Vie de Saint Charles Borromée
 
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CHAPITRE CINQUANTIEME

CANONISATION ET CULTE DE SAINT CHARLES

Eloge de saint Charles prononcé par Grégoire XIII. - Par le cardinal Sirletti. - Regrets de l'Europe entière. - Les Décurions de Milan. - Vénération et amour du peuple. - Le testament du saint. - Le gilet miraculeux. - Apparition du saint. - Les Milanais célèbrent l'anniversaire de sa mort comme une fête. - Décision de Clément VIII sur la messe anniversaire de Requiem fondée à perpétuité par le cardinal Borromée. - Explosion de la dévotion populaire envers 1'illustre défunt. - Les Oblats demandent l'autorisation de dresser les procès pour la canonisation. - Démarches en ce sens du clergé, de la municipalité de Milan et de plusieurs princes. - Nomination de commissaires apostoliques pour procéder à de nouveaux procès. - Extrait du procès de la visite du corps du saint archevêque. - La canonisation. - Lo Scurolo ou crypte de Saint-Charles. - Sa description. - La châsse dans laquelle repose le corps du saint. - Conclusion.


La nouvelle de la mort du cardinal Borromée ne produisit pas à Milan seulement, sa ville épiscopale, une vive et douloureuse émotion: à Rome, où l'on avait été si souvent témoin de ses héroïques vertus, la douleur fut générale. Grégoire XIII, en apprenant cet événement, s'écria avec un profond accent de tristesse: «Une grande lumière s'est éteinte en Israël! » et dans un consistoire, au milieu de tous les cardinaux, qui applaudirent à cet éloge, il dit: «Le cardinal Borromée fut le plus grand honneur du sacré collège. »


Le cardinal Sirletti se fit l'interprète de tous ses collègues, et il traça du pieux archevêque de Milan un portrait aussi vrai qu'éloquent. «Charles Borromée, dit-il, était emprisonné dans un corps, mais son âme était dans le ciel: il n'y avait en lui que l'apparence seule de la chair. Homme par la forme extérieure, ange par la grâce, modèle de vertu chrétienne, miroir de l'autorité épiscopale, honneur du cardinalat, il fut un rempart puissant contre les impies. Ornement le plus brillant de l'Église, il en fut le sel, la lumière et comme la forteresse placée sur la montagne de Sion! Il fut cette lumière ardente dont parle l'Évangile... Il brilla par sa foi, sa science, par toute sa vie et tout son gouvernement: sa foi fut celle d'un martyr - ce n'est pas lui qui manqua au martyre; mais ce fut le martyre qui lui manqua; - sa science fut celle d'un docteur, sa vie celle d'un confesseur et son gouvernement celui d'un vrai pasteur. Il eut l'innocence d'Abel, la probité de Noë, la foi d'Abraham, l'obéissance d'Isaac, l'activité de Jacob, la chasteté de Joseph, la charité de Moïse, l'humilité de David, le zèle d'Elie... L'esprit de Dieu fortifia tellement son âme qu'il la rendit invincible et invulnérable... et, en se présentant devant Dieu, il a pu dire comme le fidèle serviteur : Seigneur, vous m'aviez donné cinq talents et voici que j'en ai gagné cinq autres. »

Philippe II, roi d'Espagne; témoigna une si grande vénération pour l'illustre mort, qu'il voulut avoir son portrait dans sa chambre, espérant ainsi consoler sa douleur et mériter l'assistance de cet ami de Dieu.


Ce deuil fut ressenti par toute l'Europe et par toutes les cours où le saint comptait de nombreux admirateurs de sa vertu.

A Milan, la mort, loin de diminuer la vénération, l'amour du peuple et des administrateurs de la cité, sembla leur donner un nouvel et plus éclatant essor. Les décurions, dont plusieurs lui avaient fait une opposition aussi coupable que déraisonnable, écrivirent en ces termes à Grégoire XIII : « La mort de notre très zélé archevêque, le cardinal Borromée, nous a causé à tous en général et à chacun en particulier la plus profonde douleur, c'est pour nous la plus grande des pertes. Pendant sa vie, animé pour nous d'un amour qui fut incroyable, il n'a jamais songé qu'à tourner toutes ses pensées, tous ses projets, toutes ses actions et sa vie entière vers ce qui devait nous être le plus utile et nous procurer les plus grands avantages spirituels. Votre Sainteté a pu connaître l'étendue de son zèle et apprécier les travaux continuels, qu'il a entrepris pour nous procurer à nous, à cette ville, à ce diocèse, à toute la province les fruits de salut les plus abondants. Privés d'un pasteur aussi grand, dans notre deuil partagé par tous, sous le coup de cette calamité publique, nous nous prosternons aux pieds de Votre Sainteté, nous la prions, comme un père, de nous consoler de nos tristesses, et de nous entourer d'une affection toute particulière, comme le réclame un tel malheur.»


Le peuple, manifestait publiquement par des actes sa vénération et son amour. Il entourait continuellement la tombe de son archevêque, il implorait hautement son assistance, dans ses afflictions, et il recourait à sa puissante intercession auprès de Dieu, dans ses maladies. Des guérisons merveilleuses, des grâces extraordinaires, obtenues chaque jour, rendaient encore le concours plus nombreux et plus continuel.

La publication du testament du grand archevêque était de nature à accroître les regrets, à renouveler toutes les douleurs. Le cardinal avait fait son testament, le 9 novembre 1576, au moment où la peste commençait à sévir dans la ville. Il léguait tous ses vases sacrés et tous ses ornements pontificaux à la cathédrale de Milan; à l'autel de la crypte, dite scurolo, qu'il avait fait construire il donnait toutes les reliques dont il ne disposait pas dans son testament. Le chapitre héritait de sa riche bibliothèque. Ce qu'il avait reçu, comme patrimoine de ses ancêtres, il le laissait à ses oncles et à ses cousins, à la condition qu'ils accompliraient toujours fidèlement les dispositions testamentaires de la famille, et avec la charge d'acquitter plusieurs legs qu'il faisait à ses serviteurs. L'hôpital majeur était établi légataire universel de tout le reste. Avec une attention délicate, telle qu'une vraie amitié sait seule en avoir, il avait laissé un souvenir à tous ceux dont il avait reçu quelque service ou qui avaient vécu sous son toit. Mgr Bonomi, évêque de Verceil, hérita de ses sermons et de ses manuscrits; ils sont rentrés plus tard dans la bibliothèque ambrosienne, par le soin du cardinal Frédéric Borromée qui les paya un grand prix.


Tout ce que le saint possédait et tous les vêtements qui avaient été à son usage furent remis aux administrateurs de l'hôpital majeur. Dans le nombre, beaucoup de ces vêtements ressemblaient à des haillons plutôt qu'aux habits d'un prince de l'Église. Et cependant cette défroque fut payée plus que son poids d'or, l'hôpital en tira des ressources aussi considérables qu'inespérées. On se disputait tout ce qui lui avait appartenu. Deux gilets cependant étaient dans un si misérable état qu'on n'osa pas les mettre en vente, des deux on essaya d'en faire un qui fut à peine passable; mais il acquit bientôt un prix que toutes les richesses de la terre n'auraient pu payer. Il devint comme un remède à tous les maux : les malades qui le revêtaient étaient presque tous et à l'instant guéris de leurs infirmités.

Le saint cardinal, peu de temps après sa mort, apparut tout couvert de gloire à plusieurs personnes, pendant leur sommeil. Nous avons déjà raconté son apparition au père Adorno, son confesseur. Il se fit voir aussi à plusieurs reprises à l'un des prêtres qui faisait partie de sa famille et qui ne pouvait se consoler de sa mort. Il vint le trouver, le visage resplendissant, il lui dit de ne plus pleurer, le Seigneur ayant admirablement agi avec lui, en lui donnant la joie du ciel.


Nous n'avons pas l'intention de raconter les miracles qui s'opérèrent autour du saint tombeau, ce récit nous entraînerait trop loin. Nous constaterons seulement que les Milanais, reconnaissants des bienfaits dont le saint les comblait du haut du ciel, célébrèrent l'anniversaire de sa mort comme s'il était déjà canonisé. Ils en firent une fête à laquelle ils se préparèrent par la vigile et, le jour même, ils s'abstinrent de tout travail; beaucoup même, dans le secret de la famille, ajoutaient son nom aux litanies de tous les saints. Cette dévotion d'abord toute privée, devint bientôt universelle et, dès l'an 1601, le cardinal Barronius, confesseur de Clément VIII, écrivait à Milan qu'il ne fallait plus désormais célébrer par une messe de Requiem l'anniversaire fondé par le cardinal Borromée, à perpétuité, dans l'église de l'hôpital majeur; qu'il faudrait désormais chanter la messe solennelle du jour.

Les dames de Milan, les écoles de la Doctrine chrétienne avaient adopté une manière d'honorer, sous forme de suffrages pour le repos de son âme, la mémoire du saint cardinal par une pratique de dévotion qu'il avait souvent recommandée pendant sa vie, la visite des sept églises. Elles la faisaient processionnellement, marchant à la suite d'une croix à laquelle on suspendait le portrait de l'archevêque. Cet usage s'établit promptement d'une manière si sérieuse que, pendant deux siècles, les Milanais n'y manquèrent jamais, tous les ans, le dimanche qui suivait le 4 novembre; il fut supprimé par Joseph II. Ce fait à lui seul est une réelle attestation frappante de l'heureuse influence du saint sur toute la population milanaise.

La décision de Clément VIII accrut le nombre et la solennité des hommages rendus au cardinal: au jour de sa mort, on multiplia tellement les décorations, on fit des processions si solennelles à son tombeau que Frédéric Borromée, dès la première année de son pontificat, se crut obligé de s'opposer à ces manifestations. Le cardinal n'étant point encore canonisé, il les trouvait inopportunes et inconvenantes. Ses efforts furent inutiles, ils échouèrent devant le sentiment populaire et universel. L'archevêque cessa alors toute opposition. Que faire, en présence d'une population entière, composée de plusieurs centaines de mille hommes qui, spontanément, sans excitation d'aucune sorte, parfaitement d'accord entre eux, se levaient pour aller prier sur la tombe de leur bienfaiteur et de leur ami? Pour mieux témoigner sa reconnaissance et ses pieux sentiments, elle s'abstenait de tout travail, s'approchait des sacrements, remplissait les églises, ornait ses maisons et les places publiques de tapisseries, plaçait de tous côtés le portrait du défunt, lui rendait des honneurs de toutes sortes ; la nuit venue, elle illuminait ses maisons pour affirmer d'une manière plus sensible encore sa vénération et son amour. De son vivant, S. Charles avait puni d'une forte amende un curé qui pour l'honorer, au jour de la visite pastorale, avait placé son portrait à la façade extérieure de l'église, et maintenant cette image se voyait dans toutes les maisons de Milan et du diocèse: partout elle était devenue l'objet d'un véritable culte. Le comte George Trivulzi fit le premier sculpter son buste, en beau marbre de Paros, et la comtesse voulut qu'on fit constamment brûler une lampe devant cette chère image.


Le nom de Charles Borromée franchit les frontières de sa province; on l'invoqua ailleurs, et partout des prodiges firent éclater sa vertu. Les Oblats pouvaient se considérer avec raison comme ses enfants privilégiés, et à ce titre le soin de sa mémoire leur appartenait d'une manière toute particulière; ils étaient les gardiens naturels de la gloire de leur père. Ils commencèrent à recueillir tous les faits que la renommée leur apportait; ils demandèrent qu'on fit un procès juridique sur tous ceux dont l'éclat et l'autorité semblaient plus grands, dont la réalité n'admettait pas le doute. Ils s'adressèrent dans ce but, le 26 février 1601, à Barthélemy de Giorgi, vicaire de l'archevêque Frédéric Borromée. Celui-ci accueillit favorablement cette demande, il fit nommer une commission de théologiens, de canonistes dont la science et le jugement étaient généralement très appréciés.

Pendant que ce procès se poursuivait à Milan, on en faisait d'autres à Pavie, à Crémone, à Plaisance, à Pise, à Bologne, où des miracles s'étaient opérés par l'intercession du cardinal : chaque jour la renommée de sa sainteté grandissait et se généralisait. La foule venait toujours visiter le saint tombeau ; elle l'entourait de lampes, de tableaux, de statuettes, de coeurs d'argent et d'ex-voto de tout genre. La ville elle-même, s'étonnait de voir ce concours de gens qui accouraient, de tous côtés, dirigés par une seule et même pensée, celle d'honorer le saint archevêque de Milan: tout cela n'était-il pas de nature à faire avancer l'heure de la canonisation?


Ce fut du moins le sentiment de son cousin et successeur sur le siège de Milan, le cardinal Frédéric Borromée. Au mois de mai 1602, tout le clergé du diocèse, réuni en synode, nomma du consentement du prélat, six procureurs auxquels il confia la mission d'amener cette cause à une prompte et bonne fin. Ceux-ci envoyèrent trois délégués à Rome pour demander à Clément VIII la canonisation de Charles. Ce furent Octavien Abbiate de Forreris, archiprêtre de la cathédrale, Jean Pierre Barchi, chanoine de Saint-Ambroise et Jérôme Settala, archiprêtre de Monza.


La ville de Milan ne voulut point rester en dehors de ce mouvement, la municipalité envoya également à Rome trois de ses membres chargés de la même mission auprès du pape: ce furent Jean-Baptiste Castiglioni et les comte Octavien Visconti et Jean-Baptiste Serbelloni.


Ces ambassadeurs arrivèrent à Rome au mois de janvier 1604: ils avaient une suite nombreuse, digne de leur noblesse personnelle, de la cause qu'ils venaient plaider et de la cité qui les députait. Les envoyés de la municipalité furent reçus, en consistoire secret, le 4 février; ceux du clergé, trois jours après, paraissaient devant le saint père, en audience privée, à laquelle assistèrent les trois cardinaux milanais qui faisaient partie du sacré collège, Paul Camille Sfrondate, Flaminius Piatti et Alphonse Visconti.


A cette première démarche vinrent presque aussitôt s'ajouter celles du roi d'Espagne, Philippe III, de Charles-Emmanuel duc de Savoie, de Ranuccio Farnèse de Parme et de tous les cantons catholiques de la Suisse. La fabrique de la cathédrale de Milan, la congrégation des Oblats joignirent leurs instances à toutes celles faites précédemment et, pour donner plus d'appui à leur demande, le général des Oblats, Marc-Aurèle Grattarola, déposa aux pieds du saint père les actes des procès faits en vertu de la délégation de l'ordinaire de Milan, sur la vie, les actions et les miracles du cardinal Borromée.


Le souverain pontife accueillit favorablement cette requête; la cause fut aussitôt remise à la congrégation des Rites qui, après l'avoir examinée en référa aux auditeurs de Rote: il leur appartenait selon les règles du droit, à cette époque, de procéder à cette affaire. Les procès faits à Milan ne suffisaient pas, les auditeurs de Rote firent remarquer que le saint siège n'avait point l'habitude de se prononcer sur des pièces qui n'avaient été ni faites, ni réunies par des juges nommés expressément par lui à cet effet. Il fallut recommencer de nouveaux procès et les évêques de Côme et de Plaisance, Philippe Archinti et Claude Rangone furent désignés comme commissaires pontificaux.


De nouveaux sujets de retard se présentèrent encore: Clément VIII mourait en 1605; son successeur, Léon XI, n'occupa la chaire de Saint Pierre que vingt-six jours. Ces successions pontificales amenèrent des changements dans les auditeurs de Rote délégués à cet effet et la mort elle-même vint aussi interrompre les travaux de quelques-uns d'entre eux.


Ce ne fut que sous Paul V, en 1606, que les procès apostoliques purent se continuer. Nous n'entrerons pas dans le détail de ces procès, il suffira de relater que trois cents témoins furent entendus. Toutefois nous croyons qu'on lira avec intérêt quelques extraits du procès verbal de la visite que les commissaires apostoliques firent du corps du saint archevêque de Milan.


Le 4 mars 1606, en compagnie de deux notaires, ils quittèrent la salle ordinaire de leurs réunions et pénétrèrent dans l'église métropolitaine. Là, ils trouvèrent au bas des degrés du choeur une enceinte, ayant dix brasses de longueur sur environ dix de largeur, entourée d'une grille en bois argenté. Tout autour étaient placés des torches et des cierges allumés; un grand nombre de personnes de tout sexe agenouillées y priaient avec beaucoup de ferveur. C'était l'endroit où fut enseveli le cardinal Borromée. Ils firent ouvrir cette enceinte : au milieu, une grille de fer, enrichie d'ornements de cuivre, recouvrait la pierre sépulcrale. Une étoffe de soie de couleur verte, étendue sur cette grille, était couverte d'une grande quantité de pièces d'or et d'argent, ainsi que d'ex-voto en argent. Les ministres du temple affirmèrent que chaque jour les pieux fidèles déposaient ces offrandes, allumaient des cierges pour témoigner leur reconnaissance et leur confiance envers le saint archevêque de Milan. Les commissaires apostoliques firent enlever cette étoffe et la grille ; ils purent lire l'inscription gravée sur le marbre et que nos lecteurs connaissent déjà.


Un baldaquin en soie, rouge et blanche, auquel on avait suspendu le chapeau cardinalice du saint archevêque, était placé au-dessus de ce sépulcre; quatre lampes, d'un grand prix, y étaient attachées et elles brûlaient sans cesse. L'une d'elles, toute dorée, avait été offerte par le cardinal Spinelli : on y voyait briller les armes de ce cardinal et le portrait de Charles. Une autre, en argent, d'un travail remarquable et très fin, avait été placée là par le duc de Savoie, Charles Emmanuel, en témoignage de sa reconnaissance pour sa guérison miraculeuse qu'il attribuait à la visite du cardinal Borromée.


Le cardinal Frédéric Borromée, archevêque de Milan, était présent à cette visite; il assista également à l'ouverture du tombeau lui-même. Quand les maçons eurent fait une brèche assez grande dans le mur du caveau pour en permettre l'entrée, les commissaires y pénétrèrent aussitôt. Ce caveau avait environ dix pieds de longueur, six de largeur et huit de hauteur: il était très humide et des gouttes d'eau suintaient continuellement de la voûte et tombaient sur le pavé: la voûte elle-même, fendue en deux endroits, menaçait ruine.


Le cercueil du saint était au milieu, élevé sur une grille en fer, à six Pouces environ de terre; on l'ouvrit et, dans cette première caisse en bois, on en trouva une autre en plomb dont la partie supérieure était percée, en plusieurs endroits, et rongée par l'humidité: il fut impossible de lire en entier l'inscription, tracée sur le couvercle, et commençant par ce mot Carolus ; on put très bien lire l'inscription suivante gravée sur une plaque de cuivre, clouée sur la partie supérieure: Carolus S. R. E. presbiter cardinalis lit. sanctae Praxedis et archiepiscopus mediolani  Obiit 3° nonas novembris 1584.


Ce cercueil de plomb ouvert, l'on put voir le corps du cardinal, revêtu de tous ses habits pontificaux: le pallium était suspendu à son cou, la mitre placée à droite de sa tête. Tous les ornements, dans un état de conservation parfaite, mouillés par l'humidité, avaient pris une teinte noirâtre; il en était de même des gants brodés d'or qui recouvraient ses mains et des sandales pontificales qui cachaient ses pieds.


La tête du saint pontife était presque entièrement dépouillée de chair: le nez et les lèvres n'avaient plus aucune forme; toutes les dents, à l'exception de deux, étaient encore à leur place. A l'extrémité du menton seulement, on voyait encore un peu de chair; l'occiput avait conservé sa peau et une partie des cheveux. La tête était encore unie si solidement au cou qu'on n'eût pu l'en séparer sans efforts. On enleva les gants et les mains noires apparurent encore avec la chair et les ongles. Cette chair était ferme et bien conservée. La jambe droite avait gardé une grande partie de la chair, il n'en était pas de même de la gauche qui en était entièrement dépouillée. Les genoux étaient solidement unis au reste du corps.


Cette première visite eut lieu dans la nuit. La nuit suivante les commissaires apostoliques descendirent de nouveau dans le caveau et ils trouvèrent le morceau de soie dont ils avaient recouvert la pieuse dépouille tout mouillé; la châsse elle-même était pleine d'eau, tous les vêtements ressemblaient à de la boue; tant ils étaient noirs et humides. Ce caveau était si étroit qu'on résolut de transporter le corps dans la grande sacristie du midi, afin de procéder à un examen plus minutieux de toutes ses parties. Les ministres, ou clercs-portiers du Dôme, au nombre de douze, furent appelés et ils portèrent sur leurs épaules ce précieux fardeau. On le plaça sur une large table préparée à cet effet; à côté on déposa une urne trouvée à l'angle du sépulcre et qui contenait les entrailles du saint archevêque desséchées et presque consumées. On enleva alors les côtés du cercueil de plomb et le corps entier fut mis à découvert. L'enlèvement des sandales et des bas mit ses pieds à nu: ils avaient conservé la chair et les ongles: le pouce du pied droit seul était flexible et peu adhérent. La poitrine était noire, mais la chair était bien conservée, ce qui fit naître chez les médecins présents un grand sentiment d'étonnement et d'admiration. L'humidité était si grande, elle avait si complètement imprégné d'eau les vêtements, qu'il était à présumer que toute cette partie du corps serait corrompue, eu égard surtout au long espace de temps, vingt et un ans et quatre mois, pendant lequel elle avait séjourné dans ce lieu. Ce qui parut encore plus merveilleux aux médecins, ce fut qu'à l'ouverture du cercueil, il ne s'en exhala aucune odeur fétide, ni désagréable. Ils en conclurent que l'altération, remarquée dans certaines parties du corps venait uniquement de l'humidité du caveau et nullement de la putréfaction intérieure. Ils furent d'autant plus convaincus de l'existence d'un prodige que le plomb qui, de sa nature est plus inaltérable, leur apparaissait rongé et plus endommagé que les vêtements les plus voisins du corps. On se décida alors à couper les vêtements afin de ne pas s'exposer, en les enlevant, à détacher quelques-unes des parties de ce corps si admirablement soudées entre elles. Derrière les épaules les vêtements étaient presque entièrement pourris : ils exhalaient une odeur fétide, ils étaient remplis de vers; quelques-uns se promenaient sur le dos, à la naissance du cou. Ces lambeaux ayant été écartés, le corps lui-même n'exhala aucune mauvaise odeur, ce qui confirma les médecins dans la certitude que le corps avait été, par une grâce spéciale, respecté par la corruption du tombeau. Après un examen des plus minutieux, dont les notaires dressèrent un fidèle procès-verbal, le corps du saint pontife fut replacé dans son cercueil de plomb, à l'endroit -même d'où on l'avait enlevé, en attendant le jour où ce modeste caveau deviendrait une riche chapelle et ce simple cercueil une châsse précieuse.


Les informations terminées, on les envoya à Rome; de nouvelles instances furent faites au pape Paul V ; le sacré collège, le roi d'Espagne, le roi de Pologne, Sigismond II et la reine sa femme, Constance d'Autriche, Vincent Gonzaga, duc de Mantoue et beaucoup d'autres princes s'unirent pour solliciter du saint siège une prompte solution. Les évêques de la province, réunis à Milan, déléguèrent à Rome Charles Bescapé, évêque de Novarre, et Tullius deI Carretto, évêque de Casale; ils devaient joindre leurs supplications et leurs voeux à tous ceux déjà adressés au saint père pour obtenir la canonisation du cardinal Borromée.


Malgré l'autorité de toutes ces recommandations, malgré la notoriété des faits merveilleux qui venaient les appuyer, le saint père voulut qu'on procédât avec la prudence et la lenteur qu'exigeait une affaire de si grande importance. Il s'agissait d'un cardinal; le pape crut que la question devait être encore plus sérieusement pesée pour ne pas faire naître même l'ombre d'un soupçon de partialité; il nomma une commission composée de douze cardinaux, parmi lesquels nous mentionnerons seulement Bellarmin.


Ces cardinaux tinrent onze congrégations; ils examinèrent avec soin les relations des auditeurs de Rote dont ils confirmèrent, en les acceptant, toutes les conclusions. Ils furent unanimes à déclarer que la sainteté de Charles était évidente, qu'on ne pouvait conserver aucun doute sur la réalité des miracles obtenus par son intercession. Cette sentence fut transmise au souverain pontife qui réunit alors les trois consistoires en usage pour traiter la question même de la canonisation. Le premier de ces consistoires eut lieu le 30 août 1610. Dans le second, tenu le 14 septembre de la même année, l'avocat consistorial, après avoir prononcé un éloquent discours sur les actions du serviteur de Dieu et sur les miracles opérés par son intercession, se prosterna aux pieds du souverain pontife; il lui demanda, au nom du roi d'Espagne, de plusieurs autres princes et de la ville de Milan, de vouloir bien inscrire le cardinal Borromée au nombre des saints. Le souverain pontife répondit, par la bouche de Pierre Strozzi, son secrétaire que: Bien que ces justes instances lui, fussent agréables, néanmoins la chose étant de la plus haute importance, il fallait agir avec prudence et circonspection. Puis il engagea tous les cardinaux et les prélats présents à demander par la prière, le jeûne et l'aumône les lumières nécessaires pour décider ce qui serait le plus avantageux à la gloire de Dieu. Le dernier consistoire du 21 septembre, fut le plus solennel : tous les cardinaux, patriarches, archevêques, évêques et protonotaires présents à Rome y assistèrent. Les portes fermées, le souverain pontife, dans un très grave discours, fit ressortir la sainteté de Charles, il montra l'honneur qui rejaillirait sur l'ordre des cardinaux et l'utilité que l'Église universelle retirerait de sa canonisation. Les suffrages des assistants furent ensuite recueillis et Paul V, dans la plénitude et la souveraineté de son pouvoir infaillible, déclara que le cardinal Charles Borromée, archevêque de Milan, était digne des honneurs de la canonisation.


Le 1er novembre 1610 les cérémonies de la canonisation avaient lieu dans la basilique vaticane. La ville de Milan s'était chargée de tous les frais de cette solennité incomparable. «En quoy, dit un historien du temps, elle ne manqua de faire paroistre sa splendeur et grandeur; car, comme l'apparat et ornement en l'Église de Saint-Pierre au Vatican, où se fit la canonisation, fut grandement rare et très agréable à voir, tant pour la fabrique d'un très beau théâtre à portiques et colonnes, et d'une despense de plusieurs milliers d'écus, avec la vie et miracles de saint Charles vivement exprimés en trente-huit tableaux de peinture, faicts et élabourés par une main très experte, posés sous les arcs de théâtres, comme aussi pour les très agréables et très riches broderies d'or et d'argent pour tous les paremens de l'autel et pour la messe pontificale, mettant la main sur tous les plus précieux draps de brocart, d'argent et d'or, pour les baldaquins, ils arrivèrent à une magnificence et richesse si immense, que non seulement elle égale les canonisations passées, mais les outrepasse toutes de beaucoup, et en laisse à la postérité un exemple mémorable. »


Nous n'avons pas l'intention de raconter en détail les progrès du culte rendu par les Milanais à leur grand concitoyen, ni d'exposer le développement qu'il prit dans l'Eglise universelle. Le nom du cardinal Charles Borromée est répété avec amour, ses gloires sont célébrées partout où le Christ a des autels. Mais avant de terminer notre travail nous devons décrire la crypte dans laquelle repose sa dépouille mortelle. Depuis trois siècles, les archevêques et les fidèles de Milan l'ont enrichie de trésors incomparables. De ce lieu, devenu l'un des plus saints et des plus célèbres de leur ville, ils ont fait un monument vraiment digne des vertus héroïques de celui auquel ils l'ont consacré, digne aussi de leur magnificence et de leur générosité presque proverbiales.


La chapelle ou crypte de saint Charles, le Scurolo, comme on l'appelle à Milan, est placée à l'endroit même désigné par le saint comme le lieu de sa sépulture, sous la partie de la grande nef du Dôme, voisine des marches du choeur. On y arrive par un double escalier, ouvert de chaque côté, sous le choeur lui-même; par les nefs latérales du nord et du midi; l'on descend dans une première salle, en forme de parallélogramme, et richement ornée qui en est comme le vestibule d'honneur. On laisse derrière soi l'élégante et riche chapelle construite par saint Charles lui-même, à laquelle il a légué toutes ses reliques : elle sert de chapelle d'hiver aux chanoines du Dôme pour y chanter l'office canonial.


En 1817, le vestibule de la chapelle du saint où se réunissent les fidèles pour entendre la messe, a été décoré de marbres précieux, de gracieux emblèmes et de riches dessins en stuc. Un semblant de portique, de style corinthien, avec des colonnes de marbre rare, aux chapiteaux dorés, fait suite à ce vestibule et introduit dans le sanctuaire lui-même.


La crypte proprement dite, ou Scurolo, est de forme octogone. A chacun des angles, sur des soubassements de marbre, s'élèvent des colonnettes d'argent surmontées chacune d'une cariatide représentant les principales vertus du saint. Entre ces colonnes, une riche tenture de soie brochée d'or, dont les dessins sont merveilleusement exécutés, recouvre le mur, elle est encadrée dans de larges lames d'argent. Au-dessus des statues ou cariatides d'argent, court tout le long de la chapelle une corniche du même métal d'un style noble et sévère. Le tout est dominé par huit larges médaillons, reliés ensemble par de riches ornements, empruntés aux armes de la famille Borromée et aux emblèmes de la dignité épiscopale. Huit bas-reliefs, d'un travail exquis, enfermés dans ces médaillons, redisent les principaux faits de la vie du saint archevêque. Toutes ces décorations, colonnes, bas-reliefs, corniches, statuettes sont en argent: elles furent données par l'archevêque Litta, les Borromée et le cardinal Quirini. En 1817, la crypte changea d'aspect, elle fut disposée d'une façon plus magnifique encore sur les dessins de l'architecte Pestagalli et telle que nous la voyons aujourd'hui.


Le sarcophage est placé sur l'autel lui-même, au fond de cette riche chapelle Mais comment décrire ce précieux tombeau? La châsse, dans laquelle repose le corps du saint, est un don du roi d'Espagne, Philippe IV. Des colonnettes, des ornements en argent massif encadrent et relient entre elles de grandes vitres en cristal de roche, à travers lesquelles on peut contempler la chère relique. D'élégantes statuettes, quatre écussons, en or massif aux armes de Philippe IV, des emblèmes de toutes sortes surmontent et décorent cette incomparable tombe. Cette oeuvre remarquable de Cerani n'a pas coûté moins de seize mille écus; elle est elle-même enfermée habituellement sous une autre châsse en bronze, ornée d'arabesques, d'ornements en argent et d'un grand médaillon représentant en relief le saint archevêque, agenouillé devant le saint-sépulcre à Varallo.

Le devant d'autel est tout en argent, avec d'élégants et riches reliefs. Il ne contient pas moins de huit cents onces d'argent, il fut donné par un allemand.

Une grande ouverture faite au milieu de la voûte, au-dessus même de l'autel, met en quelque sorte le Dôme lui-même en communication avec le Scurolo de saint Charles. Une balustrade entoure cette ouverture, quatre candélabres à plusieurs lampes, constamment allumées, y sont fixés; de l'intérieur du Dôme, appuyés sur la balustrade, les fidèles peuvent suivre les prières et les cérémonies des messes célébrées devant le corps de saint Charles.

Il faut parler du corps saint lui-même, le plus riche de tous ces trésors, objet d'un culte si dévoué et d'un si touchant amour. Le 2 octobre 1880, anniversaire de la naissance du saint, après que nous eûmes célébré la messe, devant la châsse que nous venons de décrire, le pieux et aimable gardien du Scurolo nous fit réciter les prières liturgiques, prescrites par les archevêques de Milan, avant de procéder à l'ostension des reliques du saint archevêque. Il abaissa ensuite lentement la partie du sarcophage d'airain, qui recouvre la châsse proprement dite : notre émotion fut profonde quand nous vîmes le corps du grand cardinal, archevêque de Milan, revêtu des ornements pontificaux et étendu sur un riche lit de satin blanc, comme s'il dormait. Nous nous approchâmes, plein de joie et de respect : la limpidité, la pureté du cristal permet de contempler l'intérieur dans ses plus petits détails. La tête du saint, coiffée de la mitre, est telle que l'ont vue les commissaires apostoliques en 1606 : le nez n'a plus aucune forme; le front est en partie recouvert de sa peau et le menton conserve encore quelques parties de chair.


Le saint est vêtu comme pour la célébration de la messe : le bâton pastoral, orné de pierres précieuses, est étendu à son côté gauche; sur sa poitrine brille la croix pastorale enrichie de diamants; à son cou est suspendu le pallium; à l'une de ses mains cachées sous des gants on voit briller l'anneau pastoral; ses pieds sont chaussés des sandales. La dévotion des princes et des fidèles a recouvert le saint et enrichi sa châsse de diamants et de pierreries d'une immense valeur. Au dessus de sa tête, un archiduc de Bavière a fait suspendre une couronne d'or, oeuvre de Cellini, d'un travail plus précieux que les rubis et les perles qui la recouvrent en grand nombre; sur sa poitrine une chaine d'or, dont les anneaux sont ornés de diamants et de rubis, soutient les monogrammes du Christ et de Marie, eux-mêmes tout or et diamants. A la suite de ces monogrammes quelque riche seigneur a placé par reconnaissance, son propre chiffre surmonté d'une couronne sur laquelle brillent cent vingt-trois diamants : une palme en or, autour de laquelle s'enroule un Serpent dont les écailles sont formées par des diamants, complète ce précieux bijou. Le pallium est retenu sur la poitrine du saint par trois épingles, surmontées chacune d'un rubis entouré de six diamants. On n'estime pas à moins de vingt-quatre mille écus la valeur des joyaux qui ornent cette poitrine, dont l'Esprit-Saint avait fait sa demeure.


Au-dessus des genoux du grand archevêque, au sommet de la châsse, on a suspendu une croix pectorale en or, dont les émeraudes ont une valeur considérable, elle dépasse cinq cent mille francs: c'est un don de la reine Marie-Thérèse. Nous ne dirons rien des nombreux anneaux, des ex-voto de tout genre, déposés à l'intérieur et à l'extérieur de cette châsse, dont la richesse et la beauté sont vraiment merveilleuses.


Ainsi Dieu s'est plu à honorer la mémoire d'un homme qui lui fut cher pendant sa vie. L'Humilitas, en lettres gothiques, cette devise qui faisait partie des armes de sa famille et qu'il a si héroïquement mise en pratique, brille partout dans cette splendide chapelle d'un éclat extraordinaire; elle est sculptée sur l'or, l'argent, le bronze et le marbre; elle est brodée en or sur la soie. Elle est devenue comme un signe d'honneur et de ralliement sur la poitrine des amis et des serviteurs du saint, quand, aux jours des grandes solennités, ils se prêtent à la garde ou au service de son sanctuaire. Dieu exalte toujours les humbles. Cette chapelle, ces oeuvres d'art, ces ornements, ces trésors ne sont-ils pas une hymne de triomphe, un chant de gloire en l'honneur de cet homme qui a toujours fui la louange et le faste? Il peut lui aussi redire, en une certaine mesure, comme la Vierge immaculée: Dieu a regardé l'humilité de son serviteur, il a fait en moi et par moi de grandes choses; et voici que les générations me proclament bienheureux.


L'archevêque de Milan a pratiqué, pendant sa vie, l'amour de la pauvreté; il était riche, il s'est fait pauvre, pour orner la maison de Dieu, nourrir ceux qui avaient faim et soutenir la veuve et l'orphelin; il méprisait tout ce qui était de la terre. Qui n'admirerait la bonté et la grandeur de Dieu? Il veut que les choses les plus précieuses de la terre contribuent à glorifier ici-bas la tombe de ce pauvre volontaire; il rend ainsi, en quelque sorte, un témoignage éclatant et perpétuel à cette sagesse qui lui a fait mépriser les biens trompeurs du monde pour acquérir les richesses du ciel, les seules vraies, les seules enviables, Dieu ne se laisse jamais vaincre en générosité : il a établi son fidèle serviteur dans une gloire plus réelle et plus solide ; il l'a constitué comme un dispensateur puissant de ses dons célestes.


Que de grâces, que de consolations, que de trésors spirituels les fidèles ne reçoivent-ils pas près de cette tombe immortelle! Que d'enseignements n'y viennent-ils pas recueillir! Pour notre part, nous n'oublierons jamais la force que nous avons puisée près d'elle, les joies que nous y avons trouvées, les grâces que Dieu nous y a faites! Pendant plusieurs mois, et après Dieu, nous en remercions le préfet dello Scurolo de saint Charles, nous avons pu chaque matin célébrer la messe dans ce béni sanctuaire, devant le corps de celui que l'Église nous a donné pour ami et protecteur, au jour de notre baptême. Quand Charles Borromée était à l'autel les fidèles croyaient y voir un ange. Ce souvenir nous faisait plus vivement sentir notre tiédeur et notre imperfection; néanmoins, il nous semblait que notre bonne volonté, malgré notre indignité elle-même, devait le bien disposer en notre faveur. Nous lui demandions, os ad os, de nous inspirer, de diriger notre plume; nous lui disions combien était grand notre désir de le faire connaître et de le faire aimer. Ce contact, en quelque sorte quotidien, sa bénédiction que nous sollicitions avant de nous éloigner, ont certainement soutenu notre courage; s'ils n'ont point contribué, à cause de notre peu de mérite, à rendre notre oeuvre plus parfaite. Et maintenant notre livre est achevé: nous le déposons à ses pieds. Puisse-t-il le bénir et l'agréer comme un témoignage de notre vénération et de notre amour, témoignage bien indigne mais du meilleur de notre coeur.