Les desseins de Dieu sont insondables et imprévisibles.
Il y a dans la vie personnelle et aussi dans la vie communautaire,
des circonstances qui ne s'expliquent pas par le seul jeu du hasard.
La nomination des Oblats de Saint François de Sales comme responsables
de la Paroisse Saint-Charles de Monte-Carlo fait partie de ces circonstances
qui ne s'expliquent que par une Volonté qui nous dépasse : celle
de Dieu.
Une nouvelle fondation dans la Congrégation se mûrit
bien longtemps auparavant, les Supérieurs Majeurs et leur conseil
examinant attentivement les possibilités de s'engager dans un nouvel
apostolat. D'habitude c'est l'affaire d'une Province de la Congrégation
qui se charge d'une éventuelle fondation. Pour Monte-Carlo tout s'est
passé vite et bien différemment.
En ce début de l'Armée Sainte de 1950, rien ne semblait
destiner la Congrégation des Oblats à assurer un apostolat en Principauté.
Les deux Provinces les plus proches de Monaco n'avaient
jamais envisagé d'y commencer une oeuvre. La Province Française,
la première de la Congrégation, était engagée dans différentes formes
d'apostolat en France, avec les grands Collèges d'Annecy et de Troyes
et les Paroisses près de Troyes, et celles d'Ivry, de Marseille et
de Vongy. Elle ne songeait à aucune fondation. La très jeune Province
Italienne avait déjà des œuvres importantes de formation à Albano, à Assise,
et une grande Paroisse à Pomezia et ne souhaitait pas envoyer ses
religieux ailleurs, puisque des Pères travaillaient déjà dans les
pays de mission.
La Maison Mère n'a généralement pas mission d'ouvrir
des maisons religieuses qu'exceptionnellement et seulement à titre
international, comme c'est le cas pour de nouvelles Régions de Missions.
A qui attribuer alors cette fondation, si non aux desseins de la
Divine Providence ?
Dieu se sert des hommes pour réaliser ses desseins.
Le Pape Pie XII, de vénérée mémoire, et S.A.S. le Prince Rainier
III sont les hommes éminents qui ont préparé indirectement, l'arrivée
des Oblats à Monaco.
Après son accession au trône, le Prince Souverain
de Monaco, S.A.S. le Prince Rainier III rendit visite au Souverain
Pontife de l'époque, le Pape Pie XII. Au cours de l'entretien, le
Prince exprima le désir de voir une nouvelle équipe "internationale" à Saint-Charles
et le Pape promit de répondre à cette demande. Pendant cette rencontre "au
sommet" il n'a pas été question de telle ou telle autre famille religieuse
bien précise, mais, dans l'intention pontificale et princière, il
s'agissait bien d'une famille religieuse.
Selon le désir exprimé, tout se concrétise en peu
de temps. Nouvellement élu Conseiller Général de la Congrégation
et procureur des missions des Oblats, le Père Francis Tucker, résidant
alors à Rome, rencontre un vieil ami d'université, devenu un personnage
important de l'Eglise, Mgr Tardini (le futur secrétaire d'Etat).
Celui-ci l'invite, en connaissant son expérience pastorale, à se
rendre en Principauté, en vue de proposer, éventuellement, à notre
Congrégation, la charge de la Paroisse Saint-Charles de Monte-Carlo.
Cette rencontre n'était ni préparée ni sollicitée. Dieu se sert des
choses et des occasions apparemment insignifiantes pour faire passer
sa volonté.
Le Père Francis accepte, sous réserve des autorisations
de ses Supérieurs. Tout se déroule rapidement. Le 6 avril 1950. Mgr
Tardini, Secrétaire de la Congrégation pour les Affaires Ecclésiastiques
Extraordinaires signifie au Supérieur Général des Oblats, le Père
Dominique Balducelli, que le Saint Père, en accord avec les Autorités
de la Principauté, confiait, pour une période de 10 ans, l'administration
de la Paroisse Saint-Charles à la Congrégation des Oblats de Saint-François
de Sales, à deux conditions: l'observance de la vie religieuse des
prêtres chargés de la pastorale paroissiale et l'approbation du nouveau
curé par l'Evêque de Monaco, Mgr, Pierre Rivière.
Le Père Tücker, désigné comme responsable de cette
mission, arrive en Principauté au début du mois de mai, pour rencontrer
S.A.S. le Prince Souverain et Monseigneur Rivière, Evêque du Diocèse.
Suivent des contacts avec les membres du Gouvernement Princier, de
l'Administration de l'Etat et des membres du Clergé. A Saint-Charles
le Père est accueilli plutôt fraîchement, car les deux religieux
présents en Paroisse ne tiennent pas à quitter les lieux.
Le dimanche 21 mai 1950, accompagné du Père René Pennel
et du Père Georges Shugrue, le Père Tucker assiste à la messe en
l'église Saint-Charles ; le mardi 23 sont nommés le nouveau Curé et
ses vicaires et ce jour -là les trois Oblats de Saint-François de
Sales célèbrent, pour la première fois, la messe en cette église
et commencent leur ministère paroissial. Le 26 mai première visite
aux malades, le dimanche 28 mai première messe célébrée pro populo,
le 4 juin, premier baptême et première sépulture et le 17 juin, premier
mariage.
C'est ainsi et de façon simple que commencent les
débuts de la présence et de l'apostolat des Oblats à Monte-Carlo.
Tout n'est pas facile pour la petite communauté de
Saint-Charles, qui, pour quelques mois, doit s'installer à l'Hôtel
du Louvre, en face de l'église, le presbytère étant encore en partie
occupé par des affaires de l'ancienne communauté et en partie vidé de
tout mobilier et même d'éclairage.
Le Père Tücker, homme intelligent et brillant, avec
l'aide de ses amis d'Amérique et de la Maison Mère, cherche à rendre
plus accueillant le presbytère de Saint-Charles et va donner, tout
de suite, un ton nouveau aux activités de la Paroisse. Pendant 12
ans, par sa personnalité exceptionnelle et surtout par son caractère
chaleureux, il marquera la paroisse, par de nombreuses initiatives,
parfois tonitruantes et spectaculaires, dignes de sa personne.
S.A.S. le Prince Rainier III de Monaco porte une attention
particulière à la nouvelle communauté de Saint-Charles et au Père-Curé qui,
moins d'un an après leur première rencontre, le 21 février 1951,
sera choisi comme chapelain du Palais Princier.
A
partir
de
l'Avent
1950,
un
père
italien,
le
Père
Mario
Dalla
Zuanna,
vient
grossir
la
petite
communauté.
Celle-ci,
au
complet,
travaille
avec
enthousiasme
à
l'animation
de
la
Paroisse,
selon
les
directives
de
l'Eglise
et
l'esprit
de
Saint
de
François
de
Sales.
La liturgie a une place importante dans la pastorale
paroissiale. Les sept messes du dimanche matin (même aux heures matinales,
pour permettre aux gens de maison d'y assister avant de commencer
leur travail) ont un caractère particulier. Une avec sermon en langue
italienne, une chantée en latin, une adaptée aux enfants, une avec
sermon en anglais etc... A toutes les messes l'orgue accompagnait
la prière. La journée du dimanche se terminait par le chant des vêpres
et le salut au Très Saint Sacrement.
En semaine trois messes étaient célébrées à horaires
fixes et chaque soir la journée se terminait par la récitation du
chapelet et la "petite" bénédiction eucharistique.
Les Pères ont favorisé la communion fréquente et la
réussite fut presque immédiate. Pour les confessions les fidèles
ont apprécié le grand choix d'horaires et de langues (français, italien,
anglais, allemand et espagnol). Les autres sacrements, baptêmes et
mariages, étaient toujours préparés et célébrés avec soin et dignité.
Le catéchisme pour les enfants était assuré par les
Dames de Saint--Maur, dans les écoles des filles et par les Frères
des Ecoles Chrétiennes dans celles des garçons. Les Pères assurèrent
non seulement la préparation aux sacrements de la Confession, de
la Communion et de la Confirmation, mais étaient présents dans les écoles
par des visites hebdomadaires.
Une des premières initiatives du nouveau curé, connaissant
les désirs du Prince Souverain, fut la création des "Cadets du Prince" une
fanfare de jeunes avec son siège dans les locaux de la paroisse.
Le Père Kobler de la Province Suisse, nommé vicaire,
fonda une association de jeunes chrétiens, la J.C.M. (Jeunesse Catholique
de Monaco) qui a connu un grand essor dans les années '50', tandis
que les jeunes filles étaient regroupées dans l'association des "Filles
de Marie". Les mêmes activités continuaient avec la présence du Père
J. Boston. Le Père Ch. Lapenta, en reprenant les activités de la
JCM, dans les années '60', en changeait la formule et fondait la "Jeunesse
Saint-Charles". Le Père Penzo, à son départ, en prenait la relève
Les adultes n'étaient pas oubliés, les Pères les formaient
par la prédication du dimanche et par des conférences ponctuelles
pendant l'année.
En 1962, au Père Tucker, succédait comme curé, le
Père Joseph Sanner. En 1969 le Père Joseph Wehrlé devenait Curé de
Saint-Charles, remplacé, deux ans plus tard par le Père Joseph Travers.
En 1973 le Père Mario Dalla Zuanna revenait à Monaco comme Curé jusqu'à son élection
de Provincial d'Italie en 1988. Le Père Mario céda alors la place
au Père Penzo comme administrateur d'abord, puis comme Curé.
En suivant l'exemple et les enseignements de Saint-Charles
Borromée et de Saint-François de Sales, les Pères Oblats ont toujours
manifesté un soin particulier pour l'église-bâtiment dont ils ont
cherché, avec le consentement et les directives des Services du Gouvernement
Princier, à conserver le patrimoine artistique.
Dans leur apostolat, les Oblats ne se sont pas limités
aux dimensions de la Paroisse et chaque fois que les Autorités du
Diocèse ont sollicité leur aide, ils ont répondu avec générosité.
Dans presque tous les secteurs de la vie diocésaine les Pères Oblats
ont été présents par leur dévouement
La Paroisse Saint-Charles, sous l'impulsion des Oblats,
prêtres missionnaires dans l'âme, a toujours jeté un regard de bienveillance
sur les Missions et les pays du Tiers-Monde. Chaque année la Paroisse
se fait un devoir d'aider plusieurs œuvres des pays pauvres et elle
vient immédiatement au secours des populations touchées par des catastrophes
naturelles ou par la violence des hommes.
C'est ainsi qu'ensemble, prêtres et laïcs, selon les
capacités, la disponibilité et la générosité de chacun, travaillent
avec persévérance au progrès spirituel et religieux de la Paroisse,
dans l'attention envers les autres.