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CHAPITRE QUARANTE SEPTIEME PREDICATION ET ETUDES DE SAINT CHARLES Comment saint Charles surmonta les difficultés qu'il avait à parler en public. - Il fait l'homélie toutes les fois qu'il célèbre la messe pontificale. - Témoignage des contemporains sur sa prédication. - La Silva pastoralis. - Manuscrits des sermons du saint. - Son traité de la prédication. - Il fait composer un traité de Rhétorique. - Ses relations avec le père Louis de Grenade. - Son amour de l'étude. Comment il travaillait. - Les petits bulletins avec les notes du saint. - Etendue de sa science. - Sa bibliothèque. - Il contribue à la fondation des archives à Rome et à Milan. - Nomenclature des maisons d'éducation qu'il a fondées. - Son désir de les voir suivre les meilleures méthodes d'éducation.
Ne pouvant nous rendre compte, que d'une manière fort imparfaite,
de son genre de prédication, il faut entendre les contemporains
l'apprécier et redire leur sentiment. Un témoin du procès
de sa canonisation s'exprime de cette sorte: «J'ai assisté plusieurs
fois aux prédications de Borromée, au Dôme, à l'occasion
des messes pontificales, auxquelles assistaient le gouverneur et les
magistrats, et aussi à celles qu'il fit dans d'autres églises
de la ville: elles faisaient beaucoup de bien parce qu'elles tendaient
toutes à détruire les péchés, à corriger
les erreurs, à supprimer les abus, à exciter et à porter
les âmes à la piété et à l'amour de
Dieu. » Cette oeuvre ne fut pas complètement perdue; un des premiers disciples de saint Charles, dans la congrégation des Oblats, Gabriel Maggi, a transcrit et réuni dans un seul volume tous ces textes, sous le titre même que le saint archevêque se proposait de lui donner. Ce précieux manuscrit appartient au marquis Trivulzi dans la bibliothèque duquel nous l'avons vu. Il forme un volume de 75 pages in-4°. Possevin raconte également que l'archevêque de Milan avait une si grande dévotion à la passion de Notre-Seigneur qu'il avait fait une étude spéciale sur ce grand sujet; il l'avait divisée en nombreux chapitres: des causes, des effets, des fruits et autres titres semblables sous lesquels il avait développé de très nombreux types, figures et prophéties tirés de l'Écriture sainte. Il avait formé le dessein de ne plus jamais prêcher, sans consacrer la seconde partie de son discours aux souvenirs de la passion du Fils de Dieu. Cette révélation ne saurait nous étonner: la passion du Sauveur était le sujet le plus fréquent de ses méditations ; mieux que tout autre il savait combien ce sujet est puissant et efficace pour toucher et adoucir les coeurs les plus rebelles à la grâce. La Bibliothèque ambrosienne de Milan ne possède pas moins
de huit volumes manuscrits de sermons ou plans de sermons, composés
et écrits en majeure partie de la main du saint. Presque tous
sont en latin, quelques-uns seulement sont en langue italienne. Nous
en avons parcouru un assez grand nombre avec une émotion facile à comprendre.
Nous faisons des voeux pour qu'on imprime un jour tous ces plans de sermons
tels qu'ils sont, ils pourraient devenir pour les prédicateurs
une mine aussi féconde qu'utile. Quelques-uns des sermons et des
homélies du saint ont été publiés, à différentes époques;
mais une nouvelle édition plus complète et plus exacte
serait très désirable et nous faisons appel aux prêtres,
si distingués et si zélés pour la gloire de saint
Charles, qui composent le personnel de la Bibliothèque ambrosienne. Dans une instruction adressée à son clergé, le
saint archevêque a traité ex professo, ce grand sujet de
la prédication. C'est un travail très remarquable: on n'a
jamais rien écrit de plus parfait, ni de plus complet. Le saint
s'y révèle lui-même tout entier, c'est la peinture
de son âme et, à ce titre nous ne pouvons nous dispenser
d'en faire une analyse un peu développée. Quelles doivent être les qualités des prédicateurs?
II pose tout d'abord ce principe: Celui qui entreprend la charge de prêcher
doit avant tout se persuader que, s'il ne vit lui-même conformément
aux lois de l'Évangile qu'il prêche, il ne peut faire une
grande impression dans l'âme de ses auditeurs. Dans l'arche de
l'ancien testament, il y avait deux chérubins placés de
telle façon qu'ils se regardaient toujours mutuellement. Ainsi
la vie du prédicateur doit correspondre à la doctrine qu'il
annonce, placée vis-à-vis de lui de telle sorte que la
doctrine éclaire la vie, et que la vie corrobore la doctrine:
elles se prêtent ainsi perpétuellement des forces l'une à l'autre.
Il entre ensuite dans le détail des vertus nécessaires
au prédicateur et il appuie son dire sur les textes mêmes
des pères de l'Église. Avant chaque sermon, il devra purifier sa conscience par la réception du sacrement de pénitence, prier, étudier ce qu'il devra dire; quand il sera fixé et aura bien déterminé les divers points de son discours, il devra méditer de manière à exciter en lui-même l'ardeur et le zèle qu'il veut communiquer aux autres. Mais la nuit surtout qui précède le sermon, il se livrera à la préparation immédiate d'une prière ardente; il demandera à Dieu, l'auteur de toute sagesse et de toutes les saintes vertus, l'inspiration dont il a besoin; et, pour ses auditeurs, les meilleures dispositions d'esprit et de coeur, afin qu'ils puissent profiter des dons de Dieu. Notre époque, dit-il, ne manque pas d'hommes qui ont l'habitude de solliciter ces grâces non seulement avec larmes, mais encore en se donnant la discipline. En chaire, le prédicateur devra élever brièvement
son coeur vers Dieu par une prière silencieuse, afin d'obtenir
que son discours soit vrai, pur, utile à tous, à l'orateur
comme à ceux qui l'écoutent. Il s'efforcera donc de repousser
tout ce qui dans son esprit pourrait nourrir l'amour propre et la vaine
gloire. Il recommande l'ancienne et pieuse pratique de réciter
l'Ave Maria, à genoux, lentement et pieusement. En parlant, enfin,
le prédicateur ne doit pas perdre de vue l'exemple de Jésus-Christ
son juge, dont il a l'image sous les yeux, sur la muraille en face. Où doit-on prendre les sujets de prédication? Dans les
passages des Évangiles ou des Épîtres lus à la
messe du jour. Il faut proposer souvent à l'attention des fidèles
les demandes spéciales que l'Église adresse à Dieu
dans l'office même de la fête ou du jour. L'explication de
la messe, des principaux mystères dont on célèbre
les anniversaires, les différentes saisons liturgiques, la vie
du saint dont on fait la fête, de temps en temps l'explication
du symbole, de l'oraison dominicale, de la salutation angélique,
des commandements de Dieu, des sacrements : voilà autant de sujets
qu'il sera bon de traiter et de développer devant les fidèles. Il termine enfin, en traitant ce qui regarde la forme elle-même de la prédication, si importante au point de vue de l'effet à produire et de l'éloquence. Le geste, la voix sont l'objet des observations les plus judicieuses et les plus pratiques. Ces conseils généraux ne suffirent pas au saint archevêque, il songea à fournir à son clergé, toutes les facilités pour les mettre à exécution. Il traça lui-même le plan d'une nouvelle méthode de rhétorique pour les jeunes ecclésiastiques. L'exécution de ce travail fut confiée à l'évêque de Vérone, Augustin Valerio, qui, après avoir achevé son traité, l'adressa au cardinal, en lui écrivant: «Votre rhétorique revient à vous, comme une fille à son père. Ne vous étonnez pas si je vous appelle son père; car c'est vous qui l'avez conçue et estimée nécessaire à vos jeunes clercs. Je ne vous ai servi que d'instrument pour la mettre au jour. » Mais aux préceptes, il désirait joindre des modèles. Il y avait alors en Espagne, un vénérable religieux de l'ordre de Saint-Dominique dont la vertu égalait la science. Il avait surtout cette science des âmes qui fait les saints et ses exemples ajoutaient une grande efficacité aux sages et solides conseils qu'il consignait dans son Guide des Pécheurs. Louis de Grenade avait sans doute entendu parler du cardinal Borromée par son confrère et ami le vénérable Barthélemy des Martyrs; saint Charles avait connu surtout le religieux par ses oeuvres: ces deux âmes, si bien faites pour se comprendre, n'avaient pas tardé à entrer en relations. L'archevêque de Milan goûtait plus que personne les oeuvres
de Louis de Grenade. Ayant appris qu'il se proposait de publier un traité de
Rhétorique, en latin, il écrit qu'on le lui envoie dès
qu'il sera imprimé. « Je l'attends avec impatience, dit-il,
bien convaincu que cette oeuvre sera digne, par la piété et
la science, de toutes celles qui sont déjà sorties de sa
plume. » Il fait traduire ses sermons et les envoie à son
clergé, en l'exhortant à s'inspirer de ces éloquentes
pages. Il en est si content qu'il sollicite le père d'en faire
de nouveaux pour expliquer les cérémonies et les rites
de l'Église. L'humble religieux lui répond qu'il a satisfait
en partie à ce désir dans ses autres sermons. «Si
cependant, ajoute-t-il, Votre Seigneurie demandait de moi quelque chose
de plus, qu'elle me l'explique et quoique au déclin de ma soixante-dixième
année, je ne puisse me promettre un lendemain, néanmoins
je suis disposé à faire tout ce que me permettra mon infirmité.» Il
lui annonce l'envoi de toutes ses oeuvres imprimées; il prie le
saint de l'excuser, s'il s'est servi pour lui écrire d'une main étrangère;
la faiblesse de ses yeux ne lui permet plus de le faire lui-même. Le saint père acquiesça au désir du cardinal Borromée: «Sa
Sainteté, lui écrit Mgr Speciano, ignorait les travaux
de ce bon père. Toutefois, sur votre témoignage, elle a
donné ordre de faire le bref, selon vos désirs, et je fus
moi-même chargé de le transmettre au cardinal de Côme. » L'archevêque
de Milan avait pour son ami une autre ambition. Le père, Bescapé assure
qu'il eût voulu le faire nommer cardinal ; mais on ne put triompher
de l'humilité du pieux Dominicain. Nous voulons faire connaître la méthode qu'il employait pour ses études, les détails les plus précis nous sont encore fournis sur ce point par ses contemporains ou par les compagnons de ses travaux. « C'était une merveille, dit Possevin, de voir sa grande énergie pour l'étude: il étudiait debout, sans jamais s'asseoir, dans une très petite chambre où la chaleur était insupportable en été et le froid très vif en hiver. II étudiait à genoux la sainte Bible. Sa méthode d'étudier était très fructueuse bien que très ennuyeuse pour celui qui travaillait en sa compagnie. II recueillait, en effet, de tout ce qu'il lisait avec son compagnon, et d'ordinaire c'était moi, certains passages qu'on transcrivait sur de petits bulletins ou polizzini, sous des titres généraux, parmi lesquels il faisait ensuite un choix au commencement de l'année, puis, les mettant en ordre, il les faisait copier et insérer dans un livre par ordre alphabétique. Nous étions quelquefois une grande heure pour tirer d'une feuille de papier in-8° quelques pensées et les écrire sous des titres différents, afin de pouvoir s'en servir en temps et lieux. II avait l'habitude de me dire souvent que c'était la vraie méthode d'étudier, c'est-à-dire, qu'il ne faut pas se préoccuper de lire beaucoup, mais peu, afin de s'en pénétrer et de le digérer. » II est facile de constater la véracité du récit
de Possevin. Nous avons vu et touché de nos mains sept petits
paquets de ces bulletins, écrits en majeure partie de la main
de saint Charles. Ils contiennent des versets de la sainte Bible, des
phrases ou des pensées extraites des saints Pères. Le marquis
Trivulzi est l'heureux possesseur de ces précieuses reliques.
Cinq paquets sont enfermés dans de petits étuis en bois
dont la forme ressemble à celle d'un livre; deux autres sont séparés
et liés ensemble. Ils sont tous dans le même état,
divisés de la même manière qu'au temps du saint;
on a seulement renouvelé la ficelle, qui réunissait deux
de ces petits paquets. Les bulletins dont l'écriture n'accuse
pas la main du saint archevêque, ont été sans doute
remplis par Possevin. Il ne perdait pas une minute, dit un autre, il lisait quand on lui faisait la barbe. Lorsque le cardinal Paleotti vint à son concile provincial, en 1582, il résolut d'aller à sa rencontre, en compagnie des évêques présents à Milan. Il était déjà à deux milles, hors des portes, quand on vint lui dire que l'archevêque de Bologne n'était encore qu'à Marignan. Il ordonna de s'arrêter devant la maison d'un villageois, il fit apporter des sièges et il continua avec les évêques l'entretien et l'étude des matières commencées dans la congrégation du matin. Après le dîner, il déclara qu'il ne voulait jamais perdre de temps, même quand il était en route. Aussi sa science était profonde et très étendue. Dans toutes les affaires litigieuses relatives à sa juridiction, soit vis-à-vis du pouvoir civil, soit vis-à-vis des chapitres ou des religieux, il fit preuve d'une vaste et solide érudition. A l'appui de son opinion, il apportait toujours l'autorité d'un concile, les textes des auteurs, canonistes ou théologiens, avec une précision et un à propos fort remarquables ; il savait en tirer les conséquences, avec une logique dont la force et la sincérité frappaient et persuadaient même ses adversaires. Grégoire XIII, ayant pu apprécier son savoir, voulut qu'il fît partie de la commission nommée par saint Pie V, dans le but de préparer l'édition du Corpus Juris Canonici. Si l'on veut juger un homme; on peut, presque toujours, sans crainte
de se tromper, étudier le catalogue de sa bibliothèque
: on y verra la frivolité ou le sérieux de ses pensées,
on pourra présumer ses goûts, ses pensées habituelles.
L'archevêque de Milan a légué sa bibliothèque à son
chapitre; mais nous avons pu parcourir le catalogue manuscrit qu'il en
avait fait dresser; il est à la bibliothèque ambrosienne.
A côté d'une grande quantité de livres imprimés,
il possédait plus de cinq cents manuscrits d'une grande valeur
qui faisaient de sa bibliothèque, dit M. Charles Canetta, l'une
des plus riches et des plus précieuses de l'Italie. Ce qui la
rendait encore plus précieuse, c'est qu'un grand nombre de livres étaient
annotés de la main même du saint cardinal. II avait soixante-neuf volumes traitant des matières liturgiques ; on y voit aussi les actes des conciles oecuméniques. Le fond de sa bibliothèque était évidemment tout ecclésiastique et religieux ; néanmoins, il ne dédaignait pas les auteurs païens. A côté des principaux philosophes de l'antiquité, parmi lesquels Aristote brillait au premier rang par quinze volumes, on voit les historiens grecs et latins les plus célèbres. Les poètes latins occupent une place importante. Ovide a quinze éditions et Virgile six. On est un peu étonné de trouver dans la bibliothèque d'un homme qui faisait si peu de cas de sa propre santé quatre-vingt-seize volumes traitant de l'art médical. En somme cette bibliothèque était celle d'un esprit sérieux, d'un littérateur délicat, d'un bibliophile distingué ; il n'y avait admis aucun ouvrage vulgaire, ni médiocre. Saint Charles aimait l'étude et la science; mais les savants peuvent lui rendre des actions de grâce parce qu'il a contribué puissamment à réunir des documents importants, dont ils profitent encore aujourd'hui pour écrire l'histoire. Les Archives secrètes du Vatican lui doivent sinon leur existence, du moins leur mise en ordre et tous les documents les plus importants qui concernent le concile de Trente. Cela ressort avec évidence de la lettre suivante qu'il adressa à Mgr Ormanetto, le 25 janvier 1570 : « La pensée de Notre Seigneur de mettre en ordre toutes les lettres et toutes les autres écritures qui concernent le siège apostolique, ainsi que les affaires publiques des pontificats passés, me plait extrêmement. Sa Béatitude peut se rappeler à ce sujet ce que je lui ai dit, à mon départ de Rome : tous les papiers relatifs aux affaires publiques de mon temps que j'ai traitées, comme neveu du pape, lettres et autres écritures, j'ai conservé tout cela avec beaucoup de soin; je les ai laissés à Rome, sous bonne garde, pour en faire ce que le pape ordonnerait dans la suite. Si j'ai manifesté à Sa Béatitude le désir qu'on ne les enlevât pas de mes mains, avant que Notre Seigneur ait réalisé le dessein qu'il avait de les recueillir dans des archives perpétuelles, c'était uniquement dans la crainte, si l'entreprise échouait, de voir tous ces documents tomber entre les mains de personnes curieuses ou ayant des fins bien diverses de celles de Notre Seigneur : ce qui, du reste, ne leur eût été d'aucune utilité. Mais il y a dans ces papiers beaucoup de choses qu'il ne serait pas à propos de faire connaitre, à cause de l'importance des négociations et des affaires qui eurent lieu, sous ce pontificat, surtout à l'époque du concile de Trente. En quittant Rome, je les laissai en bonne garde. Je suis toujours dans les mêmes sentiments et vous pourrez dire à Sa Sainteté que tous ces documents sont à sa disposition; je charge Carniglia de les lui remettre, dès qu'elle les demandera.» Si le cardinal était si soucieux des intérêts du Saint Siège et de la conservation de ses actes, il ne le fût pas moins de ceux de sa propre Église. Il fonda les Archives de son archevêché. Le premier fonds de cette importante création se composa d'abord des actes, dressés dans le cours de ses visites pastorales dans les paroisses de son diocèse et dans celles des diocèses voisins. On les appelait archives spirituelles parce qu'elles étaient destinées principalement à la conservation des actes qui regardent le gouvernement spirituel des diocèses. Mais sa sollicitude ne se borna pas à ce seul point. Dans une lettre adressée, le 25 novembre 1573, à Mgr Castelli, son vicaire, qui se trouvait à Rome, il parla du dessein de réunir dans les Archives diocésaines tous les écrits relatifs à son Eglise. Plusieurs sont entre les mains de particuliers qui n'ont aucun droit à leur possession, il voudrait les reprendre : mais quelques-uns, il nomme un certain Chiocca, refusent de les restituer. La chose lui parait assez grave pour que le saint Père ordonne cette restitution, sous peine d'excommunication contre les récalcitrants. « Il faut, dit-il, prévenir les graves inconvénients qui peuvent résulter de ces abus et empêcher les magistrats civils ou autres personnes, d'emporter chez eux les écrits et les actes officiels qu'ils peuvent garder, détruire, altérer, au préjudice des droits et des intérêts ecclésiastiques, comme ils on fait, quand j'étais à Rome. » En conséquence, il prie Mgr Castelli d'agir dans ce sens auprès du Saint Père. Ces archives générales et diocésaines ne lui paraissent pas suffisantes, il en crée de particulières dans chaque paroisse principale, nous dirions aujourd'hui dans chaque doyenné, qui devront recevoir tous les écrits intéressant les paroisses comprises dans tout le district. La création de ces archives fait l'objet d'une instruction spéciale adressée aux visiteurs de son diocèse ; il y prend toutes les mesures pour qu'aucun document important ne s'égare et les historiens peuvent bénir le nom de cet archevêque si leurs recherches, sur des temps si éloignés, sont aujourd'hui si fructueuses et s'ils peuvent les appuyer sur des documents authentiques. Et cependant, de nos jours, un écrivain milanais n'a pas eu honte de nous représenter S. Charles comme un homme ennemi des grandeurs et des gloires de son pays, désireux même d'en effacer le souvenir parmi le peuple! Les gloires de son Église, ce sont celles de tout son peuple
et de l'État lui-même; nous savons combien il en était
jaloux. Nous en fournirons une nouvelle preuve. Mgr Fontana entreprend,
par ses ordres, une histoire des archevêques de Milan. Le saint
veut que pendant son séjour à Rome, l'historien de son Église
cherche tous les documents qu'il pourra réunir à la bibliothèque
du Vatican et près du cardinal Sirletti. Il l'avertit toutefois
qu'il devra terminer son travail à Milan, sous ses yeux; car à Rome
on ne peut connaître toutes les circonstances et tous les faits
relatifs à l'histoire particulière d'une Église. Le père Panigarola n'avait-il pas raison de s'écrier dans son panégyrique: «Rien que sous le rapport des lettres et de ses études, le cardinal Borromée mérite des louanges suprêmes. Et comment un homme si lettré, n'eût-il pas été lui-même l'ami des hommes lettrés? Qui les a jamais plus favorisés? Qui les a accueillis avec plus de bienveillance? Outre les séminaires, les collèges, à Pavie et ici, on ne saurait dire tout ce qu'il a fait uniquement en faveur des lettrés... Les livres qu'il a lui-même composés et qui, maintenant que sa modestie n'est plus là pour les cacher, verront, je l'espère, le jour: comme je les ai vus moi-même, le monde entier les pourra voir et l'on connaîtra comment dans ces livres sa science et sa vertu marchent de pair... » Les procès de canonisation nous initient à tout ce qu'il
a fait pour l'instruction de la jeunesse. Nous donnerons ici la simple
nomenclature des établissements qu'il a fondés; elle est
par elle-même très éloquente. Le cardinal Borromée,
pendant les dix-sept années de sa résidence à Milan,
de 1567 à 1584, a créé 1° le collège
de Pavie; 2° le collège des Nobles à Milan; 3° le
séminaire de Sainte-Marie alla noce pour 40 clercs; 4° le
séminaire de Sainte-Marie in cellana pour 40 clercs; 5° le
séminaire de Saint-Jean-Baptiste à Milan pour 150 clercs.
Le séminaire de Milan a été construit sur les dessins
de Joseph Meda. C'est un vaste édifice carré, avec un magnifique
cloitre à l'intérieur aux belles colonnes de granit; le
portail principal dessiné par Richini est orné de deux énormes
cariatides représentant la foi et la religion. C'est une des plus
belles oeuvres de l'architecture moderne; 6° le séminaire
de la Canonica, à Milan, pour 60 clercs; 7° le collège
suisse, à Milan; 8° le collège des Théatins
et 9° enfin cette splendide université de Bréra qu'il
confia aux pères de la Compagnie de Jésus. Pour le peuple, il a créé, ou plutôt il a mis en
honneur et généralisé l'admirable institution de
la Doctrine Chrétienne; nous n'avons pas à y revenir. M.
l'abbé Louis Vitali, dans son remarquable ouvrage Beneficenza
in Milano, croit que l'on peut considérer saint Charles comme
le premier fondateur des Écoles nocturnes pour les ouvriers. Saint
Charles Borromée voyant, dit-il, combien l'instruction bien réglée
du peuple pouvait aider au développement de la moralité publique,
voulait que les jeunes artisans, occupés toute la semaine à leurs
travaux et qui ne pouvaient recevoir aucune instruction, pussent au moins
en recevoir un peu, les jours de fête, après les écoles
de la doctrine chrétienne. On peut bien dire que cette pensée
du saint archevêque a fait naître celle de créer les écoles
du soir ou nocturnes de charité.
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