Vie de Saint Charles Borromée
 
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CHAPITRE QUARANTE SEPTIEME

PREDICATION ET ETUDES DE SAINT CHARLES

Comment saint Charles surmonta les difficultés qu'il avait à parler en public. - Il fait l'homélie toutes les fois qu'il célèbre la messe pontificale. - Témoignage des contemporains sur sa prédication. - La Silva pastoralis. - Manuscrits des sermons du saint. - Son traité de la prédication. - Il fait composer un traité de Rhétorique. - Ses relations avec le père Louis de Grenade. - Son amour de l'étude. Comment il travaillait. - Les petits bulletins avec les notes du saint. - Etendue de sa science. - Sa bibliothèque. - Il contribue à la fondation des archives à Rome et à Milan. - Nomenclature des maisons d'éducation qu'il a fondées. - Son désir de les voir suivre les meilleures méthodes d'éducation.


L'obligation d'annoncer la parole divine aux peuples, confiés à leurs soins, est pour les évêques de droit divin: ce ministère est si important que les apôtres ne voulurent pas s'en décharger sur leurs disciples. A l'époque où fut convoqué le saint concile de Trente, par suite d'une foule de circonstances qu'il serait trop long d'énumérer ici, les évêques, en grande partie, en étaient venus à négliger ce devoir. Quelques-uns trouvaient au-dessous de leur dignité cette mission, et leur conscience se croyait à l'abri parce qu'ils en confiaient l'accomplissement à leurs prêtres. Il était encore plus rare de voir un cardinal annoncer aux peuples la parole évangélique. Le jeune cardinal Borromée comprit sous ce rapport toute l'étendue de ses devoirs et, avant de se rendre à son archevêché, il voulut se préparer à remplir dignement ce ministère de la prédication si important et si fécond en fruits de grâce dans les âmes. L'étude de l'Écriture et des pères de l'Église est l'une des préparations lointaines les plus nécessaires et malgré les travaux et les sollicitudes excessives que lui occasionnait l'administration des états de l'Église, il trouva encore le temps d'orner son esprit et son coeur de cette science, qui est véritablement la gloire et la puissance du prêtre. Mais pour la pratique même de la prédication, il éprouvait des difficultés particulières de prononciation qu'il s'efforça de surmonter, comme nous l'avons dit. Une timidité excessive, quand il s'agissait de parler en public, vint aggraver encore ce défaut: il balbutiait alors, il articulait imparfaitement les mots et il arrivait souvent que ses plus proches voisins avaient de la peine à le comprendre et à le suivre. Pour vaincre ces difficultés, autant que pour stimuler les jeunes prélats à l'étude de l'éloquence, nous l'avons vu fonder l'académie des Nuits vaticanes. C'est là, dans un cercle relativement restreint, qu'il s'exerça à l'art si difficile de manier la parole en public. Peu à peu il triompha de sa timidité; par les efforts de sa volonté, il devint plus maître de lui-même. Il réussit si pleinement dans son travail que plus tard sa parole fut toujours suivie et écoutée avec autant de charme que d'édification. Nous ne reviendrons pas sur ces premiers débuts de l'orateur ; nous les avons suffisamment fait connaître. Nouveau Démosthène, il arriva par son énergie et sa persévérance à triompher en majeure partie des obstacles naturels qui auraient pu entraver son ministère pastoral. Toutefois, sa modestie et ses occupations, l'empêchèrent, pendant plusieurs années, de monter en chaire, il parlait du pied de l'autel. Il explique avec sa simplicité ordinaire à Mgr Ormanetto, son ancien vicaire, le motif qui le fait agir ainsi: « Je ne me suis pas encore décidé à suivre votre conseil de prononcer mes sermons du haut de la chaire; au contraire, plus j'y pense, plus je m'éloigne de ce sentiment. La chaire, comme vous le savez, outre l'action et une voix plus forte, réclame une grande préparation à laquelle je n'ai ni le moyen, ni le temps de me consacrer. De l'autel tout ce que l'on dit peut paraître bon et je puis me préparer seulement la veille à cette manière de parler, d'autant plus que je me suis fait une obligation de prononcer le sermon à toutes les messes pontificales, comme l'ordonne le cérémonial. En prescrivant que l'évêque, paré de tous ses ornements, fasse le sermon, au milieu de la messe, il a eu, je crois, en vue, la majesté qu'offre toujours un pareil spectacle: Parler ainsi entouré de tout mon clergé, également revêtu des ornements sacrés, ajoute une grande autorité à la prédication. Pour le reste, j'y supplée au moyen des prédicateurs ordinaires. »

Il conserva toujours cette «noble » habitude de faire l'homélie toutes les fois qu'il chantait l'office pontifical ; mais ses prédications devinrent bien plus fréquentes. On ne célébrait pas une seule fête, sans qu'il ne prêchât le matin, dans son église cathédrale, et très souvent encore dans l'après-midi. Les jours de la semaine, il allait presque chaque jour célébrer la messe dans quelque monastère et il y prêchait.

Ne pouvant nous rendre compte, que d'une manière fort imparfaite, de son genre de prédication, il faut entendre les contemporains l'apprécier et redire leur sentiment. Un témoin du procès de sa canonisation s'exprime de cette sorte: «J'ai assisté plusieurs fois aux prédications de Borromée, au Dôme, à l'occasion des messes pontificales, auxquelles assistaient le gouverneur et les magistrats, et aussi à celles qu'il fit dans d'autres églises de la ville: elles faisaient beaucoup de bien parce qu'elles tendaient toutes à détruire les péchés, à corriger les erreurs, à supprimer les abus, à exciter et à porter les âmes à la piété et à l'amour de Dieu. »

Il prêchait avec beaucoup d'onction et de coeur, nous dit à son tour Possevin, son secrétaire, et pendant qu'il parlait son émotion était si grande que ses jambes tremblaient de façon à imprimer à la chaire elle même un mouvement saccadé, et moi, qui étais là pour écrire ses sermons, j'éprouvais une grande difficulté à le faire. Dans les exhortations qu'il adressait à son clergé et dans ses conciles, il était vraiment admirable et il émouvait grandement son auditoire.

Il avait, dit le même auteur, un très grand zèle pour la prédication, il travaillait beaucoup les questions ecclésiastiques et, l'année même de sa mort, il avait réuni un nombre infini de passages de l'Écriture sainte et des saints pères qui lui fournissaient les plus beaux sujets de discours, quand il avait à s'adresser aux évêques, aux curés, aux religieuses, aux moines, aux ordinands, aux nouveaux ordonnés, ou avant d'administrer les sacrements de baptême ou de confirmation, etc., etc. Si le temps lui eût permis de digérer parfaitement cette oeuvre et de la mettre en ordre, il se proposait de l'appeler Silva pastoralis.

Cette oeuvre ne fut pas complètement perdue; un des premiers disciples de saint Charles, dans la congrégation des Oblats, Gabriel Maggi, a transcrit et réuni dans un seul volume tous ces textes, sous le titre même que le saint archevêque se proposait de lui donner. Ce précieux manuscrit appartient au marquis Trivulzi dans la bibliothèque duquel nous l'avons vu. Il forme un volume de 75 pages in-4°.

Possevin raconte également que l'archevêque de Milan avait une si grande dévotion à la passion de Notre-Seigneur qu'il avait fait une étude spéciale sur ce grand sujet; il l'avait divisée en nombreux chapitres: des causes, des effets, des fruits et autres titres semblables sous lesquels il avait développé de très nombreux types, figures et prophéties tirés de l'Écriture sainte. Il avait formé le dessein de ne plus jamais prêcher, sans consacrer la seconde partie de son discours aux souvenirs de la passion du Fils de Dieu. Cette révélation ne saurait nous étonner: la passion du Sauveur était le sujet le plus fréquent de ses méditations ; mieux que tout autre il savait combien ce sujet est puissant et efficace pour toucher et adoucir les coeurs les plus rebelles à la grâce.

La Bibliothèque ambrosienne de Milan ne possède pas moins de huit volumes manuscrits de sermons ou plans de sermons, composés et écrits en majeure partie de la main du saint. Presque tous sont en latin, quelques-uns seulement sont en langue italienne. Nous en avons parcouru un assez grand nombre avec une émotion facile à comprendre. Nous faisons des voeux pour qu'on imprime un jour tous ces plans de sermons tels qu'ils sont, ils pourraient devenir pour les prédicateurs une mine aussi féconde qu'utile. Quelques-uns des sermons et des homélies du saint ont été publiés, à différentes époques; mais une nouvelle édition plus complète et plus exacte serait très désirable et nous faisons appel aux prêtres, si distingués et si zélés pour la gloire de saint Charles, qui composent le personnel de la Bibliothèque ambrosienne.

Les occupations si multipliées du cardinal lui permettaient rarement d'écrire ses sermons; on se demande même comment il a pu trouver le temps de jeter sur le papier tous ces plans et toutes ces idées principales qu'il développait ensuite du haut de la chaire. Il avait une grande science acquise, il est vrai; mais sa méthode d'étudier simplifiait beaucoup son travail elle lui permettait d'avoir toujours sous la main, les textes de l'Écriture et les pensées des pères de l'Église sur le sujet qu'il voulait traiter.

La plupart du temps, il traçait son plan en forme de tableau synoptique. Voici un exemple de sa manière de procéder; il s'agit de la parabole du pharisien et du publicain. Il se demande d'abord quelle fin Notre-Seigneur s'est proposée dans ce récit. Causa hujus parabola, dit-il, patet ex pracipuis verbis ad quosdam qui in se confidebant. Il explique alors le sens de ces paroles elles-mêmes par d'autres textes de l'Écriture sainte, des pères, des conciles et des théologiens; mais c'est un mot, c'est une phrase, jetés en courant, dont le sens profond et caractéristique peut prêter aux plus magnifiques développements. Notons seulement les deux réflexions suivantes: Qui in se confidebant ut infirmos capite unica vini gutta inebriat & sed sancti quo sanctiores eo humiliores, qui luci propinquiores magis intra se latentia vident. »

Dans une instruction adressée à son clergé, le saint archevêque a traité ex professo, ce grand sujet de la prédication. C'est un travail très remarquable: on n'a jamais rien écrit de plus parfait, ni de plus complet. Le saint s'y révèle lui-même tout entier, c'est la peinture de son âme et, à ce titre nous ne pouvons nous dispenser d'en faire une analyse un peu développée.

Selon son habitude, il examine la question sous tous ses aspects et dans tous ses détails. Rien ne lui échappe, il prévoit tout, il pourvoit à tout. A qui d'abord incombe le devoir de la prédication? A l'évêque avant tout: elle est la principale et la plus nécessaire fonction de son ministère. Les curés qui ont charge d'âmes viennent ensuite et il s'étend à ce sujet sur les usages propres à son diocèse et sur les permissions et licences qu'il accorde à ses prêtres.

Quelles doivent être les qualités des prédicateurs? II pose tout d'abord ce principe: Celui qui entreprend la charge de prêcher doit avant tout se persuader que, s'il ne vit lui-même conformément aux lois de l'Évangile qu'il prêche, il ne peut faire une grande impression dans l'âme de ses auditeurs. Dans l'arche de l'ancien testament, il y avait deux chérubins placés de telle façon qu'ils se regardaient toujours mutuellement. Ainsi la vie du prédicateur doit correspondre à la doctrine qu'il annonce, placée vis-à-vis de lui de telle sorte que la doctrine éclaire la vie, et que la vie corrobore la doctrine: elles se prêtent ainsi perpétuellement des forces l'une à l'autre. Il entre ensuite dans le détail des vertus nécessaires au prédicateur et il appuie son dire sur les textes mêmes des pères de l'Église.

Si la vertu est nécessaire, la science ne l'est guère moins. Et la science qu'il exige est considérable. Il veut que le prédicateur sache non seulement la Bible, la théologie, les traditions apostoliques, les Pères de l'Église, mais encore les rites sacrés de l'Église, leur signification mystérieuse, l'histoire des saints, des papes et des évêques, la science des canons et des conciles, la théologie mystique, etc. Il voudrait encore qu'il fût au courant des obligations inhérentes aux différentes fonctions, aux états divers des citoyens afin de pouvoir les instruire d'une manière plus pratique et plus utile. Il va même jusqu'à exprimer le voeu de les voir étudier les langues grecque et hébraïque. Le prédicateur devra bien posséder la science de la rhétorique, elle est essentielle pour lui apprendre à bien composer son discours, la manière de l'adapter aux besoins et aux lumières de son auditoire et aussi l'art d'employer à propos les images, les comparaisons et les mouvements pathétiques.

Outre cette préparation éloignée, il en est une autre plus immédiate surtout qu'il recommande. Le prédicateur doit tout rapporter à la gloire du Dieu tout-puissant, au salut des âmes; il doit se rappeler qu'il est le ministre dont se sert l'Esprit-Saint pour traiter des choses saintes et révélées de Dieu. L'archevêque indique des pratiques, donne des conseils qui, s'ils étaient fidèlement suivis, assureraient le succès de tous les prédicateurs, en faisant un saint de chacun d'eux.

Avant chaque sermon, il devra purifier sa conscience par la réception du sacrement de pénitence, prier, étudier ce qu'il devra dire; quand il sera fixé et aura bien déterminé les divers points de son discours, il devra méditer de manière à exciter en lui-même l'ardeur et le zèle qu'il veut communiquer aux autres. Mais la nuit surtout qui précède le sermon, il se livrera à la préparation immédiate d'une prière ardente; il demandera à Dieu, l'auteur de toute sagesse et de toutes les saintes vertus, l'inspiration dont il a besoin; et, pour ses auditeurs, les meilleures dispositions d'esprit et de coeur, afin qu'ils puissent profiter des dons de Dieu. Notre époque, dit-il, ne manque pas d'hommes qui ont l'habitude de solliciter ces grâces non seulement avec larmes, mais encore en se donnant la discipline.

En chaire, le prédicateur devra élever brièvement son coeur vers Dieu par une prière silencieuse, afin d'obtenir que son discours soit vrai, pur, utile à tous, à l'orateur comme à ceux qui l'écoutent. Il s'efforcera donc de repousser tout ce qui dans son esprit pourrait nourrir l'amour propre et la vaine gloire. Il recommande l'ancienne et pieuse pratique de réciter l'Ave Maria, à genoux, lentement et pieusement. En parlant, enfin, le prédicateur ne doit pas perdre de vue l'exemple de Jésus-Christ son juge, dont il a l'image sous les yeux, sur la muraille en face.

Après avoir exposé, selon l'usage de l'Église de Milan, le cérémonial à observer pour la prédication, il se demande en quel temps il faut plus particulièrement prêcher. Notre Seigneur et les apôtres, dit-il, n'ont fixé aucune époque spéciale. Saint Dominique, saint François et saint Vincent Ferrier prêchaient constamment. C'est aussi le devoir des évêques et des curés, mais il désigne le temps du Carême et de l'Avent comme étant le plus favorable à l'accomplissement de ce devoir sacré.

Où doit-on prendre les sujets de prédication? Dans les passages des Évangiles ou des Épîtres lus à la messe du jour. Il faut proposer souvent à l'attention des fidèles les demandes spéciales que l'Église adresse à Dieu dans l'office même de la fête ou du jour. L'explication de la messe, des principaux mystères dont on célèbre les anniversaires, les différentes saisons liturgiques, la vie du saint dont on fait la fête, de temps en temps l'explication du symbole, de l'oraison dominicale, de la salutation angélique, des commandements de Dieu, des sacrements : voilà autant de sujets qu'il sera bon de traiter et de développer devant les fidèles.

Il recommande d'éviter les explications peu claires de l'Écriture sainte, qui ne sont pas appuyées sur l'autorité de la tradition reçue par l'Église. Il faut éviter les questions douteuses, subtiles; les récits d'histoires apocryphes, de miracles peu certains, en un mot, le prédicateur devra toujours se montrer grave et digne dans son extérieur et dans l'exposé des vérités qu'il développera. Saint Augustin et saint Jérôme ont cru, dit-il, qu'on pouvait quelquefois citer les vers des païens et s'appuyer sur l'autorité des philosophes anciens ; il conseille de le faire rarement.

Le but, de la prédication étant surtout d'inspirer aux auditeurs l'horreur et la fuite du péché, on devra donc, selon les temps et les lieux; insister sur la malice du péché et sur les châtiments qu'il mérite; l'archevêque s'étend alors sur des détails de circonstances, de lieux, de moeurs qui durent être très utiles au clergé milanais.

Il termine enfin, en traitant ce qui regarde la forme elle-même de la prédication, si importante au point de vue de l'effet à produire et de l'éloquence. Le geste, la voix sont l'objet des observations les plus judicieuses et les plus pratiques.

Ces conseils généraux ne suffirent pas au saint archevêque, il songea à fournir à son clergé, toutes les facilités pour les mettre à exécution. Il traça lui-même le plan d'une nouvelle méthode de rhétorique pour les jeunes ecclésiastiques. L'exécution de ce travail fut confiée à l'évêque de Vérone, Augustin Valerio, qui, après avoir achevé son traité, l'adressa au cardinal, en lui écrivant: «Votre rhétorique revient à vous, comme une fille à son père. Ne vous étonnez pas si je vous appelle son père; car c'est vous qui l'avez conçue et estimée nécessaire à vos jeunes clercs. Je ne vous ai servi que d'instrument pour la mettre au jour. »

Mais aux préceptes, il désirait joindre des modèles. Il y avait alors en Espagne, un vénérable religieux de l'ordre de Saint-Dominique dont la vertu égalait la science. Il avait surtout cette science des âmes qui fait les saints et ses exemples ajoutaient une grande efficacité aux sages et solides conseils qu'il consignait dans son Guide des Pécheurs. Louis de Grenade avait sans doute entendu parler du cardinal Borromée par son confrère et ami le vénérable Barthélemy des Martyrs; saint Charles avait connu surtout le religieux par ses oeuvres: ces deux âmes, si bien faites pour se comprendre, n'avaient pas tardé à entrer en relations.

L'archevêque de Milan goûtait plus que personne les oeuvres de Louis de Grenade. Ayant appris qu'il se proposait de publier un traité de Rhétorique, en latin, il écrit qu'on le lui envoie dès qu'il sera imprimé. « Je l'attends avec impatience, dit-il, bien convaincu que cette oeuvre sera digne, par la piété et la science, de toutes celles qui sont déjà sorties de sa plume. » Il fait traduire ses sermons et les envoie à son clergé, en l'exhortant à s'inspirer de ces éloquentes pages. Il en est si content qu'il sollicite le père d'en faire de nouveaux pour expliquer les cérémonies et les rites de l'Église. L'humble religieux lui répond qu'il a satisfait en partie à ce désir dans ses autres sermons. «Si cependant, ajoute-t-il, Votre Seigneurie demandait de moi quelque chose de plus, qu'elle me l'explique et quoique au déclin de ma soixante-dixième année, je ne puisse me promettre un lendemain, néanmoins je suis disposé à faire tout ce que me permettra mon infirmité.» Il lui annonce l'envoi de toutes ses oeuvres imprimées; il prie le saint de l'excuser, s'il s'est servi pour lui écrire d'une main étrangère; la faiblesse de ses yeux ne lui permet plus de le faire lui-même.

Lorsque le père Bescapé alla traiter, en Espagne, les affaires de l'Église de Milan, le cardinal le chargea de lettres pour le saint religieux. Il voulut faire plus; il écrivit à Grégoire XIII pour lui parler des mérites et des écrits du père Louis de Grenade qui lui semblaient de nature à faire un grand bien dans les âmes. « Je me permets, disait-il, de tout dire à Votre Sainteté ; s'il paraissait bon à Votre Béatitude de faire écrire à ce père que vous agréez les ouvrages qu'il a composés, que vous l'exhortez à en faire d'autres, ce serait un témoignage rendu à sa vertu et à sa piété, et il le mérite bien, mais de plus, ce serait un stimulant pour l'engager à composer d'autres bons livres. Je sais qu'il en a quelques-uns entre les mains: s'il les faisait imprimer, ce ne pourrait être que d'une grande utilité. »

Le saint père acquiesça au désir du cardinal Borromée: «Sa Sainteté, lui écrit Mgr Speciano, ignorait les travaux de ce bon père. Toutefois, sur votre témoignage, elle a donné ordre de faire le bref, selon vos désirs, et je fus moi-même chargé de le transmettre au cardinal de Côme. » L'archevêque de Milan avait pour son ami une autre ambition. Le père, Bescapé assure qu'il eût voulu le faire nommer cardinal ; mais on ne put triompher de l'humilité du pieux Dominicain.

L'archevêque de Milan avait autorité pour exhorter son clergé à se préparer à la prédication par un travail sérieux et soutenu. Nous avons déjà dit combien il aimait l'étude; il ne la négligea jamais, même au milieu des fatigues incomparables de la peste. «Il fut grand, ô Milanais ! s'écriait le père Panigarola dans le panégyrique qu'il prononça au lendemain de sa mort, il fut grand celui qui, malgré ses nombreuses occupations, ne cessa jamais de se livrer à l'étude. Chaque jour, il travailla, et cela jusqu'à la mort, et il travailla avec tant de succès et de discernement que ses qualités intellectuelles ne furent point éclipsées par les splendeurs de ses habitudes morales et de sa science théologique... II savait arranger tout de telle sorte que les sciences ne détruisaient point la piété et que la piété ne nuisait en rien à la doctrine: de l'une et de l'autre de ces deux choses, il ne fut jamais distrait par le tracas des grandes affaires dont il eut à s'occuper pendant le pontificat de son oncle. »

Nous voulons faire connaître la méthode qu'il employait pour ses études, les détails les plus précis nous sont encore fournis sur ce point par ses contemporains ou par les compagnons de ses travaux. « C'était une merveille, dit Possevin, de voir sa grande énergie pour l'étude: il étudiait debout, sans jamais s'asseoir, dans une très petite chambre où la chaleur était insupportable en été et le froid très vif en hiver. II étudiait à genoux la sainte Bible. Sa méthode d'étudier était très fructueuse bien que très ennuyeuse pour celui qui travaillait en sa compagnie. II recueillait, en effet, de tout ce qu'il lisait avec son compagnon, et d'ordinaire c'était moi, certains passages qu'on transcrivait sur de petits bulletins ou polizzini, sous des titres généraux, parmi lesquels il faisait ensuite un choix au commencement de l'année, puis, les mettant en ordre, il les faisait copier et insérer dans un livre par ordre alphabétique. Nous étions quelquefois une grande heure pour tirer d'une feuille de papier in-8° quelques pensées et les écrire sous des titres différents, afin de pouvoir s'en servir en temps et lieux. II avait l'habitude de me dire souvent que c'était la vraie méthode d'étudier, c'est-à-dire, qu'il ne faut pas se préoccuper de lire beaucoup, mais peu, afin de s'en pénétrer et de le digérer. »

II est facile de constater la véracité du récit de Possevin. Nous avons vu et touché de nos mains sept petits paquets de ces bulletins, écrits en majeure partie de la main de saint Charles. Ils contiennent des versets de la sainte Bible, des phrases ou des pensées extraites des saints Pères. Le marquis Trivulzi est l'heureux possesseur de ces précieuses reliques. Cinq paquets sont enfermés dans de petits étuis en bois dont la forme ressemble à celle d'un livre; deux autres sont séparés et liés ensemble. Ils sont tous dans le même état, divisés de la même manière qu'au temps du saint; on a seulement renouvelé la ficelle, qui réunissait deux de ces petits paquets. Les bulletins dont l'écriture n'accuse pas la main du saint archevêque, ont été sans doute remplis par Possevin.

« L'archevêque, continue Possevin, se servait beaucoup pour ses études des sermons de Louis de Grenade et des commentaires des Pères sur l'Écriture sainte. Parmi les auteurs profanes, il en est quelques-uns qu'il lisait avec beaucoup de fruit, principalement Sénèque, et un petit livre d'or d'Épictète, le stoïque, dont la lecture, m'a-t-il dit, l'a beaucoup aidé, du temps de Pie IV, à se détacher de la terre et à prendre cette ferme et solide résolution et perfection de vie qui a étonné le monde.

Il passait et distribuait très bien son temps, dit un autre témoin, sans en perdre une once. Quand il allait en visites pastorales, il avait toujours avec lui un chariot ayant deux coffres qui s'ouvraient par devant et dans lesquels des livres étaient disposés comme sur une étagère, ce qui permettait de les prendre facilement. Il pouvait ainsi les transporter partout sans crainte de les mêler, et les trouver sans perdre de temps. C'était là sa grande préoccupation: il ne songeait qu'à étudier, faire oraison, écrire, composer, et de jour et de nuit, en dehors du temps qu'il consacrait aux audiences; la nuit, il avait toujours une lumière.

Il ne perdait pas une minute, dit un autre, il lisait quand on lui faisait la barbe. Lorsque le cardinal Paleotti vint à son concile provincial, en 1582, il résolut d'aller à sa rencontre, en compagnie des évêques présents à Milan. Il était déjà à deux milles, hors des portes, quand on vint lui dire que l'archevêque de Bologne n'était encore qu'à Marignan. Il ordonna de s'arrêter devant la maison d'un villageois, il fit apporter des sièges et il continua avec les évêques l'entretien et l'étude des matières commencées dans la congrégation du matin. Après le dîner, il déclara qu'il ne voulait jamais perdre de temps, même quand il était en route.

Aussi sa science était profonde et très étendue. Dans toutes les affaires litigieuses relatives à sa juridiction, soit vis-à-vis du pouvoir civil, soit vis-à-vis des chapitres ou des religieux, il fit preuve d'une vaste et solide érudition. A l'appui de son opinion, il apportait toujours l'autorité d'un concile, les textes des auteurs, canonistes ou théologiens, avec une précision et un à propos fort remarquables ; il savait en tirer les conséquences, avec une logique dont la force et la sincérité frappaient et persuadaient même ses adversaires. Grégoire XIII, ayant pu apprécier son savoir, voulut qu'il fît partie de la commission nommée par saint Pie V, dans le but de préparer l'édition du Corpus Juris Canonici.

Si l'on veut juger un homme; on peut, presque toujours, sans crainte de se tromper, étudier le catalogue de sa bibliothèque : on y verra la frivolité ou le sérieux de ses pensées, on pourra présumer ses goûts, ses pensées habituelles. L'archevêque de Milan a légué sa bibliothèque à son chapitre; mais nous avons pu parcourir le catalogue manuscrit qu'il en avait fait dresser; il est à la bibliothèque ambrosienne. A côté d'une grande quantité de livres imprimés, il possédait plus de cinq cents manuscrits d'une grande valeur qui faisaient de sa bibliothèque, dit M. Charles Canetta, l'une des plus riches et des plus précieuses de l'Italie. Ce qui la rendait encore plus précieuse, c'est qu'un grand nombre de livres étaient annotés de la main même du saint cardinal.

Il avait dix-neuf éditions de la sainte Bible, imprimées en hébreu, en grec, en latin. Dans les sept autres éditions manuscrites, un exemplaire en seize volumes avait appartenu à saint Bonaventure ; un autre écrit sur parchemin avait un grand prix. De nombreux commentaires sur l'Ecriture sainte, les pères de l'Église grecs et latins. Il avait vingt-trois volumes des oeuvres de saint Thomas, les auteurs ascétiques les plus remarquables, Cassien, Ludolphe le Chartreux, l'Imitation de Jésus-Christ, Louis de Blois. Nous avons remarqué les sermons de Jérôme Savonarole, les oeuvres de Pic de la Mirandole, Le Dante et les principaux auteurs italiens.

II avait soixante-neuf volumes traitant des matières liturgiques ; on y voit aussi les actes des conciles oecuméniques.

Le fond de sa bibliothèque était évidemment tout ecclésiastique et religieux ; néanmoins, il ne dédaignait pas les auteurs païens. A côté des principaux philosophes de l'antiquité, parmi lesquels Aristote brillait au premier rang par quinze volumes, on voit les historiens grecs et latins les plus célèbres. Les poètes latins occupent une place importante. Ovide a quinze éditions et Virgile six. On est un peu étonné de trouver dans la bibliothèque d'un homme qui faisait si peu de cas de sa propre santé quatre-vingt-seize volumes traitant de l'art médical.

En somme cette bibliothèque était celle d'un esprit sérieux, d'un littérateur délicat, d'un bibliophile distingué ; il n'y avait admis aucun ouvrage vulgaire, ni médiocre.

Saint Charles aimait l'étude et la science; mais les savants peuvent lui rendre des actions de grâce parce qu'il a contribué puissamment à réunir des documents importants, dont ils profitent encore aujourd'hui pour écrire l'histoire. Les Archives secrètes du Vatican lui doivent sinon leur existence, du moins leur mise en ordre et tous les documents les plus importants qui concernent le concile de Trente. Cela ressort avec évidence de la lettre suivante qu'il adressa à Mgr Ormanetto, le 25 janvier 1570 : « La pensée de Notre Seigneur de mettre en ordre toutes les lettres et toutes les autres écritures qui concernent le siège apostolique, ainsi que les affaires publiques des pontificats passés, me plait extrêmement. Sa Béatitude peut se rappeler à ce sujet ce que je lui ai dit, à mon départ de Rome : tous les papiers relatifs aux affaires publiques de mon temps que j'ai traitées, comme neveu du pape, lettres et autres écritures, j'ai conservé tout cela avec beaucoup de soin; je les ai laissés à Rome, sous bonne garde, pour en faire ce que le pape ordonnerait dans la suite. Si j'ai manifesté à Sa Béatitude le désir qu'on ne les enlevât pas de mes mains, avant que Notre Seigneur ait réalisé le dessein qu'il avait de les recueillir dans des archives perpétuelles, c'était uniquement dans la crainte, si l'entreprise échouait, de voir tous ces documents tomber entre les mains de personnes curieuses ou ayant des fins bien diverses de celles de Notre Seigneur : ce qui, du reste, ne leur eût été d'aucune utilité. Mais il y a dans ces papiers beaucoup de choses qu'il ne serait pas à propos de faire connaitre, à cause de l'importance des négociations et des affaires qui eurent lieu, sous ce pontificat, surtout à l'époque du concile de Trente. En quittant Rome, je les laissai en bonne garde. Je suis toujours dans les mêmes sentiments et vous pourrez dire à Sa Sainteté que tous ces documents sont à sa disposition; je charge Carniglia de les lui remettre, dès qu'elle les demandera.»

Si le cardinal était si soucieux des intérêts du Saint Siège et de la conservation de ses actes, il ne le fût pas moins de ceux de sa propre Église. Il fonda les Archives de son archevêché. Le premier fonds de cette importante création se composa d'abord des actes, dressés dans le cours de ses visites pastorales dans les paroisses de son diocèse et dans celles des diocèses voisins. On les appelait archives spirituelles parce qu'elles étaient destinées principalement à la conservation des actes qui regardent le gouvernement spirituel des diocèses. Mais sa sollicitude ne se borna pas à ce seul point. Dans une lettre adressée, le 25 novembre 1573, à Mgr Castelli, son vicaire, qui se trouvait à Rome, il parla du dessein de réunir dans les Archives diocésaines tous les écrits relatifs à son Eglise. Plusieurs sont entre les mains de particuliers qui n'ont aucun droit à leur possession, il voudrait les reprendre : mais quelques-uns, il nomme un certain Chiocca, refusent de les restituer. La chose lui parait assez grave pour que le saint Père ordonne cette restitution, sous peine d'excommunication contre les récalcitrants. « Il faut, dit-il, prévenir les graves inconvénients qui peuvent résulter de ces abus et empêcher les magistrats civils ou autres personnes, d'emporter chez eux les écrits et les actes officiels qu'ils peuvent garder, détruire, altérer, au préjudice des droits et des intérêts ecclésiastiques, comme ils on fait, quand j'étais à Rome. » En conséquence, il prie Mgr Castelli d'agir dans ce sens auprès du Saint Père.

Ces archives générales et diocésaines ne lui paraissent pas suffisantes, il en crée de particulières dans chaque paroisse principale, nous dirions aujourd'hui dans chaque doyenné, qui devront recevoir tous les écrits intéressant les paroisses comprises dans tout le district. La création de ces archives fait l'objet d'une instruction spéciale adressée aux visiteurs de son diocèse ; il y prend toutes les mesures pour qu'aucun document important ne s'égare et les historiens peuvent bénir le nom de cet archevêque si leurs recherches, sur des temps si éloignés, sont aujourd'hui si fructueuses et s'ils peuvent les appuyer sur des documents authentiques. Et cependant, de nos jours, un écrivain milanais n'a pas eu honte de nous représenter S. Charles comme un homme ennemi des grandeurs et des gloires de son pays, désireux même d'en effacer le souvenir parmi le peuple!

Les gloires de son Église, ce sont celles de tout son peuple et de l'État lui-même; nous savons combien il en était jaloux. Nous en fournirons une nouvelle preuve. Mgr Fontana entreprend, par ses ordres, une histoire des archevêques de Milan. Le saint veut que pendant son séjour à Rome, l'historien de son Église cherche tous les documents qu'il pourra réunir à la bibliothèque du Vatican et près du cardinal Sirletti. Il l'avertit toutefois qu'il devra terminer son travail à Milan, sous ses yeux; car à Rome on ne peut connaître toutes les circonstances et tous les faits relatifs à l'histoire particulière d'une Église.

Ce qu'il fit pour la diffusion des bons livres et pour les progrès de la science est immense. Nous avons dit comment les ouvrages des Pères de l'Église, altérés par les hérétiques, furent réimprimés, en majeure partie, par ses soins et sous sa direction. En 1579, il établit une imprimerie dans son séminaire de Milan. Les premiers livres qu'il y fit imprimer, avec l'aide de l'Oblat Dominique Ferri, furent les sermons du P. Louis de Grenade qu'il envoya à tous ses prêtres. A cette époque l'imprimerie en était encore à Milan à ses premiers essais: cette entreprise n'était point une oeuvre facile ni vulgaire, et elle dénote un esprit supérieur et hardi. Il l'avait tant à coeur que ses adversaires ne crurent pas pouvoir l'atteindre plus cruellement qu'en apportant des obstacles à son fonctionnement et en faisant emprisonner son typographe, comme nous l'ayons dit.

La bonne presse, en choisissant S. Charles Borromée comme son patron, n'a fait que rendre hommage à son zèle et à son initiative pour multiplier les bons livres. L'on peut regarder le saint archevêque de Milan comme l'un des principaux propagateurs de l'imprimerie en Italie.

Le père Panigarola n'avait-il pas raison de s'écrier dans son panégyrique: «Rien que sous le rapport des lettres et de ses études, le cardinal Borromée mérite des louanges suprêmes. Et comment un homme si lettré, n'eût-il pas été lui-même l'ami des hommes lettrés? Qui les a jamais plus favorisés? Qui les a accueillis avec plus de bienveillance? Outre les séminaires, les collèges, à Pavie et ici, on ne saurait dire tout ce qu'il a fait uniquement en faveur des lettrés... Les livres qu'il a lui-même composés et qui, maintenant que sa modestie n'est plus là pour les cacher, verront, je l'espère, le jour: comme je les ai vus moi-même, le monde entier les pourra voir et l'on connaîtra comment dans ces livres sa science et sa vertu marchent de pair... »

Les procès de canonisation nous initient à tout ce qu'il a fait pour l'instruction de la jeunesse. Nous donnerons ici la simple nomenclature des établissements qu'il a fondés; elle est par elle-même très éloquente. Le cardinal Borromée, pendant les dix-sept années de sa résidence à Milan, de 1567 à 1584, a créé 1° le collège de Pavie; 2° le collège des Nobles à Milan; 3° le séminaire de Sainte-Marie alla noce pour 40 clercs; 4° le séminaire de Sainte-Marie in cellana pour 40 clercs; 5° le séminaire de Saint-Jean-Baptiste à Milan pour 150 clercs. Le séminaire de Milan a été construit sur les dessins de Joseph Meda. C'est un vaste édifice carré, avec un magnifique cloitre à l'intérieur aux belles colonnes de granit; le portail principal dessiné par Richini est orné de deux énormes cariatides représentant la foi et la religion. C'est une des plus belles oeuvres de l'architecture moderne; 6° le séminaire de la Canonica, à Milan, pour 60 clercs; 7° le collège suisse, à Milan; 8° le collège des Théatins et 9° enfin cette splendide université de Bréra qu'il confia aux pères de la Compagnie de Jésus.

Quelqu'un a osé accuser le grand archevêque de faire donner dans ses collèges et ses séminaires une instruction rétrograde et antipatriotique. L'historien n'a point à s'attarder à de pareilles objections qui ne subsistent pas devant les faits. L'archevêque de Milan avait à peine fondé son collège de Pavie qu'il écrivait aux nonces de France, d'Espagne et d'Allemagne pour leur demander si, dans les royaumes où ils représentaient l'autorité du Saint Père, il existait des collèges dans le genre de celui qu'il venait de fonder. Il serait très heureux, dans ce cas, de connaître, avec des détails précis et étendus, ce qui se pratique dans ces établissements; il demande une copie de leurs constitutions et de leurs règlements. Cette sollicitude, ce désir de savoir comment on fait ailleurs, n'indiquent-ils pas un homme préoccupé surtout de bien faire et d'obtenir les meilleurs résultats?

Pour le peuple, il a créé, ou plutôt il a mis en honneur et généralisé l'admirable institution de la Doctrine Chrétienne; nous n'avons pas à y revenir. M. l'abbé Louis Vitali, dans son remarquable ouvrage Beneficenza in Milano, croit que l'on peut considérer saint Charles comme le premier fondateur des Écoles nocturnes pour les ouvriers. Saint Charles Borromée voyant, dit-il, combien l'instruction bien réglée du peuple pouvait aider au développement de la moralité publique, voulait que les jeunes artisans, occupés toute la semaine à leurs travaux et qui ne pouvaient recevoir aucune instruction, pussent au moins en recevoir un peu, les jours de fête, après les écoles de la doctrine chrétienne. On peut bien dire que cette pensée du saint archevêque a fait naître celle de créer les écoles du soir ou nocturnes de charité.