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LETTRE
PASTORALE Monseigneur Bernard BARSI Archevêque de Monaco aux fidèles de son Diocèse AVANCE AU LARGE ET ANNONCE L'EVANGILE POURQUOI UNE LETTRE PASTORALE ? Chers diocésains, Avec ce dimanche commence le temps de l’Avent qui inaugure une nouvelle année liturgique, une année où dans la joie de la foi, l’Eglise va célébrer les grands moments de la vie du Christ et contempler ainsi l’œuvre de salut accomplie par Dieu pour les hommes. Ce bonheur, cette espérance qui naissent de la foi, cette certitude d’être aimé de Dieu, tous nos contemporains ne les connaissent pas ou les connaissent mal. Par l’intermédiaire de cette lettre pastorale, je voudrais vous faire partager, frères et sœurs, ce souci de l’annonce de l’Evangile aux hommes et aux femmes de notre temps. Notre Eglise de Monaco est envoyée par le Seigneur pour que vienne le Règne de Dieu (cf. la prière du Notre Père), mais elle ne peut répondre à sa mission qu’avec le concours effectif de tous les baptisés, quelle que soit leur vocation. Au début du christianisme, Saint Paul le disait déjà aux chrétiens de Rome (Rm 10,14) : « Comment croire en Jésus sans avoir entendu sa parole ? Comment entendre sa parole si personne ne l’a proclamée ? Comment proclamer sans être envoyé ?». Le jour de mon ordination épiscopale, voilà déjà plus de cinq ans, ceux et celles d’entre vous qui ont participé à cette célébration, s’en souviennent certainement, l’évêque-président a placé sur ma tête le livre ouvert des évangiles que deux diacres ont tenu pendant toute la durée de la prière consécratoire. Ce geste est significatif, il nous rappelle qu’un évêque reçoit, en premier, la charge de prêcher la parole de Dieu. C’est donc au nom de cette mission que je m’adresse à vous aujourd’hui. Je le fais dans la continuité avec tous les évêques, archevêques qui m’ont précédé sur le siège épiscopal de Monaco, avec tous les prêtres, diacres, religieux, religieuses et laïcs qui ont servi et servent l’Eglise qui est en Principauté. En 2003 et 2004, nous avons
célébré le 17° centenaire du martyre de Sainte Dévote, patronne de La lettre pastorale, c’est une manière, un peu exceptionnelle, pour un évêque de communiquer avec toute la communauté chrétienne sur des problèmes et des questions qui concernent son diocèse. C’est la première que je vous envoie, je n’abuse donc pas, aussi je souhaiterais que personnellement ou collectivement dans les paroisses, les mouvements, les aumôneries, les associations de laïcs reconnus par l’Eglise et les services diocésains, chacun puisse prendre le temps de la lire et de me faire part de ses réactions constructives. Les visites pastorales que je vais effectuer prochainement dans les paroisses pourront nous offrir la possibilité de dialoguer, d’éclaircir ou d’approfondir tel ou tel point. À la fin de ce courrier, vous trouverez quelques questions pour réfléchir, en groupe, sur notre mission commune d’évangélisation. Enfin, cette lettre pastorale est offerte à tous les fidèles de l’archidiocèse de Monaco et à ceux de la paroisse du Saint-Esprit. N’hésitez pas à vous procurer des exemplaires supplémentaires pour en distribuer autour de vous à des personnes qui n’auraient pu être rejointes directement. JESUS-CHRIST I. Jésus veut le bonheur de l’homme et de la femme Bien souvent autour de nous, des personnes extérieures à la
foi ne voient en la religion catholique que des contraintes, des
lois, et des codes à observer plus ou moins mutilants pour l’homme.
La foi, tout au contraire, est invitation au bonheur et à
II. Jésus appelle à la conversion Par expérience, nous savons qu’il est difficile d’aimer Dieu et nos frères, et de mettre en pratique l’Evangile. Nous avons besoin constamment de revenir à la foi de notre baptême pour être ces hommes et ces femmes au cœur nouveau, animés de l’esprit de Dieu. Si l’Evangile nous provoque à la conversion (au changement de vie), par son impact, il veut également transformer du dedans l’homme et l’humanité. C’est bien ce qu’écrivait le Pape Paul VI dans son exhortation apostolique « Annoncer l’Evangile aux hommes de notre temps » (§ 18) : L’Evangile « cherche à convertir en même temps la conscience personnelle et collective des hommes, l’activité dans laquelle ils s’engagent, la vie et le milieu concrets qui sont les leurs ». III. Jésus appelle à le suivre Au cours de son passage sur la terre de Palestine, Jésus a appelé des hommes et des femmes à le suivre, à devenir ses disciples « viens et suis-moi » (Mc 10). Cet appel s’adresse aujourd’hui à tous les baptisés. Suivre le Christ, devenir ses disciples, c’est vivre en chrétien selon le grand commandement nouveau, celui de l’amour, c’est témoigner du Christ, c’est servir ses frères, c’est vouloir transformer les réalités sociales du monde, c’est marcher sur les traces de Celui qui est le « Chemin, la Vérité et la Vie » (Jn 14,6). IV. Jésus envoie l’Eglise en mission La communauté des disciples forme l’Eglise, cette Eglise que Jésus a aimée et pour laquelle il s’est livré à la mort de la croix (cf. Ep 5,25). L’Eglise continue la mission du Christ : « Recevoir celui que j’envoie, c’est me recevoir moi-même ; et me recevoir, c’est recevoir celui qui m’envoie (Jn 13,20) … « Allez ! je vous envoie » (Lc 10,3) … « Vous serez mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu’aux extrémités de la terre » (Ac 1,6)
LA MISSION DE L’ÉGLISE : ANNONCER L’ÉVANGILE I. « L’amour du Christ nous presse » (2 Co ,14), l'urgence de la mission Le Concile Vatican II l’a
abondamment déclaré : l'Eglise est par nature missionnaire, « obéissant
au commandement de son fondateur, elle est tendue de tout
son effort vers la prédication de l’Evangile à tous les hommes » (Décret
sur l’activité missionnaire de l’Eglise, § 1). L’Eglise est missionnaire
parce que le Christ lui-même est missionnaire : « Jésus
passait à travers villes et villages, proclamant En fait, par l'Eglise, le Christ veut s'approcher des hommes, les inviter à partager sa vie, les libérer du péché et de toute forme d'enfermement, pour les introduire dans l'intimité de son Père. En portant et en incarnant la volonté salvifique de Dieu manifestée en Jésus-Christ, l'Eglise annonce le Royaume, révèle la dignité inaliénable de toute personne humaine et donne sens à l'histoire humaine. Elle ouvre les portes de l'espérance. Si telle est bien la vocation de l'Eglise, aucun
baptisé, aucun secteur de la vie ecclésiale ne peut dire que l’évangélisation
ne le concerne pas. Notre cœur ne peut pas être en repos, tant que
tous les hommes ne seront pas rassemblés dans le Christ. Il ne s’agit
donc pas de nous satisfaire de ce qui existe déjà dans l’Eglise ou
d’attendre que les gens viennent nous demander l’Evangile, il convient
de sortir sans cesse comme le semeur de la parabole (Mc 4,3)
pour aller à la rencontre des hommes et leur proposer II. Bâtir une Eglise qui annonce Jésus-Christ en paroles et en actes Pour répondre à l’urgence de la mission, il nous
faut bâtir une Eglise en fidélité avec l’Evangile lui-même. Une Eglise
qui, par ses paroles et ses actes, témoigne de Jésus-Christ. Une
Eglise qui rejoint les hommes dans leur culture propre, leurs conditions
de vie, de travail, de famille et de loisirs. Une Eglise qui tout
en délivrant l’intégralité de l’Evangile rejoint chaque homme, chaque
femme, dans la diversité de leur cheminement spirituel : ceux
qui n’ont jamais entendu parler du Christ, ceux qui sont éloignés
de la foi et qui ont besoin d’une annonce renouvelée, ceux qui sont
baptisés et qui sont appelés à toujours se convertir à Pour bâtir cette Eglise qui ne sera achevée que dans le Ciel, le Seigneur a besoin de nos mains, de notre prière, de notre témoignage, de nos engagements et du don de nous-mêmes. III. Une Eglise qui donne la vie de Dieu aux hommes et célèbre les sacrements L’Eglise qui annonce l’Evangile est une communauté qui prie et qui célèbre le Dieu Trinitaire, Père, Fils et Saint Esprit.Par la prière et les sacrements,
c’est la vie même de Dieu qui circule et anime notre vie, à la manière
de la sève qui des racines monte jusqu’aux extrémités des branches
de l’arbre. Jésus emploie d’ailleurs cette image : « Parmi les sept sacrements (baptême, confirmation, eucharistie, réconciliation, onction des malades, ordre et mariage), l’eucharistie tient une place à part, car c’est « la source et le sommet de toute vie chrétienne » (Concile Vatican II, Constitution sur l’Eglise, § 11). Dans l’Abrégé du Catéchisme de l’Eglise catholique (§ 271), nous trouvons une définition concise de ce sacrement : «L’eucharistie est le sacrifice même du Corps et du Sang du Seigneur Jésus, qu’il a institué pour perpétuer au long des siècles jusqu’à son retour le sacrifice de la croix ; confiant ainsi à son Eglise, le mémorial de sa mort et de sa résurrection. L’eucharistie est le signe de l’unité, le lien de la charité, le repas pascal, où l’on reçoit le Christ … » L’Eglise doit donc sans cesse offrir aux hommes,
la vie de Dieu, donnée gratuitement et en abondance dans les sacrements
et L’Eglise qui prie célèbre et annonce l’Evangile se fait également servante de ses frères les hommes à la manière du Seigneur Jésus qui a lavé les pieds de ses apôtres et qui nous dit : « Ce qui montrera à tous les hommes que vous êtes mes disciples, c’est l’amour que vous aurez les uns pour les autres » (Jn 13,35). Pour l’Eglise, servir les hommes, c’est d’abord servir les plus pauvres, les « blessés de la vie » comme les désignait le Pape Jean-Paul II. C’est également entrer en dialogue avec le monde du travail, de la politique, de l’économie, de l’écologie, de la recherche scientifique, de la culture, pour apporter sa contribution à la construction d’un monde plus solidaire, respectueux de la dignité de l’homme et de la création. Servir les hommes, c’est proclamer la vérité sur le mariage et la famille, le respect de la vie de tout être humain depuis sa conception jusqu’à sa fin naturelle, la recherche de la paix, le développement de tous les peuples, etc. Jésus a pris chair dans notre monde, c’est le mystère de l’Incarnation. La foi de l’Eglise doit prendre chair dans l’existence concrète des hommes. Le Concile Vatican II dans sa Constitution pastorale sur l’Eglise dans le monde de ce temps (§ 34) nous rappelle cette nécessité de notre foi : « Le message chrétien ne détourne pas les hommes de la construction du monde et ne les incite pas à se désintéresser du sort de leurs semblables : il leur en fait au contraire un devoir plus pressant ». DEFIS POUR L’ANNONCE DE L’ÉVANGILE
Toutes les générations de
chrétiens qui nous ont précédées ont cherché à bâtir une Eglise qui
annonce l’Evangile. Chaque génération, avec la grâce de l’Esprit
Saint a tenu compte du contexte culturel de son temps et sans trahir
le message du Christ, elle a su ajuster son langage pour être entendu
de tous. Chaque génération a compris qu’une véritable évangélisation
n’était crédible que si les évangélisateurs s’engagent davantage
sur la voie de En ce XXIè siècle naissant, de nouvelles difficultés, de nouvelles questions apparaissent, surtout dans nos sociétés occidentales, aussi l’Eglise a-t-elle le devoir de vivre la sainteté et de se faire comprendre aux hommes d’aujourd’hui. L’Eglise annonce l’Evangile dans une société pluraliste où les discours les plus divers se multiplient et laissent perplexes quant à la possibilité de trouver la vérité, où certains veulent promouvoir une humanité sans Dieu et sans le Christ. L’Eglise annonce l’Evangile dans une culture où chacun entend être le maître de ce à quoi il croit. Lors de la messe d’ouverture du dernier conclave, le cardinal Ratzinger, avant de devenir le Pape Benoît XVI déclarait : « Une dictature est en train de se constituer qui ne reconnaît rien comme définitif et qui ne retient comme critère ultime que son propre ego et ses désirs ». Ce mal a un nom : le relativisme, une manière de penser qui conduit à considérer que tout se discute et que tout se vaut. L’Eglise annonce l’Evangile dans un monde qui doute de lui-même et de ses valeurs et qui a peur d’affronter l’avenir. Cette situation de « rupture de tradition », de perte de la mémoire et de l’héritage chrétien se retrouve même dans nos familles. Dans notre pays qui, dans ses institutions, affirme son attachement à la « religion catholique, apostolique et romaine » (article 9 de la Constitution de la Principauté) et que notre Prince Souverain a évoqué dans son discours d’Avènement, prononcé le 12 juillet sur la place du Palais, d’aucuns donnent l’impression de vivre sans terreau spirituel, dans une incroyance pratique, une indifférence religieuse. Ils vivent, pensent, décident de manière habituelle comme si le Christ n’existait pas.
Depuis notre baptême, le Seigneur nous appelle à être saints comme son Père céleste est saint (cf. Mt 5,48). Il nous prescrit de faire briller notre lumière devant les hommes, pour qu’en voyant ce que nous faisons de bien, ils rendent gloire à Dieu. Pour maintenir en nous, cette lumière d’amour, de joie et d’espérance que procure la foi, pour surmonter les faiblesses de notre péché, le Seigneur met à notre disposition des moyens dont j’ai déjà parlé : la prière de chaque jour, ce dialogue avec Dieu dont nous trouvons une belle description dans le livre de l’Exode (33,11) : « Le Seigneur s’entretenait avec Moïse face à face, comme on s’entretient d’homme à homme ». Un autre moyen, c’est l’écoute et la médiation de la Parole de Dieu. Chaque baptisé doit se procurer une Bible ou tout au moins un livre des évangiles, non pour le mettre sur une étagère de sa bibliothèque mais pour lire cette Parole de vie. Le sacrement de la réconciliation,
dans la pénitence, la confession de nos péchés et de l’amour miséricordieux
de Dieu est là pour nous offrir le pardon et nous permettre de retrouver
notre dignité de fils et filles de Dieu. Un certain nombre de chrétiens
se dispensent de fréquenter ce sacrement : pensent-ils être
sans péché ? ne croient-ils plus à la grâce sacramentelle de
l’absolution ? Certainement, nous avons tous besoin de réentendre
les paroles de Jésus ressuscité aux apôtres : « tout
homme à qui vous remettrez ses péchés, ils lui seront remis » (Jn
20,23) et Enfin, il y a l’eucharistie du dimanche qui nous met en communion avec Dieu et nos frères. Pour évangéliser, notre sainteté personnelle est requise, mais également celle de nos différentes communautés de paroisses, de mouvements ou associations chrétiennes. Si nos communautés ne recherchent pas la sainteté, elles constitueront alors un contre-témoignage vivant et ne pourront rayonner la foi, pire même, elles scandaliseront les plus faibles d’entre nous. Pour lutter contre l’esprit de division et de clans, pour combattre nos jalousies, nos médisances, notre orgueil, pour façonner un vrai visage d’Eglise, nous voulons être des hommes et des femmes de communion et de service. Cette grâce pour nos communautés, nous ne manquerons pas de la demander à Dieu. Alors que dans nos sociétés sécularisées de nombreuses menaces pèsent sur la vie humaine, nous savons que l’Evangile de la vie est au cœur du message de Jésus. L’avortement, l’euthanasie cachée ou effectuée au grand jour des vieillards et des mourants, les conditions de vie ou de travail dégradantes, la prostitution, la violence, le terrorisme, la destruction de l’environnement, etc. sont des défis éthiques que les chrétiens sont appelés à relever, en réaffirmant que la vie est sacrée, qu’elle est dotée d’une inviolabilité inscrite depuis les origines dans la conscience de l’homme. Notre Souverain, S.A.S. le Prince Albert II, dans son allocution inaugurale du Congrès européen de l’Union Internationale des Juristes Catholiques, à Monaco le 20 novembre 2003, nous le rappelait d’ailleurs : « Le christianisme est donc le découvreur des valeurs fondamentales des sociétés modernes : dignité, liberté, égalité sont les attributs fondamentaux de la personne humaine … C’est sur la base de ces valeurs fondamentales que s’est rapidement imposé, dès les débuts du christianisme, le respect des plus faibles : les enfants (et même les enfants non encore nés), les vieillards, les malades et les pauvres. Ce respect est à l’origine de toutes les législations sociales modernes … Reconnaître l’héritage religieux du droit en Europe n’est que rendre justice à l’Histoire du continent. Le nier ou l’ignorer risquerait de conduire à un retour à l’obscurantisme païen où les enfants sont tués dans le sein de leur mère, les femmes répudiées sans ménagement par leurs maris, et les vieillards supprimés ou poussés au suicide ». Aux yeux de Dieu l’activité humaine a une grande valeur. L’homme créé à l’image de Dieu a reçu la mission de soumettre la terre et tout ce qu’elle contient, de gouverner le cosmos en sainteté et justice (cf. Vatican II, Constitution L’Eglise dans le monde de ce temps, § 34). A la lumière de l’Evangile, le chrétien unit ses efforts avec ceux de tous les hommes de bonne volonté, pour bâtir un ordre social digne de l’homme. Cet engagement à travailler dans le monde à la manière du levain dans la pâte, du sel qui donne goût correspond à la vocation chrétienne du fidèle laïc. Les baptisés gardent constamment dans leur esprit et leur cœur les expressions qui débutent la Constitution conciliaire de l’Evangile dans le monde de ce temps (§ 1) : « Les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des hommes de ce temps, des pauvres surtout et de tous ceux qui souffrent, sont aussi les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des disciples du Christ, et il n’est rien de vraiment humain qui ne trouve écho dans leur cœur ». SERVIR L’ÉVANGILE AUJOURD’HUI A MONACO I. Malheur à moi, si je n’annonce pas l’Evangile (1 Cor 9,14) C’est par cette réflexion que l’apôtre Paul invite les chrétiens de Corinthe à prendre toute leur part dans l’annonce de l’Eglise. Le Concile Vatican II dans son décret sur l’apostolat des laïcs (§ 2) réitère cet appel : « L’Eglise est faite pour étendre le règne du Christ à toute la terre, pour la gloire de Dieu le Père ; elle fait ainsi participer tous les hommes à la rédemption et au salut ; par eux elle ordonne en vérité le monde entier au Christ. … La vocation chrétienne est aussi par nature vocation à l’apostolat … un membre (de l’Eglise) qui ne travaille pas selon ses possibilités à la croissance du corps, doit être réputé inutile à l’Eglise et à lui-même ». Sans crainte, dans un élan apostolique renouvelé, l’Eglise qui est à Monaco doit « avancer au large » pour proposer et annoncer l’Evangile. Cette mission ne sera réalisée qu’avec la coopération de tous les baptisés, quels que soient leur âge, leur condition, leur vocation. Le Seigneur Jésus compte sur chacun de nous. Le Pape Jean-Paul II a la fin du Grand Jubilé de l’an 2000, invitait tous les évêques du monde à donner pour leurs diocèses « des orientations pastorales adaptées aux conditions de chaque communauté » afin de tracer avec confiance les étapes du futur (Lettre apostolique « Au début du nouveau millénaire » § 29). J’accomplis donc ce devoir en fixant - sans ordre de priorité et sur une liste non exhaustive - quelques objectifs concrets pour notre Eglise qui est à Monaco. Il sera bon, de temps en temps, de reprendre ces orientations pour en vérifier l’application. a . Des communautés paroissiales, priantes, dynamiques et rayonnantes
Dans un monde, et c’est heureux où grâce aux études, les connaissances humaines sont de plus en plus grandes, il est urgent que nos connaissances religieuses progressent afin d’être toujours prêts à nous expliquer, avec douceur et respect, devant ceux qui nous demandent de rendre compte de l’espérance qui est en nous (cf. 1 P 3,15).
Notre mission, annoncer Jésus Christ et son Evangile, ne peut pas se cantonner au territoire de la Principauté et de la paroisse du Saint-Esprit. L’Eglise est catholique par conséquent elle est universelle, elle n’a ni limite, ni frontière, elle est répandue sur tout l’univers. Avec les missionnaires (prêtres, religieux et laïcs) qui sont partis à la rencontre d’autres peuples et d’autres civilisations pour proclamer la foi, nous portons le souci spirituel et matériel des jeunes Eglises d’Amérique du Sud, d’Afrique, d’Asie, d’Europe de l’Est et du Moyen-Orient. Les liens déjà noués, avec quelques-unes de ces Eglises sont une source d’enrichissement mutuel. Redoublons d’ardeur pour répondre généreusement aux appels qui nous parviennent. Par les médias, les voyages, les foules de touristes, la présence de plusieurs communautés catholiques étrangères dans notre diocèse, le monde entier est présent au milieu de nous. Comment accueillons-nous ces frères et sœurs étrangers ? Comment leur offrons-nous le témoignage de notre foi ? Souvent j’entends dire, à Monaco, vous ne manquez pas de prêtres. Cette expression me contrarie, car elle n’est vraie que partiellement. Quand je regarde les chiffres, je constate qu’il y a cinquante ans, alors que la population de Monaco était inférieure à ce qu’elle est aujourd’hui, les prêtres, les religieux et les religieuses étaient beaucoup plus nombreux. Certes la crise n’est pas aussi inquiétante que dans les pays voisins, mais elle est bien là et si nous n’agissons pas, sans tarder, elle risque de devenir dramatique pour les prochaines années. L’Eglise ne pourra pas remplir sa mission, si elle vient à manquer de ministres ordonnés (évêques, prêtres et diacres), si le témoignage de la vie consacrée (religieux, religieuses, moines, laïcs consacrés) n’est plus rendu, si la vie missionnaire est absente de ses préoccupations. La pastorale des vocations est une nécessité. Elle accueille, discerne et accompagne les diverses vocations. Elle rappelle à toute la communauté diocésaine sa responsabilité. Au-delà des plans et des objectifs, nous savons que seule une vie fondée sur le Christ permet de se mettre au service de l’Eglise. Par cette lettre, j’adresse un appel aux jeunes. Vous avez besoin du Christ pour bâtir solidement votre vie, mais le Christ a besoin de vous pour le servir et servir vos frères dans les ministères ordonnés, la vie consacrée et la vie missionnaire. N’ayez pas peur de suivre le Christ. Vous vous heurterez certainement à des difficultés, mais vous serez heureux de servir, vous serez témoins de cette joie que seul le Christ peut donner. Le ministère du diacre est proposé à des hommes mariés ou célibataires. Dans notre diocèse, le diaconat est présent. Il peut et doit encore se développer. Enfin, tous nous écouterons et mettrons en pratique l’enseignement de Jésus : « Priez donc le maître de la moisson d’envoyer des ouvriers pour sa moisson » (Lc 10,2). La vocation chrétienne du laïc se réalise dans son engagement au service du monde. Ainsi le monde sera renouvelé par l’esprit évangélique. Dans ce vaste champ d’apostolat, le laïc prend également sa part dans la vie et l’animation de sa communauté chrétienne. Il convient de rappeler fréquemment aux laïcs quelle est leur mission propre. Pour assumer leur tâche propre, il est nécessaire que les laïcs chrétiens soient présents dans le monde politique, syndical, associatif, professionnel, caritatif, culturel, international, des loisirs, du sport, etc. J’encourage les laïcs à rejoindre l’un des dix-huit mouvements et associations d’Eglise, reconnus dans notre diocèse. La diversité de ces mouvements apostoliques (action catholique, santé, famille, solidarité, vie économique et professionnelle, vie spirituelle, culture, confrérie de pénitents, ordres de chevalerie, etc.) correspond à la pluralité des situations humaines. Dans ces mouvements, les laïcs peuvent se ressourcer dans la foi, voir et juger, à la lumière de l’Evangile, leur apostolat personnel. À Monaco, comme l’a constaté S.A.S. le Prince Albert II, de grands efforts de générosité sont déployés en direction « de la défense des défavorisés, de la mise en œuvre d’actions pour un monde plus juste, plus harmonieux » (Discours d’Avènement du 12 juillet 2005). De nombreuses associations ou institutions humanitaires multiplient leurs initiatives pour répondre, à des détresses lointaines ou proches. L’Eglise diocésaine regarde avec sympathie ce beau travail de solidarité et s’efforce de le favoriser. Servir l’Evangile des Béatitudes par une charité active est un devoir qui dépasse tout ce qui est humain, car c’est reconnaître dans le visage de chaque pauvre, le visage du Christ. A ce propos, nous avons en mémoire la parabole du jugement des nations où, Jésus nous rappelle que tout ce que nous aurons fait ou pas fait à l’un de ces petits qui sont ses frères, c’est à lui que nous l’aurons fait ou pas fait. « Aimons Dieu, mes frères, aimons Dieu, mais
que ce soit aux dépens de nos bras, que ce soit à la sueur de nos
visages » (cf. St Pour que ceux qui peinent sous le fardeau puissent trouver dans l’Evangile une raison d’espérer, pour qu’ils trouvent sur leur route des « bons samaritains », pour que nos communautés chrétiennes soient encore plus fraternelles envers les pauvres et les petits, nous développerons les œuvres de charité et de secours. L’Evangile est une Bonne Nouvelle pour la famille créée et voulue par Dieu. Dans le contexte actuel de crise, l’institution familiale a besoin d’être fortement soutenue pour réaliser sa communion d’amour et accomplir ses tâches en faveur de ses membres, de la transmission de la vie, de l’éducation des enfants, du développement de la société et de sa participation à la vie de l’Eglise. La pastorale familiale accompagne la famille dans son cheminement et cela commence dès le temps des fiançailles lors de la préparation au mariage. Elle apporte sa collaboration aux époux et aux parents dans leur mission éducative. Elle contribue à la formation des jeunes aux valeurs essentielles de la vie humaine (rôle de l’homme et de la femme, sexualité selon le dessein de Dieu, respect de toute vie, etc.) et du sacrement de mariage. Avec charité, la pastorale familiale rejoint les familles en difficulté (veuvage, abandon, séparations, divorces, etc.) ou en situations particulières (cohabitation, divorcés-remariés, etc.). Nous partageons le point de vue du Pape Jean-Paul II lorsqu’il affirmait que « l’avenir de l’humanité passe par la famille ! » Nous aimons la famille, nous l'encourageons, malgré les obstacles, à suivre, joyeusement la route du Christ. Les moyens de communication façonnent la culture de notre temps. Localement, tant au niveau diocésain qu’au niveau paroissial, notre Eglise diocésaine utilise ces moyens (presse écrite, internet, messages, bulletins) pour servir l’évangélisation, informer, se faire entendre du plus grand nombre et créer entre nous un esprit de communion. D’autres médias chrétiens (radio, télévision) existent aussi sur un plan international et peuvent être captés en Principauté. Ces supports médiatiques sont à utiliser et à présenter largement. Formés des chrétiens à la communication devrait être une perspective pour l’Eglise mais tout autant pour le service des médias de la société civile. Dans les siècles passés, l’Eglise avait su trouver le langage adapté aux hommes de son temps. Le patrimoine de peinture, de littérature, d’architecture, de musique, de sculpture, de théâtre, etc., légué par nos prédécesseurs témoigne largement de leur foi. À présent, il faut évangéliser la culture contemporaine, lui faire découvrir que Dieu est l’ami du Beau et du Vrai, lui faire découvrir que la beauté artistique est un reflet du visage de Dieu. L’évangélisation du monde est liée au témoignage d’unité des différentes Eglises chrétiennes qui se présentent devant les hommes. Les divisions historiques sont un scandale et méprisent la prière du Christ : « que tous, ils soient un … pour que le monde croie que tu m’as envoyé » (Jn 17,21). A Monaco, depuis très longtemps, le dialogue œcuménique et la fraternité sont vécus avec les communautés présentes en Principauté (Eglise Orthodoxe Grecque, Communion Anglicane, Eglise Réformée), des manifestations régulières de prière, de rencontres et d’exercice en commun de la charité sont organisées. Ces activités ne sont pas réservées à quelques-uns, mais doivent recevoir la sollicitude de tous les baptisés. Le dialogue interreligieux
amorcé avec le Judaïsme doit être poursuivi. Il nous permet de prendre
conscience des racines communes qui lient l’Eglise au peuple juif.
Nous sommes également attentifs aux autres religions (Islam, etc.)
que nous pouvons rencontrer. Sans relativisme religieux et dans le
respect mutuel, nous contribuons alors fortement à la paix et à la
liberté religieuse.
Ma lettre pastorale est bien longue. À plusieurs reprises, j'ai hésité : devrais-je la publier intégralement ? ne devrais-je pas plutôt écrire un exposé, plus facilement accessible à tous ? est-ce bien utile de rappeler ces aspects de la vie en Eglise, déjà connus, et que l'on peut trouver dans les évangiles et l'enseignement des papes ? Mais je crois bien être dans mon rôle de Guide et Pasteur de l'Eglise qui est à Monaco en répétant avec patience et souci d'instruire ce qui m'apparaît comme important pour l'annonce de l'Evangile, aujourd'hui. Les orientations diocésaines que je donne peuvent sembler ardues à mettre en pratique alors que sur les épaules des ministres ordonnés et des laïcs pèsent déjà des charges écrasantes. En réalité, dans les différentes communautés du diocèse, la plupart de ces dispositions sont déjà mises en oeuvre, mais ces orientations ont besoin d’être coordonnées, valorisées et réalisées avec encore plus d’élan. Malgré les oppositions et les résistances que nous rencontrerons, je suis convaincu que notre Eglise de Monaco saura poursuivre sa marche et proposer l’Evangile du bonheur à ses frères et sœurs. Je suis certain que nous saurons tous mobiliser nos énergies pour la mission confiée. Je suis empli d’espérance, car le Seigneur travaille avec nous, la grâce de son Esprit est notre force. Pour susciter un élan nouveau d’évangélisation, pour
avancer au large, je m’interroge sur l’opportunité de convoquer un
Synode diocésain. Le Synode diocésain a donc une double dimension,
d’abord comme événement de communion ecclésiale et ensuite comme
moyen d’élaborer des orientations pour le travail apostolique de
ce temps. Le Synode pourrait proposer par exemple qu’une mission
populaire d’évangélisation soit organisée sur l’ensemble du diocèse. Au terme de mes visites pastorales, comme le droit de l’Eglise me le demande, je consulterai le Conseil presbytéral et j’interrogerai le Conseil pastoral diocésain. Ensemble, nous jugerons si les circonstances suggèrent de convoquer un Synode diocésain et si nous avons la possibilité de mettre en place une telle assemblée. Au terme de cette lettre pastorale, je rends grâce à Dieu pour tout le travail accompli au service de l’annonce de l’Evangile du bonheur. Je demande au Seigneur de raviver notre foi, notre espérance et notre charité pour nous établir fermement comme les témoins de sa Parole, de sa Joie, de sa Vie et de son Amour. Je fais miens les propos des évêques de France qui écrivaient (en novembre 1996) dans une lettre aux catholiques de leur pays (Proposer la foi dans la société actuelle) : « nous pensons que les temps actuels ne sont pas plus défavorables à l'annonce de l'Evangile que les temps passés de notre histoire. La situation critique qui est la nôtre nous pousse, au contraire, à aller aux sources de notre foi et à devenir disciples et témoins du Dieu de Jésus-Christ d'une façon plus décidée et plus radicale » (p. 21). La Vierge Marie est une des grandes figures de ce temps de l’Avent où Dieu appelle chacun de nous et son peuple en entier à se réveiller. Elle attend et prépare activement la venue de son Fils Jésus. Marie est un modèle et un appui pour les chrétiens de tous les temps. Elle prie pour nous et nous invite à faire tout ce que nous dit son Fils. Que Dieu nous accorde largement ses bénédictions ! A Monaco, le premier dimanche
de l’Avent, ANNEXES Bibliographie utile et à consulter La Bible (Ancien et Nouveau Testament) Concile Vatican II Catéchisme de l’Eglise catholique, 1992 ........et son Abrégé, 2005 Paul VI Exhortation apostolique « Annoncer l’Evangile aux hommes de notre temps » (Evangelii nuntiandi,) 1975 Jean-Paul II Encyclique « L’Evangile
de la vie » (Evangelium
Vitae),1995 Congrégation pour les Évêques Directoire pour le ministère pastoral des évêques, 2004 Évêques de France Proposer la foi dans la société actuelle, 1996 Questions pour une réflexion en groupe Afin de bien mesurer les enjeux et les défis qu’avec l’aide de l’Esprit et de tous, le diocèse de Monaco doit relever pour annoncer l’Evangile aux hommes de son temps, avant la réunion, relire la lettre pastorale « Avance au large et annonce l’Evangile ». Au début de la réunion, désigner un secrétaire qui prendra des notes et fera une synthèse des échanges. Il sera la mémoire du groupe surtout si le groupe se réunit plusieurs fois sur ce thème. 1°- Commencer la réunion par une lecture de la Parole de Dieu. 2°- S’interroger ensemble, pour voir à quels changements de mentalité nous sommes invités si nous voulons que nos communautés (paroisses, mouvements, aumôneries, associations, services diocésains) soient plus vivantes et rayonnantes de l’Evangile. 3°- Reprendre chacune des
neuf orientations pastorales de la 4° partie : « Servir
l’Evangile aujourd’hui à Monaco » et se demander : 4°- Terminer la réunion par un temps de prière. |