanuel. Il le visite dans sa maladie. Episode
du voyage. Le saint donne la communion à l'auguste malade. Guérison
miraculeuse. La dernière entrevue.
Le saint archevêque de Milan avait, dès le début
de sa vie publique, comme secrétaire d'État de Pie IV, été obligé d'entretenir
des relations avec toutes les cours catholiques de l'Europe. Ordinairement
ces relations cessent d'elles-mêmes quand l'homme d'État
quitte sa charge, ou si elles continuent. elles deviennent moins fréquentes
et plus réservées. On peut dire qu'il n'en fut pas ainsi
pour le cardinal Borromée. Les preuves de prudence et de vertu
qu'il avait données, malgré son jeune age lui avaient acquis
de nombreux admirateurs, et son influence était si grande qu'on
,le consultait encore, alors même qu'il avait par sa retraite à Milan
renoncé à toute action politique et extérieure.
Pie V et Grégoire XIII auraient voulu le garder près d'eux:
le gouvernement de l'Église, avec la coopération du jeune
et saint cardinal, leur eût paru moins difficile et plus fécond
en bons résultats. Mais le devoir appelait l'archevêque à Milan,
et ces pontifes étaient eux-mêmes trop vertueux et trop éclairés
pour ne pas accepter un sacrifice, qui devait tourner à la plus
grande gloire de Dieu et l'honneur de l'Église. Il est à croire,
en effet, que le cardinal Borromée restant à Rome où le
champ de son activité eût été plus limité,
son initiative moins grande, n'eût point obtenu sur l'Église
universelle l'influence que son exemple et ses Suvres lui permirent
d'exercer d'une manière éclatante et vraiment extraordinaire.
Il s'agissait de faire accepter et exécuter le concile de Trente
dont il avait été l'âme; non seulement de Rome il
l'avait dirigé; mais le concile achevé; il avait recueilli
et mis en ordre tous les documents relatifs à cette assemblée,
qui forment aujourd'hui l'une des plus importantes et des plus précieuses
richesses des Archives secrètes du saint siège; en faisant
ce travail, il avait pu se pénétrer davantage de l'esprit
qui avait inspiré l'auguste assemblée, de la sagesse et
de l'importance des réformes qu'elle avait prescrites. Nul n'était
mieux préparé que lui pour donner des interprétations
de ces décrets et pour les mettre en pratique; nul n'avait un
plus vif amour de l'Église et une énergie plus grande mise
au service d'une foi invincible. Évêque d'une des plus importantes
villes de l'1talie, à la tête d'une des provinces les plus étendues,
ayant sous son autorité de métropolitain dix-sept suffragants,
son action pouvait avoir un grand retentissement et obtenir de merveil1eux
résultats. La Providence, après l'avoir destiné à reprendre
et à terminer l'Suvre du concile de Trente, a voulu qu'il
fût pour l'Église universelle comme le type accompli d'après
lequel tous les évêques devraient se gouverner. Il n'est
donc pas étonnant de voir son action s'exercer à Rome,
dans le reste de l'Italie, et encore dans les autres royaumes. Il était
vraiment comme une lampe, placée au milieu de l'Église,
sur un candélabre élevé et qui projetait au loin
ses rayons lumineux. Nous venons de dire son action sur la France et
sur ses évêques les plus haut placés par la naissance,
les honneurs et l'importance du siège épiscopal.
Cette influence ne sera ni aussi sensible, ni aussi active auprès
des autres nations de l'Europe; leurs besoins sans doute étaient
moins grands ou le mal déjà triomphant ne laissait plus
au grand réformateur la même facilité d'action. Notre
travail serait incomplet toutefois, si nous ne jetions un coup d'Sil
rapide et sommaire sur les relations du saint avec les princes de l'Europe:
les unes sont pleines de consolations pour lui, il ne trouve sur le trône
que des souverains pieux et zélés; les autres lui offrent
l'occasion d'acquérir de nouveaux mérites; il parle
avec une respectueuse et noble franchise aux rois oublieux de leurs devoirs
envers l'Église et des intérêts de leurs peuples: à tous
il fait comprendre, dans sa sublimité, la grandeur et la dignité du
caractère épiscopal.
Nous avons dit comment il sut plaider la cause de Dieu et de l'Église,
auprès du roi d'Espagne, son souverain légitime: avec quelle
habileté, quel respect, quelle franchise et quelle inépuisable
charité il lui dénonça les obstacles que ses ministres
apportaient au bien qu'il désirait faire! Il avait de nombreux
préjugés à combattre. Déjà, à la
cour d'Espagne, on voulait proclamer la suprématie de l'État
sur l'Eglise; les gouverneurs surtout, sous le prétexte de défendre
les prérogatives de leur souverain, n'avaient souvent d'autre
but que de donner des chaînes à l'autorité ecclésiastique,
entraver son action qui gênait leurs passions, ou humiliait leur
orgueil. L'archevêque se montra toujours au-dessus de ces faiblesses
humaines: il sait qu'il a besoin de la bonne volonté et surtout
de l'assistance du pouvoir humain ; il la demande, sans bassesse, plutôt
comme un droit que comme une faveur. « Je viens de nouveau, écrit-il
au roi d'Espagne, au début même de son épiscopat à Milan,
supplier Votre MajeSté de daigner prendre à cSur les
intérêts de mon Église, de m'aider à atteindre
la seule fin que je me propose, c'est-à-dire, le service de Dieu
et le salut des âmes, et d'ordonner à vos ministres d'assister
et de favoriser l'autorité ecclésiastique, et, par dessus
tout, le bon progrès de toutes les oeuvres pieuses de cette ville
et l'observation du synode provincial. . . Votre Majesté peut être
assurée qu'elle aura une grande partie du mérite de, nos
travaux et de nos fatigues, comme étant le principal fauteur de
tout le bien que nous espérons en obtenir avec la grâce
de Dieu.» Et jusqu'au dernier jour de son épiscopat, ce
noble langage ne se démentira jamais: il ne demande au roi que
la protection dont il a besoin pour honorer Dieu, le faire connaître
au peuple et pour écarter les obstacles qui l'éloigneraient
de son divin service. Tantôt il assure au roi qu'il trouvera dans
cette protection même une source de bénédictions,
tantôt il lui rappelle qu'il ne peut la refuser, sous peine de
manquer à son devoir; il lui dit enfin qu'il rendra compte à Dieu
du mal qu'il n'aura pas empêché ses ministres de faire et
du bien qui, par leur faute, n'aura pas été fait.
Mais n'insistons pas sur les relations de saint Charles avec le roi d'Espagne;
tout notre livre en est plein. Ce monarque jaloux de son autorité et
de ses prérogatives royales, manifesta d'abord des craintes,
en voyant l'activité et le zèle du saint; il écouta
ses courtisans qui lui parlaient sans cesse des empiétements
du cardinal Borromée; mais la respectueuse franchise, l'héroïque
patience de l'archevêque firent bientôt la lumière
dans son esprit et il en vint à dire: « Le roi d'Espagne
serait trop heureux si toutes les villes de son royaume avaient des évêques
semblables à celui de Milan. »
Cette opinion s'était fortement imprimée dans l'esprit
du monarque. Lorsqu'il s'agit de nommer au siège de Milan Frédéric
Borromée, les ministres du roi s'y opposaient, sous le prétexte
qu'il continuerait les agissements de Charles, son parent ; Philippe
II répondit: « Qu'il vive saintement, comme Charles; ensuite
s'il défend comme lui les droits de l'Église, ce nous sera
une chose très agréable. »
Ces marques de confiance, données publiquement par un monarque
si réservé et si sobre d'éloges, indiquent tout
l'empire que la sainteté du cardinal Borromée avait exercé sur
son esprit.
Comme protecteur du Portugal, le saint eut de fréquentes et nécessaires
relations avec le souverain de ce pays. Nous avons signalé en
son temps l'empressement qu'il mit à lui rendre compte de l'élection
de Pie V. Sébastien avait montré un grand zèle pour
défendre, par les armes, la foi contre les musulmans d'Afrique;
il mourut sans héritiers directs, en 1578, à la bataille
d'Alcaçar-Quivir et son oncle, le cardinal Henri, lui succéda
sur le trône. Les relations de Charles avec ce prince de l'Église étaient
anciennes: ils avaient l'un pour l'autre une grande estime. Henri eut à peine
pris possession de la couronne qu'il écrivit à l'archevêque
de Milan, pour lui en faire part et lui demander ses avis. Dans sa réponse
le saint fait l'éloge du monarque défunt: « Il a
donné, dit-il, à son royaume des exemples éminents
de courage, de justice et de piété. La nouvelle de sa mort
m'affligea, car elle est un grand malheur non seulement pour son royaume,
mais pour toute la république chrétienne, j'ai cependant
banni toute tristesse quand j'ai su par le nonce qu'il était mort,
les armes à la main, en combattant les ennemis du nom chrétien.
J'ai rendu grâce à Dieu de lui avoir donné une mort
aussi illustre... J'ai reçu peu de temps après les lettres
de Votre Majesté; il m'a été très agréable
d'apprendre que vous supportiez ce malheur avec constance et force d'esprit:
vous acceptez tout ce que demande la volonté de Dieu... Ce courage
n'est pas seulement royal; il est très digne de la personne d'un
cardinal et d'un descendant des rois de Portugal.... Je ne puis rien,
dit-il en terminant, pour répondre à votre bienveillance à mon égard,
si ce n'est de prier Dieu, afin qu'il vous accorde de gouverner
votre royaume pour la plus grande utilité de vos sujets, pour
le salut de votre âme et pour la gloire de Dieu. »
Quoique sur le trône, le nouveau roi de Portugal, se montra toujours
cardinal, Saint Charles le louait beaucoup de ce qu'il n'avait pas voulu,
dans les circonstances les plus solennelles substituer la couronne royale à la
barrette cardinalice. Les courtisans de ce prince, inspirés par
un grand désir de voir se perpétuer sur le trône
la race de leurs anciens rois, lui démontrèrent la nécessité de
demander au pape la dispense de ses voeux et de se marier. C'était
une grave question: les intérêts de l'état prêtaient
quelque apparence de raison et de convenance à l'avis des courtisans.
Le roi cardinal ne voulut rien faire, sans avoir auparavant demandé le
sentiment du cardinal Borromée. Le saint lui répondit,
avec la franchise et l'esprit de foi qui le caractérisaient: « Je
suis très touché, de voir que la dignité royale
n'a diminué en rien la confiance que vous m'avez toujours témoignée.
La question sur laquelle vous voulez bien me consulter est très
grave et très complexe, il faut absolument la lumière de
Dieu pour arriver à la résoudre, car elle est liée
tout à la fois aux intérêts de la république
chrétienne et à l'honneur de Dieu. Il s'agit, en effet,
des dangers, des troubles, auquel votre royaume peut être exposé par
le manque d'héritiers directs ; votre demande, d'un autre côté,
est d'autant plus grave que toute l'antiquité ne nous fournit
pas d'exemple d'une semblable dispense accordée à un cardinal, à un
archevêque. Il y a trois cents ans, elle été accordée à des
moines et à des diacres ; à des prêtres jamais, du
moins il n'existe aucun documente qui le puisse prouver. Plusieurs écrivains
mettent même en doute les mariages de Ramire roi d'Aragon et de
Constance reine des deux Siciles ; si ces exemples et d'autres pouvaient être
regardés comme certains, je voudrais vous faire envisager cette
question à un autre point de vue. En admettant que ces dispenses
aient été accordées, n'ont-elles pas tourné au
détriment de la république chrétienne? Constance
a mis au monde Frédéric II, empereur: ce monarque n'apporta
ni avantage, ni paix à l'empire, il déclara une guerre
atroce au saint siège. Il fut la cause des luttes entre les factions
funestes des Guelfes et des Gibelins, qui troublèrent si malheureusement
la paix de l'Église. La permission de se marier ne fut pas plus
utile au roi Ramire, car son royaume tomba entre les mains des comtes
de Barcelone. » Il rappelle ensuite que de semblables exemples
ne se trouveraient pas dans les premiers âges, alors que la discipline
de l'Église était en vigueur et ses décrets fidèlement
observés: on ne les voit apparaître qu'à une époque
de relâchement. « Il ne manque pas, ajoute-t-il, d'hommes
excellents, revêtus de la dignité royale, qui ont donné l'exemple
contraire; ainsi Henri I ou Henri II, disent quelques uns, roi d'Allemagne,
quoique marié, montra pour là virginité un amour
plus puissant que le désir d'avoir des enfants. Si cette conduite
est louable, à combien plus forte raison est-elle digne de celui
qui est tenu au célibat par sa dignité et l'obligation
de sa vie?» Il fait remarquer ensuite au roi que son âge
avancé, son état maladif ne peuvent lui inspirer l'espérance
d'atteindre le but qu'il désire: le mariage, dans de telles conditions,
ne pourrait qu'abréger ses jours. Il conclut: « Dans une
affaire aussi importante, qui intéresse également le service
de Dieu et le repos de la république chrétienne, il faut
s'en remettre entièrement à la décision du pape
auquel Dieu donnera la lumière dont il a besoin, pour décider
cette question.
Grégoire XIII n'accorda point la dispense, il suivit les conseils
du cardinal Borromée qui l'avait supplié de ne point accorder
une faveur qui deviendrait pour les hérétiques un grand
sujet de joie.
Le cardinal Borromée avait eu, pendant le concile de Trente, l'occasion
de traiter avec l'empereur et les princes d'Allemagne les questions les
plus importantes du dogme et de la discipline de l'Église catholique.
Tous les princes, même hérétiques, de ce vaste empire,
avaient conservé pour lui les sentiments d'une profonde vénération.
L'empereur Rodolphe lui recommande ses amis ou ses protégés.
Charles, comprenant qu'à cette époque, la religion n'avait
pas de plus puissant, ni de plus sûr appui que la famille impériale
d'Autriche, ne négligea aucune occasion d'être agréable à ce
souverain. « Je désirais depuis longtemps, lui dit-il, une
occasion de donner à Votre Majesté des preuves de ma vénération,
et cette vénération est si grande que je ne cède à personne
le droit de l'honorer plus que je le fais. J'ai pour cela de nombreuses
et de très légitimes raisons: Dieu a placé Votre
Majesté dans un très haut rang ; et vous portez ce lourd
fardeau de l'empire, avec une grandeur d'âme et une foi telles
qu'il convient à un empereur de la très auguste famille
d'Autriche. »
L'archiduc Maximilien et ses frères, Guillaume, roi de Bavière,
demandent ses conseils; le dernier lui écrit: « Plaise à Dieu
que nous puissions bientôt vénérer en personne et
admirer les actions de celui que nous aimons si sincèrement, quoique
absent.» Il le prie de s'employer pour la fondation d'un couvent
de Franciscains, dans son royaume, et de le recommander au saint père,
afin qu'il l'aide à combattre les hérétiques et à réparer
les malheurs de la guerre.
Le cardinal Borromée écrit au grand maître du royaume
de Bohême : « Votre fils est venu me voir, il m'a donné de
vos nouvelles,» puis, il engage ce souverain « à employer
pour la défense de la religion catholique ses richesses, son autorité et
toutes ses forces. »
Le duc de Clèves a recours à son crédit auprès
du pape.
Enfin l'historien Giussiano raconte qu'un des princes d'Allemagne, qu'il
ne nomme pas, avait ordonné d'enlever par la force un Franciscain
de son couvent et de le jeter dans les fers. Ce religieux était
innocent : on l'avait arrêté uniquement pour le plaisir
de faire injure à un ordre religieux: Le supérieur ne
sachant comment apaiser ce prince, ni par quels moyens obtenir la mise
en liberté de son sujet, songea à faire intervenir l'autorité de
personnes influentes sur l'esprit de ce souverain, Il vint donc le
trouver, chargé d'un grand nombre de lettres implorant toutes
sa clémence, en faveur du Pauvre Franciscain. Le prince prend
ces lettres, se contente de regarder le cachet sans le briser ou de
sourire à la lecture de celles qu'il ouvrait. Mais tout à coup
ses yeux tombent sur une signature vénérée: cela
suffit pour i'émouvoir, il manifeste sa joie, il se découvre
la tête en signe de respect; porte à ses lèvres
la lettre qu'il avait entre les mains, puis se tournant vers l'envoyé du
religieux: « A cause des prières de ce seul homme, je
rends la liberté au captif, dit-il ; je suis heureux de faire
plaisir à Borromée, lui seul mérite que je pardonne.» Et
le captif fut rendu à ses frères en religion.
Le roi de Pologne, Étienne, se recommande avec instances aux prières
du cardinal Borromée, il veut que son neveu, André Bathori,
avant d'être nommé cardinal, passe par Milan, pour voir
le saint archevêque et se former à son école. De
son côté, Charles écrit à ce monarque pour
le féliciter du zèle qu'il déploie en faveur de
la religion catholique : « il est moins glorieux, lui dit-il, de
régner soi-même que de se montrer obéissant et soumis
au roi du ciel ; il est moins illustre et moins excellent de commander à de
grands peuples et sur une grande étendue de pays, que de placer
son empire, ses propres sujets sous l'autorité de la loi de Dieu,
non par la terreur des armes, mais par la propagation de l'Évangile,
surtout en ces temps où le culte de Dieu et la religion sont si
attaqués par la malice des hommes. »
En 1580, ce monarque remporta une brillante victoire sur les Russes qu'il
contraignit à lui céder la Courlande et une partie de
la Livonie. Heureux de ce succès, il l'attribua aux prières
de saint Charles et il chargea le nonce du saint père de le
remercier en son nom. En réponse, le cardinal lui envoya un
crucifix d'ivoire, « afin, dit-il, que Votre Majesté ait
toujours les yeux fixés sur celui qui est le chef de la guerre,
le maître de la paix, notre refuge dans le malheur, notre force
dans la prospérité : vous vaincrez en ce signe et c'est à ses
pieds que vous devez mettre les dépouilles des ennemis et les
trophées de la victoire. »
Si le pieux archevêque de Milan honorait les princes dans tout
l'éclat de leur puissance et de leur autorité ; si,
sous les paroles de louange et d'admiration, il faisait toujours
monter jusqu'à leur trône des leçons capables
de les rappeler à l'accomplissement de leurs devoirs ou
d'exciter leur zèle pour la défense de l'Eglise
il savait également les assister dans leurs infortunes et trouver
des paroles égales à leurs douleurs et conformes à leur
dignité. Une femme, que ses malheurs on rendue encore plus illustre
que sa dignité, Marie Stuart, a connu l'efficacité de
la prière et des consolations du saint archevêque de Milan.
Epouse de François II, roi de France, restée veuve après
dix huit mois de mariage, elle avait repris le chemin de l'Ecosse
son pays pour y exercer son autorité de reine. Là, Marie
Stuart, jeune et belle, voulut épouser son cousin, le beau et
jeune Henri Darnley. A l'occasion de ce mariage, elle échangea
une correspondance avec le cardinal Borromée alors secrétaire
d'Etat. Nous avons trouvé à la bibliothèque
ambrosienne la réponse du saint. Il la loue de sa prudence et
de sa piété dans le gouvernement de son royaume ; il en
espère des fruits abondants et il se réjouit de son attachement à la
foi catholique. « Le Saint Père, lui dit-il vous approuve
autant qu'il vous veut du bien. Aussi il consentira toujours très
volontiers à tout ce qui pourra contribuer à conserver
et à augmenter votre dignité et à votre rang. Il
vous accorde la dispense du mariage que vous paraissez désirer,
se réservant de vous donner plus tard, en son temps, de nouvelles
preuves de son affection et de sa courtoisie... Je voudrais que vous
puissiez vous persuader qu'il n'y a rien, qui soit en mon pouvoir ou
dans mes biens, que je ne sois disposé à mettre promptement à votre
disposition... Que Dieu, dit-il, vous conserve longtemps florissante
et en bonne santé, à nous qui vous aimons extrêmement
et à vos peuples qui se reposent sur votre foi et sur votre sagesse. »
Le voeu du saint ne se réalisa pas; la pieuse reine eut à souffrir
de la part de son nouvel époux dont la mort tragique vint, en
1567, commencer pour elle une série d'épreuves sans nom.
Elle est contrainte d'épouser le meurtrier de son mari et les Écossais,
sous la conduite de Murray, frère naturel de Marie, se révoltent
contre l'infortunée princesse, ils veulent la contraindre d'abjurer
la religion catholique: c'est à grand peine qu'elle peut se dérober à leurs
menaces et s'enfuir en Angleterre où elle espérait trouver
un asile et un secours auprès de sa cousine Élisabeth.
La reine d'Angleterre nourrissait depuis longtemps, au fond de l'âme,
une haine profonde contre Marie, elle la considérait comme une
rivale: l'infortunée reine d'écosse avait en effet, à la
couronne d'Angleterre des droits plus légitimes que ceux de la
fille adultérine d'Henri VIII.
L'occasion de se débarrasser d'une princesse, dont la présence était
pour elle une menace continuelle, était trop favorable pour qu'Élisabeth
n'en profitât pas aussitôt. Accueillie d'abord avec des témoignages
d'un intérêt hypocrite, Marie est bientôt jetée
dans une étroite prison. Du fond de ce cachot, où elle
resta dix-huit ans, malgré tout ce qu'on put faire pour sa délivrance,
la reine d'Écosse se souvint du cardinal Borromée, elle
lui demanda des prières et des consolations; le saint ne fit pas
attendre sa réponse:
« Quoique le malheur si grand et si prolongé de Votre Majesté,
lui écrit-il, me cause une réelle douleur et une grande
affliction, soit à cause de vos souffrances personnelles, soit à cause
de la religion catholique qui est si intéressée à votre
conservation, cependant la confiance que la bonté divine ne vous
manquera pas, m'enlève la majeure partie de cette tristesse. Dieu,
le père des miséricordes, a coutume de tempérer
admirablement les choses et d'adoucir les coups de l'adversité par
une force inexplicable et par la suavité de sa grâce; il
se sert des adversités, comme de stimulants, pour exciter ses
serviteurs à la recherche et au zèle de la vertu. C'est
pourquoi je ne doute nullement que la charité de Votre Majesté ne
se soit d'autant plus dilatée que les murs de votre prison sont
plus resserrés ; que captive, vous ne jouissiez de la liberté dont
Jésus-Christ nous a gratifiés par sa mort, et qu'aucun
malheur, aucun événement ne sauraient nous enlever, malgré nous.
Dieu a placé Votre Majesté en évidence, afin que
tous puissent en recevoir des exemples de courage, de patience, de religion,
et de piété. Vous pouvez ainsi, d'une façon excellente,
relever la gloire et le nom de Dieu et prouver combien l'amour que vous
avez pour lui est véritable, et cela beaucoup mieux que si vous
nagiez au milieu des prospérités. Louis Audoeno, mon vicaire,
m'a dit que Votre Majesté désirait vivement que je la recommandasse à JÉSUS-CHRIST.
«
Je ne suis rien que cendre et poussière, néanmoins je ne
cesserai de le faire de tout mon coeur et avec empressement. S'il y avait
autre chose en quoi mon zèle et mes bons offices envers Votre
Majesté puissent se manifester, j'aurai pour très agréable
que vous vouliez bien me les demander, comme une chose à laquelle
vous avez droit. »
Mais les prières du saint et son vif intérêt ne devaient
point sauver l'infortunée princesse. Quand Élisabeth lui
fit expier sur l'échafaud, en 1587, le double crime à ses
yeux de sa naissance et de sa foi, le saint était depuis longtemps
descendu dans la tombe.
Nous ne nous arrêterons pas à redire les relations qui
unissaient le cardinal Borromée aux ducs de Toscane; ils s'écrivaient
continuellement, se rendaient des services mutuels comme font d'ordinaire
des amis intimes. Dans le cours de cette histoire nous avons eu l'occasion
d'en fournir plus d'une preuve.
La république de Gênes, celle de Venise étaient également
empressées à donner au saint des témoignages non
douteux de leur vénération ; elles furent pleines de
déférence pour les conseils et les avis qu'elles lui
demandèrent en plus d'une circonstance.
Les ducs de Savoie, Philibert et Charles-Emmanuel le traitèrent
comme un ami et comme un père. Nous aurons plus tard occasion
de raconter les honneurs exceptionnels que Philibert lui fit rendre,
quand il vint à Turin pour y vénérer le Saint
Suaire; nous devons nous occuper ici des relations de Charles-Emmanuel
avec le cardinal Borromée.
Le duc Philibert avait à peine rendu le dernier soupir, en 1580,
que de Rome, on priait l'archevêque de Milan de travailler à raffermir
par ses conseils le caractère de Charles-Emmanuel, héritier,
par cette mort, du trône de son père. Jeune et impressionnable,
il était à craindre que ce prince ne se laissât entrainer
par l'hérésie toujours au guet pour conquérir de
nouvelles proies. Le cardinal avait compris dès le premier instant
que ce rôle de tuteur, vis-à-vis du nouveau duc de Savoie,
lui appartenait plus qu'à tout autre; mais dans la crainte de
donner occasion à des adversaires de paralyser son action, il
ne voulut point lui écrire; il lui envoya le P. Adorno, son confesseur, « dans
l'espérance, dit-il, que cette ambassade serait plus efficace
que ses paroles. » En annonçant à Mgr Speciano ce
qu'il avait fait, le cardinal s'applaudissait de son succès. Le
jeune prince lui avait écrit pour le remercier des conseils que
le P. Adorno lui avait transmis de sa part. « Ces conseils, lui
disait-il, ont été d'autant mieux acceptés que je
vous aime et vous honore plus ardemment, je vous prie de vous persuader
qu'aucun obstacle ne pourra m'empêcher de les suivre à la
lettre. »
Touché de cette respectueuse docilité, S. Charles usa toujours
envers le jeune souverain d'une tendresse vraiment paternelle; il le
félicita de ses sentiments et lui donna de nouveaux avis. Chartes
Emmanuel si heureux de ces témoignages d'affection que, dans sa
réponse, il déclarait ne pouvoir trouver d'expressions
capables de donner une idée exacte, de sa reconnaissance, il suppliait
l'archevêque de continuer auprès de lui ce bienveillant
et charitable office. « Je l'avoue candidement, ajoutait-il, j'ai
très grand besoin de votre direction et de me mettre sous vos
auspices: je désire surtout porter dignement le lourd fardeau
du gouvernement des peuples, placé sur mes épaules, comme
le dit très bien Votre Seigneurie, avec l'obligation de procurer
l'honneur et la gloire de Dieu, autant que cela est possible. Je le comprends
très bien: si la grâce divine vient à mon aide, je
ne cours aucun risque de faillir; vos prières et vos avis surtout
m'aideront puissamment à l'obtenir. »
Une véritable amitié s'établit entre ces deux âmes
enflammées d'un égal désir de travailler à la
gloire de Dieu et de contribuer au salut des âmes. Deux ans plus
tard, le saint se trouvait à Rome et Charles-Emmanuel lui demanda
une faveur. « Je ferai d'autant plus volontiers, ce que me demande
Votre Altesse, répond le cardinal, que jamais, dans aucun temps,
je ne puis, ni ne dois rien vous refuser. »
En 1583, le duc fut atteint d'une grave et dangereuse maladie. A cette
nouvelle, l'archevêque de Milan quitte sa ville épiscopale
et se rend à Verceil où se trouvait l'auguste malade.
Il désirait si vivement apporter au duc quelque soulagement
par sa présence, qu'il marcha une nuit et un jour, sans prendre
aucun repos. Il arriva le matin du 3 septembre à Novarre où il
s'arrêta. Malgré la fatigue de la nuit, passée à cheval,
il ne voulut pas se priver de célébrer les saints mystères
; les habitants de la ville l'ayant su, accoururent presque tous
pour le voir. L'évêque de Novarre s'opposa à ce
qu'il continuât la route à cheval, il lui offrit
sa voiture, mais ce fut l'occasion d'un retard. Par suite
du mauvais état des routes, la voiture versa et le cardinal
fut jeté, au milieu du chemin, dans la boue. Cet accident impressionna
vivement tous ceux qui l'accompagnaient ; au milieu du trouble
de ses gens, il conservait son calme habituel et, loin de s'occuper
de l'état dans lequel cette chute l'avais mis, il
s'informait de tous les siens, ne pensait qu'à leur
propre disgrâce. Ses habits étaient souillés et
son chapeau couvert d'une boue si épaisse, qu'il
fallut le mettre à sécher au soleil pour la faire disparaître.
On se remit en route ; afin d'éviter de nouveaux malheurs,
un homme de la campagne, animé de la plus grande vénération
pour le cardinal, se mit à la tête des chevaux : malgré l'opposition
de l'archevêque, il les conduisait par la bride, en courant
avec une merveilleuse rapidité. Quand le char, par suite de
l'inégalité de la route, allait perdre l'équilibre,
notre homme le retenait de ses épaules, tantôt d'un
coté tantôt de l'autre, et avec un telle dextérité que
les voyageurs en étaient étonnés. Le cardinal
voyait avec peine les fatigues qu'il s'imposait ; il l'avait
prié, supplié de s'abstenir ; voyant toutes ses
prières inutiles, il lui commanda de cesser ce pénible
manège. Notre homme, consterné d'un pareil ordre,
s'arrêta, se jeta aux genoux du cardinal, en s'écriant
: « Illustrissime, souffrez, du moins que je vous suive, je vous
vénère comme un saint ! »
Plus que jamais, le cardinal témoigne son mécontentement
; mais tout est inutile, le contadino veut continuer à remplir
ses bons offices. Ce que voyant, le saint ordonna d'achever la
route à pied pour ne pas laisser plus longtemps cet infortuné se
livrer à son fatigant travail. « Eh bien ! reprit cet homme, ému
de tant de bonté, puisque je ne puis, par mes fatigues, vous prouver
mon respect, alors j'implore votre assistance ! »
L'archevêque l'exhorte à dire franchement ce
qu'il attend de lui. Par suite d'empêchements douteux,
ce pauvre homme vivait séparé de sa femme : leur cause
avait été déférée devant le tribunal
de l'évêque de Verceil, il en attendait avec angoisse
la solution, dans l'espérance de voir son droit triompher
et de reprendre sa vie de famille. Le cardinal promit de s'occuper
de son affaire dès son arrivée à Verceil et d'en
presser l'exécution. Il tint parole et notre paysan fut
récompensé de son dévouement.
A Verceil, les courtisans et la fleur de la noblesse vinrent à la
rencontre de l'archevêque ; ils le conduisirent au palais
où il fut reçu avec une grande joie.
La ville était dans la consternation, l'état du prince
semblait désespéré : plus d'une fois, on avait
dit au cardinal dans le trajet de Milan à Verceil que, malgré sa
grande hâte, il ne trouverait pas le duc vivant. Il arriva néanmoins à temps
pour le voir et pour le guérir.
Charles ordonna de faire les prières des quarante heures ; il
adressa plusieurs fois la parole au peuple qui remplissait le temple
saint et demandait avec larmes la guérison de son souverain. Un
témoin, Jean Botero, familier et commensal du duc de Savoie, a
déposé au procès de canonisation que le duc Charles-Emmanuel était
convaincu qu'il devait la santé au cardinal Borromée.
Son état était désespéré, les médecins
l'avaient condamné, lorsque le cardinal vint le visiter
et en sa présence, « il retrouva en un instant la santé,
recupero' in un tratto la sanità. »
Le 5 septembre, le surlendemain de son arrivée, l'archevêque
de Milan, voyant que le duc se remettait sensiblement de sa maladie,
voulut lui apporter la sainte communion. En présence de toute
la noblesse, accourue près du lit de son bien-aimé maître,
le cardinal Borromée adressa à Charles-Emmanuel ces touchantes
paroles :
« Sérénissime Duc, Jésus Christ, le Fils
de Dieu dans l'éternité, et dans le temps, né de
la Vierge Marie, vient vers vous. Il vient ce roi du ciel et de la terre,
si riche, si puissant en miséricordes, et il veut signaler sa
venue par les largesses insignes de son amour. Vous étiez presque
aux portes de la mort, il a fait cesser la très grave maladie
dont vous souffriez ; c'est lui qui vous a, en quelque sorte, ramené à la
vie ; maintenant il veut s'approcher de vous, en ajoutant à la
santé du corps des grâces et des dons spirituels, qui mettent
le comble aux grands bienfaits qu'il vous a déjà départis.
Il serait juste et digne de votre noblesse d'aller au-devant d'une
si grande majesté, de vous jeter à ses pieds ; votre santé,
encore imparfaite, ne vous permet pas de le faire, allez du moins à sa
rencontre en esprit et excitez votre coeur à lui rendre les plus
grandes actions de grâce. Redites avec le Roi prophète :
Est-ce que notre âme n'est pas soumise au Seigneur ? Notre
salut vient de lui. » Et le saint, commentant les premiers versets
du psaume 102, trouva dans son coeur et dans sa foi la plus touchante
exhortation ; tous les assistants pleuraient ; le duc fixait constamment
le saint avec des yeux qui respiraient la reconnaissance et l'amour. « Sérénissime
Duc, disait le cardinal, vous serez très agréable à Dieu
; vous serez semblable à Constantin le Grand qui, poussé par
les mêmes sentiments qui vous animent, a voulu placer dans le mors
de son cheval le très saint clou de la croix ; vous serez et vous êtes
très cher à tous vos peuples. Dieu vous donnera tout le
reste, parce que vous n'avez point demandé ni l'or,
ni l'argent, mais la sagesse. Sous votre gouvernement, les peuples
seront heureux : Nous vous verrons régner dans la justice. Vous
ne songerez qu'à ce qui est digne d'un prince et vous
veillerez sur vos magistrats, afin qu'aucune injustice ne soit
faite à personne. Vous serez pour les orphelins, les veuves, les
pauvres et les affligés, comme un port ouvert et sûr, où ils
pourront se réfugier à l'abri des vents et des tempêtes.
Pour ceux qui sont altérés, vous serez comme un doux ruisseau
: pour ceux que la chaleur du soleil rend languissants, vous serez comme
une ombre rafraîchissante. Et après avoir régné ici-bas,
vous régnerez sans fin dans le ciel. »
Après avoir communié le prince, le cardinal voulut qu'on
rendit à Dieu de publiques et solennelles actions de grâces,
pour une guérison si inattendue, qui ne pouvait être, disait-il,
que l'effet d'un miracle. Il quitta la ville, le soir même,
au milieu des acclamations et de la joie de tout un peuple qui le bénissait
et le remerciait. Il arriva à Milan pour célébrer
la fête de la nativité de la Sainte Vierge et, dans une
touchante homélie, il raconta à son peuple le sujet et
l'heureux résultat de son voyage.
Le cardinal Borromée était devenu le confident indispensable,
l'appui nécessaire du jeune duc de Savoie. Il s'occupa
de son mariage ; Charles-Emmanuel le remercia « des conseils pleins
de prudence et de charité qu'il lui a donnés à ce
sujet et qu'il a résolu de suivre. Si de ce coté,
les choses ne vont pas selon nos désirs, j'incline de préférence
vers le parti sur lequel Votre Seigneurie a mis le doigt. »
L'année suivante, le cardinal retourna voir son royal et
cher disciple. « Ce jeune prince, écrivait il, a un caractère
d'or, il est toujours disposé et prêt à faire
ce qui est droit ; néanmoins, je le vois toujours exposé aux
dangers dont les cours abondent. » Et après avoir mentionné quelques
uns des conseils, qu'il crut devoir lui donner, il ajoute : « Sur
la fin de notre entretien, un peu avant mon départ, tous les témoins
se retirèrent et le duc resta seul avec moi ; tout à coup,
impressionné par ses sentiments religieux, il fondit en larmes,
en ajoutant des paroles qui étaient un témoignage splendide
de sa piété, et il prenait à témoin de sa
bonne volonté la Vierge, Mère de Dieu, dont il avait l'image
devant lui. »
Hélas ! le pieux duc ne soupçonnait pas qu'il voyait
pour la dernière fois celui dont les avis lui étaient si
nécessaires, il le suppliait de vouloir bien assister au mariage
qu'il allait contracter, d'après ses conseils, avec
l'infante d'Espagne ; mais le cardinal s'en excusa
et, au milieu des compliments et de paroles affectueuses, il laissa échapper
ces mots. « Nous ne nous reverrons plus. »
Le 4 novembre suivant, l'archevêque de Milan montait au ciel
pour y recevoir la récompense du bien qu'il avait fait au
jeune souverain et par lui à ses sujets.
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